A. Jouahri: Le Maroc doit revoir le cadre légal du système statistique national
Afin de s’interroger sur le niveau d’adéquation des systèmes d’information nationaux et des systèmes de modélisation avec les impératifs du développement humain et durable marocains, l’académie Hassan II des sciences et techniques a organisé un débat autour du système national d’information et de modélisation.
Dans son intervention mardi 21 janvier, Mohamed Benchaâboune, ministre de l'Economie et des finances a souligné l'importance de la mise en place de nouveaux systèmes d'information. "Chaque jour, des quantités importantes de données sont produites, traitées, stockées et diffusées dans le monde sans contraintes de temps, de distance ou d’espace. Mais le besoin en terme d’affinement de ces données ne cesse de croître sous l’effet des évolutions économiques, sociétales, technologiques et environnementales que connaissent nos sociétés. Ces constats appellent à la mise en place de nouveaux systèmes d’information et à la révision de nos instruments d’observation et nos approches d’analyse", a-t-il expliqué.
Vers la mise en place d'un système d’informations performant
"La mise en place de systèmes d’information coordonnés, conformes aux normes internationales, fiables et capables de répondre aux besoins récurrents et émergents, tant en quantité qu’en qualité, sur les plans national et régional permettrait d'obtenir un avantage comparatif décisif dans des environnements et des marchés de plus en plus concurrentiels".
"Dans ce contexte, l’accès à l’information est non seulement un outil de pilotage des politiques publiques mais également un facteur de production, dans la mesure où elle contribue à la prise de décision pour créer sur le marché des produits de grande valeur ajoutée et pour éclairer les décideurs sur des choix stratégiques à la faveur d’un développement durable et inclusif", poursuit-il dans un communiqué.
"La mise en place d’un système d’informations performant figure parmi les préoccupations majeures du ministère de l’Economie, particulièrement, à travers la mise en partage d’une mine d’informations contenues dans la banque de données Manar-Stat avec le grand public" a-t-il ajouté.
Formalisation, mesure des variables et disponibilité des données
Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a, pour sa part, relevé les trois conditions qu'il juge essentielles pour la modélisation économique. Il a également appelé à la révision du cadre légal du système statistique national.
"La modélisation consiste à formaliser sous forme d’équations mathématiques des relations économiques dans le but de mesurer la corrélation ou la causalité entre les variables considérées. Cela suppose que ces relations sont régies par des mécanismes de marché avec une certaine profondeur ou par des dynamiques qui s’apprêtent à l’identification et à la quantification. Or, toutes ces conditions peuvent ne pas être pleinement remplies. C’est le cas notamment lorsque l’économie manque de profondeur ou lorsque les variables considérées sont sujettes à des chocs récurrents et importants. La formalisation peut perdre de sa pertinence et ne pas permettre d’appréhender les comportements et les interactions des agents et des marchés".
Le deuxièmement point, souvent négligé selon lui, est la mesure des variables. "Ces dernières font référence à des concepts théoriques qui peuvent être difficiles à appréhender en pratique. A titre d’exemple, quel est le degré de fiabilité des données microéconomiques sur les revenus des ménages même dans les pays qui disposent de systèmes développés de collecte d’impôts? Le PIB, l’un des agrégats économiques les plus connus, souffre dans sa mesure de plusieurs limites notamment en terme de couverture et ce, aussi bien dans les économies en développement que dans les pays avancés. Cela explique en particulier les changements réguliers de la base des comptes nationaux qui se traduisent en général par des révisions à la hausse des estimations de cet agrégat".
"Le troisième est celui de la disponibilité de la donnée", a-t-il ajouté dans le communiqué. "La statistique officielle n’est obtenue qu’à l’issue d’un processus rigoureux de collecte, de traitement et de fiabilisation selon des méthodologies connues et reconnues. Une fois disponible, elle est alors utilisée pour la détermination des besoins, le suivi et l’évaluation des politiques publiques et la prévision des évolutions économiques et sociales, souvent par le biais de modèles sophistiqués".
A ce titre, Jouahri rassure sur la position du Royaume, en comparaison avec ses pairs: "Le Maroc jouit d’une bonne position en matière de développement de son système statistique."
Des axes de réformes?
"Si je dois évoquer un axe de réforme, je prioriserai en tant que banque centrale l’amélioration de la production des données économiques quantitatives infra-annuelles", indique le wali de BAM.
"Par contre, dans une perspective plus large, je pense qu’il y a urgence de revoir le cadre légal du système statistique national. Celui-ci reste en effet régi par des textes qui remontent à 1968, soit plus d’un demi-siècle."
"Pour un système aussi décentralisé que le nôtre, il est nécessaire de mettre en place un cadre et des instances à même d’assurer une plus forte coordination de ses différentes composantes, d’établir les priorités en matière d’opérations à réaliser et d’instaurer des règles et des politiques claires en terme de production, de diffusion et d’accessibilité. En bref, il s’agit d’assurer pour les utilisateurs le service le plus fiable en matière de statistique publique", conclut-il.
Pour rappel, le séminaire a été marqué par la participation de plusieurs responsables, notamment du Collège des études stratégiques et développement économique, de Bank Al-Maghrib, du ministère de l’Economie, des finances et de la réforme de l’administration, du Haut-commissariat au plan et de l’Observatoire du développement humain.
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