2M et SNRT: les difficultés financières s’aggravent, absence de stratégie
Soread 2M et la SNRT n’ont toujours pas de contrat-programme avec l’Etat et leur modèle économique est dépassé sans qu'il y ait réaction des pouvoirs publics. Résultat, leur situation financière continue de se détériorer et consomme beaucoup de subventions publiques.
La situation des deux entreprises publiques de télévision, la SNRT et Soread 2M, se détériore de plus en plus. C’est ce que révèle le dernier rapport sur les entreprises et les établissements publics accompagnant le projet de loi de Finances (PLF) 2019.
En 2017, un rapport de la Cour des comptes avait alerté sur la situation financière alarmante des deux entreprises. Situation qui "exige une refonte de leur modèle économique et une amélioration de leur gouvernance".
La publication de ce rapport avait suscité de vives réactions, notamment de la part des syndicats et du personnel de la deuxième chaîne qui ont appelé le gouvernement à prendre rapidement le dossier en main.
Plus d’une année et demie plus tard, rien n’a été fait. Les deux entreprises continuent de naviguer à vue, sans contrat programme avec l’Etat pourtant prévu par la législation. Leur situation financière continue à se dégrader, et faute de moyens suffisants les investissements sont insuffisants.
Les deux chaînes ont une structure de charges lourde, sont en train de rater le virage du digital malgré leurs tentatives, et la qualité de leurs programmes est critiquée par nombre d’observateurs, de téléspectateurs et de professionnels.
A peine 10% des recettes de la SNRT proviennent de la publicité
Dans le cas de la SNRT, le chiffre d’affaires publicitaire en 2017 n’a été que de 161 MDH, soit à peine 10% des ressources totales de l’entreprise. Le reste provient d’une subvention publique pour 1,1 milliard de DH, des produits de la taxe sur l’audiovisuel pour 279 MDH, et du fonds pour la promotion de l’audiovisuel pour 120 MDH.
Dans ces conditions, le bénéfice net de la SNRT en 2017 s’élève à 19 MDH contre de légers déficits en 2016 et 2015. Mais hors subventions, le résultat aurait atteint un déficit important.
En matière d’investissement, la société n’a réalisé que 43% de ce qui était prévu en 2017, soit 150 MDH sur 350 MDH.
En 2018, elle n’a investi que 45 MDH sur un budget de 256 MDH. La prévision de clôture demeure ambitieuse : 251 MDH.
La société dit que son plan d’action pour 2019 vise à déployer une stratégie numérique, à renforcer la couverture nationale et à poursuivre les efforts d’optimisation de l’allocation des ressources. En revanche, pas de visibilité sur la conclusion d’un contrat programme avec l’Etat.
Des pertes cumulées de 589 MDH pour 2M
Le cas de Soread 2M est plus inquiétant. La chaîne réalise certes une part d’audience de plus de 34%. Mais son chiffre d’affaires stagne depuis des années dans une fourchette de 500 à 600 MDH par an.
Avec l’aggravation des charges, le résultat est le suivant: les pertes cumulées à fin 2017 s’élèvent à 589 MDH, en augmentation de 17% par rapport à 2016, compte tenu d’un résultat net négatif de 88,7 MDH.
Ainsi, la situation nette de Soread 2M a atteint -229 MDH contre -140 MDH en 2016 et la trésorerie nette est déficitaire de 305 MDH, en forte dégradation par rapport à 2016.
Notons que l’Etat a consenti un effort financier de 80 MDH en 2017 en faveur de la chaîne.
La Direction des EEP rappelle qu’une augmentation de capital de Soread 2M, décidée en décembre 2016, n’a pas eu lieu en raison «de l’absence de visibilité sur les voies à même de contrecarrer, de manière durable, la dégradation de la situation financière de la société».
En tous les cas, et compte tenu de ses difficultés financières, la société ne respecte pas ses engagements en matière d’investissement. En 2017, elle n’a dépensé que 30 MDH sur 50 MDH pour le maintien de son outil de production qui, signalons-le, est vieillissant.
En 2018, sur un budget de 50 MDH d’investissement, elle n’a dépensé que 17 MDH à fin juin dernier.
Clairement, le redressement de la situation des deux chaînes publiques de télévision devient urgent surtout si le Maroc décide de sortir des tiroirs le projet oublié de libéralisation du marché télévisuel.
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