Le Maroc rappelle son ambassadeur à Riyad (agence de presse)
Selon l'agence Associated Press, le Maroc a rappelé son ambassadeur à Riyad. A l'heure où nous mettions sous presse, aucune confirmation marocaine n'était donnée. Si cette information se confirme, elle signifierait un nouveau palier dans la sourde tension entre les deux pays. Mais la portée éventuelle de cette décision doit être prise avec précaution.
Dans une dépêche datée de Rabat, l'agence AP cite "deux responsables du gouvernement" marocain, sans autre précision. La dépêche annonce une information déjà connue: le Maroc a gelé sa participation dans la coalition militaire au Yémen, conduite par l'Arabie saoudite. La vraie nouveauté, si elle est confirmée, concerne le rappel de l'ambassadeur du Maroc à Riyad.
>Dans une récente interview à Al Jazeera, Nasser Bourita avait déjà officiellement confirmé le gel de la participation marocaine aux opérations militaires au Yémen et son absence de deux réunions de la coalition. Mais il avait laissé la porté ouverte en affirmant qu'il y a d'autres manières de coopérer. Il avait invoqué également la situation humanitaire au Yémen.
"Nous restons dans la coalition, mais notre engagement a évolué". Le Maroc n'a pas participé aux dernières réunions militaires ni ministérielles. Mais il reste engagé aux côtés de l'Arabie saoudite et des Emirats notamment dans tout ce qui peut toucher leur territoire en provenance du Yémen. Il soutien la légalité au Yémen et insiste sur la dimension humanitaire du conflit: "le Maroc a des préoccupations humanitaires fortes, c'est la pire catastrophe humanitaire au monde", explique Bourita.
Dans l'interview à Al Jazeera, Bourita avait laissé entendre en langage diplomatique que le Maroc n'avait pas souhaité recevoir MbS, le prince Héritier saoudien au cours de la tournée de ce dernier dans la région au mois de décembre dernier.
Le 30 janvier, la chaîne de télévision Al Arabiya a diffusé un sujet sur le Sahara marocain, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il va à l'encontre des positions officielles saoudiennes sur ce dossier et bien entendu des sentiments marocains. La tv officieuse saoudienne, contrôlée par Riyad, y affirme que le "polisario est reconnu par l'ONU en tant que représentant légitime du peuple sahraoui, auquel l'ONU appelle Rabat à accorder l'autodétermination", ce qui est bien sûr faux.
Mais le jeudi 7 février, l'officieux et puissant quotidien AlRiyadh a publié un long article reflétant la position du Royaume concernant le "Sahara marocain" et les réussites que la diplomatie marocaine a engrangées. L'article rend hommage à la nouvelle diplomatie menée par le Roi Mohammed VI sur le dossier du Sahara.
تقرأ في #الرياض#الصحراء_المغربية.. بين الشرعية التاريخية والمشروعية القانونيةhttps://t.co/rrlcxcWYfT pic.twitter.com/cU7e6xzOK9
— جريدة الرياض (@AlRiyadh) 7 février 2019
Au final, la portée de la dépêche de l'AP est à prendre avec précaution. Il n'est pas rare qu'un ambassadeur soit retenu dans son pays pour signifier un mécontentement passager et c'est déjà arrivé dans les relations maroco-saoudiennes à plusieurs reprises. Riyadh a déjà utilisé la carte du Sahara dans sa chaîne AlArabiya au moins à trois reprises. Si l'info se vérifie, nous sommes devant un épisode supplémentaire, mais limité de tension. Le jour où le Maroc rappellera son ambassadeur à Riyadh et le fera savoir par communiqué officiel, ce jour-là on pourra évoquer un nouveau palier dans la tension entre les deux pays.
LIRE EGALEMENT
L'INTERVIEW DE NASSER BOURITA A AL JAZEERA
F-16 MAROCAIN AU YEMEN: LE MAROC REPLIQUE A L'ARABIE SAOUDITE
LE DISCOIURS DU ROI MOHAMMED VI A RIYADH
Voici par ailleurs la dépêche de l'AP (traduite en français):
7 février 2019
RABAT, Maroc - Des responsables gouvernementaux ont déclaré que le Maroc avait cessé de prendre part aux opérations militaires avec la coalition saoudienne dans la guerre au Yémen et avait rappelé son ambassadeur en Arabie saoudite.
Les tensions se sont accrues entre le Maroc et l'Arabie saoudite, face aux préoccupations internationales concernant les actions saoudiennes dans la guerre au Yémen et d'autres problèmes.
Un responsable du gouvernement marocain a déclaré jeudi que le Maroc ne participait plus aux interventions militaires ni aux réunions ministérielles au sein de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite.
Le fonctionnaire n'a pas précisé. Le gouvernement marocain n'a pas divulgué les détails de la participation de son armée à la coalition, qui est en guerre au Yémen contre les rebelles Houthi alignés avec l'Iran depuis 2015. La guerre a tué des milliers de personnes et provoqué le déplacement de plus de 3 millions de personnes.
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a déclaré lors d'une interview accordée le mois dernier à la chaîne de télévision Al-Jazeera, basée au Qatar, que la participation du Maroc au Yémen avait "changé".
Bourita a également laissé entendre que Rabat avait de sérieuses réserves sur la récente tournée du prince héritier saoudien Mohammed bin Salman dans d'autres pays arabes, alors que la condamnation internationale de l'assassinat de l'écrivain saoudien Jamal Khashoggi dans l'ambassade saoudienne à Istanbul. Selon une des sources, le Maroc a refusé d'accueillir le prince héritier saoudien dans un discours insolite, citant le "programme chargé" du roi marocain.
Après l'interview de Bourita, la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya a diffusé un documentaire sur le Sahara occidental contesté, affirmant que le Maroc l'avait envahi après le départ des colonisateurs espagnols en 1975. Le Maroc considère le Sahara occidental comme ses territoires méridionaux.
Le Maroc a rappelé son ambassadeur en Arabie Saoudite pour des consultations après la diffusion du rapport, selon un autre responsable du gouvernement marocain.
Les deux représentants du gouvernement ont parlé à l'Associated Press sous couvert d'anonymat parce qu'ils n'étaient pas autorisés à parler publiquement des tensions diplomatiques.
L'ambassadeur du Maroc en Arabie Saoudite, Mustapha Mansouri, reste dans la capitale marocaine, Rabat, mais n'a pas répondu jeudi à des demandes de commentaires.
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