CGEM : Mezouar clarifie sa position et précise ses priorités
Le président du patronat sort de son silence. Dans une rencontre avec la presse, il a répondu aux accusations de ses détracteurs, défendu son style, expliqué sa méthode de travail et précisé ses priorités.
Salaheddine Mezouar reconnaît un déficit de communication dans une période marquée de tensions au sein de la CGEM.
La rencontre avec la presse, organisée ce 23 janvier, avait pour objectif de clarifier la position du président du patronat et de préciser ses priorités.
Une bonne partie de cette rencontre a été consacrée à répondre aux accusations formulées à l’encontre de Mezouar ces derniers mois par voie de presse.
La non conformité du conseil d’administration de la CGEM aux statuts et au règlement intérieur, les tensions au sein et avec le groupe parlementaire de la CGEM à la deuxième Chambre, la démission d’Ahmed Rahhou, la position du patronat par rapport à la loi de Finances 2019, l'absence de la scène et les déplacements fréquents à l’étranger… Des réponses ont été apportées à chaque point ayant alimenté l’ambiance tendue au sein du patronat (voir la retransmission live ci-dessous).
En résumé, Mezouar regrette que ces problématiques n’aient pas été réglées en interne, sans médiatisation, mais assure ne pas être dans une logique de règlement de comptes ou de jugement de valeurs. Il promet toutefois de changer de comportement si cette parenthèse n’est pas définitivement fermée. « Ceux qui devront être changés le seront », a-t-il affirmé.
Du reste, cette rencontre a permis au président de la CGEM de préciser sa méthode de travail ainsi que ses priorités.
>Les relations CGEM-Gouvernement:
"La CGEM n’est pas un acteur politique mais un acteur économique qui doit agir. Partant de là, l’établissement de règles dans les relations avec le gouvernement est nécessaire", explique Salaheddine Mezouar.
Le patronat a donc proposé d’installer une plateforme avec le gouvernement pour traiter les questions en relation avec la dimension économique.
"L’objectif est d’établir un pacte pour la croissance et l’emploi dans ce contexte d’incertitude. Les opérateurs n’ont pas de visibilité et manquent de confiance", affirme-t-il.
Et de poursuivre: "Au départ, le gouvernement ne comprenait pas suffisamment cette approche qui vise à rétablir la confiance et à aligner les agendas. Nous avons tenu deux réunions dans ce sens mais la plateforme n’est toujours pas définitivement validée. Nous avons soumis la version finale de notre proposition avec nos priorités. Nous attendons toujours la réponse pour pouvoir avancer".
Le président de la CGEM précise que celle-ci n'est ni dans une logique de jugement ni dans la complaisance avec le gouvernement. Jusqu’à aujourd’hui, le patronat traite directement avec certains ministères et avoue que les résultats sont satisfaisants.
>Le dialogue social:
Pour la CGEM, le dialogue tripartite Etat-syndicats-secteur privé pénalise ce dernier.
"Les syndicats représentent à la fois les travailleurs des secteurs public et privé. Quand nous sommes en discussion avec le gouvernement, les négociations partent dans tous les sens. Tout en restant dans la logique tripartite, il faut qu’il y ait des canaux de dialogue directs entre la CGEM et les syndicats pour traiter nos sujets et non ceux du secteur public qui pèsent lourd dans les négociations", recommande Mezouar
Pour lui, il faut arriver à une doctrine et un pacte sur lesquels travailler avec les syndicats. "Par exemple, le sujet de la flexibilité du travail est sur la table. Nous proposons une flexibilité mais avec des garanties. On ne peut pas avoir un système de flexibilité non couvert, et on ne peut accepter un système de couverture garantissant moins que le SMIG. La flexibilité du marché du travail devient une nécessité dans le contexte actuel".
La CGEM a également des propositions concernant le niveau du SMIG qui gagneraient à être discutées directement avec les syndicats. "On ne peut rester dans la logique des négociations ponctuelles pour augmenter le SMIG tous les 3 ou 4 ans. Pourquoi ne pas parler de l'indexation des salaires sur l'inflation ? Pourquoi ne pas parler de SMIG par branche d'activité ?", suggère son président. "Il faut que le système évolue, ce qui est difficile dans le cadre d’un dialogue tripartite".
>Le financement des entreprises:
Une réunion CGEM / GPBM / BAM pour trouver des solutions à l'accès des entreprises au financement bancaire est prévue début mars.
Une première réunion avait eu lieu début 2016. Quelques mois plus tard, le trio avait préparé un mémorandum contenant des recommandations, adressé au chef du gouvernement. Initiative mal accueillie par les décideurs politiques, rappelle Salaheddine Mezouar.
"Le même exercice sera répété en 2019 (reformuler des recommandations, ndlr). Mais c’est avec les banques que l’essentiel du travail doit être fait, notamment par rapport aux normes et aux règles qui les empêchent d’accompagner l’économie.
"Avec le ministère des finances nous allons militer pour la mise en place d’un fonds de transition (de garantie du fonds de roulement ou d’autre forme) parce que nous sommes dans une phase critique pour les entreprises.
"C’est une exigence qui s’inscrit dans le rôle du gouvernement et sa responsabilité d’accompagner la transition dans le financement des entreprises", révèle le président du patronat.
>Priorités de la CGEM :
Mezouar rappelle que l’essentiel du travail de la CGEM pour défendre les intérêts des entreprises dans le cadre de la préparation des projets de loi de Finances a lieu avant le dépôt du document au Parlement et non après sa présentation.
Dans le cas du PLF 2019, plusieurs réunions ont eu lieu entre le patronat, le gouvernement et l’Administration depuis juillet 2018. « Nous avons défendu les entreprises sur les dossiers urgents que nous avons identifiés lors de notre tournée électorale : réduire la pression sur les trésoreries des entreprises à travers le respect des délais de paiement dans le secteur public et le remboursement du crédit de TVA ; et lutter contre la contrebande qui impacte lourdement plusieurs secteurs. De bons résultats ont été obtenus ; ils sont nettement plus importants que le gain que peuvent apporter des mesurettes insérées dans le projet de loi de Finances », martèle le président de la CGEM.
« Nous avons tout de même pu retirer des mesures très graves de la table des négociations du PLF 2019 comme la suppression de la progressivité du barème de l’IS et du taux de 17,5% pour les exportateurs, voulue par le gouvernement pour se conformer à la directive de l’Union européenne sur la transparence fiscale », précise-t-il avant d’expliquer qu'une contestation publique du PLF 2019, chère à certains membres de la CGEM, n’aurait pas été responsable compte tenu de l’orientation sociale du projet conformément aux directives royales et de la pression sur les finances publiques dont la dégradation est de nature à nuire également aux entreprises.
Pour Mezouar, il fallait agir vite sur les dossiers urgents comme la trésorerie des entreprises et la contrebande, puis traiter les problématiques de fond comme le financement bancaire (voir plus haut), l’investissement, la fiscalité, l’informel dans un cadre adéquat.
« La réforme de la fiscalité des entreprises ne peut se faire que dans le cadre des assises de la fiscalité prévues en mai prochain, car il faut connaître au préalable les outputs de la Charte de l’investissement en cours de finalisation ».
Une équipe de la CGEM a déjà travaillé sur la préparation des assises : Ahmed Rahhou (avec la double casquette CGEM / CESE), Mohamed Hdid, Abdelkader Boukhriss, Bachir Rachdi.
La vision du patronat pour la réforme fiscale repose sur trois axes :
- La visibilité et la stabilité du cadre fiscal. La CGEM militera pour un IS maximum de 25%.
- La neutralité fiscale, particulièrement de la TVA.
- Le respect des textes de loi par tout le monde.
"Nous avons également travaillé sur la simplification des procédures pour les entreprises, notamment sur la réforme des CRI à laquelle nous avons participé. Nous avons validé le projet et nous sommes rassurés par le dispositif mis en place", affirme Mezouar qui rappelle les points suivants :
- La veille et les évaluations qui seront faites régulièrement des décisions et des déblocages par les différents walis.
- Le profil et les prérogatives des futurs DG des CRI.
- La validité des documents produits pour l'administration dans toutes les autres.
- La place accordée au représentant de la CGEM et du secteur privé dans les structures et les organes.
"Nous allons voir ce dispositif à l’œuvre et agirons en conséquence", poursuit-il.
"D’autre part, tout le monde se plaint de la faiblesse des investissements mais dans le pipe, il y a des projets en attente. Nous avons demandé donc que les projets soient débloqués avant l’achèvement de la réforme des CRI (réunion de la commission des investissements d'octobre 2018, ndlr)".
>La facturation électronique et les grèves des commerçants:
La CGEM rappelle qu'elle a milité pour instaurer l’ICE et la facturation électronique depuis 2011. "Dernièrement nous avons pris la parole et réuni nos membres. Les contacts directs que nous avons eu pour évacuer l’incompréhension ont été soutenus", précise son président.
Ce dernier reconnait toutefois avoir péché par manque de préparation. "Les réformes qui touchent les personnes et les entreprises nécessitent une communication et des explications. Il doit y avoir un réglage au niveau de la CGEM quand elle est impliquée dans de grands dossiers. C’est valable aussi pour le gouvernement", ajoute Mezouar.
Il précise toutefois que la CGEM a demandé, à l’occasion des discussions du PLF 2019, une entrée en vigueur de la facturation électronique en 2021, pour permettre aux opérateurs de se préparer. "Mais le gouvernement a opté pour une application dès 2019 compte tenu des contraintes budgétaires et économiques".
>Les rapport entre le groupe parlementaire de la CGEM et celle-ci:
Le groupe parlementaire est l’émanation de la CGEM. Il est censé jouer un rôle de représentation et porter toutes les préoccupations exprimées par les entreprises.
"Cette relation n’a pas été suffisamment fluidifiée. Il y a des réunions périodiques entre les fédérations, les régions et le groupe parlementaire que nous sommes en train d’organiser pour une meilleure remontée de l’information et alimenter le groupe parlementaire dans son travail à la deuxième Chambre. Ces relations sont nécessaires pour que le groupe parlementaire ne se considère pas comme une entité indépendante de la CGEM", reconnait Salaheddine Mezouar.
"Toutes les positions qui seront prises devront être validées par la CGEM. J’ai passé mon temps à encadrer toutes les questions où il y a une intervention du groupe parlementaire, mais ce n’est pas la solution. Je l’ai fait par manque de coordination et compte tenu du climat malsain qui régnait dans ce groupe. Nous avons failli, je reconnais, mais nous allons y remédier".
Concernant le renouvellement du bureau de la deuxième Chambre et la désignation du représentant du groupe parlementaire de la CGEM, Mezouar veut établir des règles claires. "Le président de la CGEM peut changer chaque 3 ans, il ne faut pas que les rôles au sein du groupe parlementaire soient attribués selon une logique de « copinage ». Seules les élections donnent la légitimité. Ces règles de fonctionnement seront intégrées dans les statuts et le règlement intérieur de la CGEM".
Les statuts seront modifiés également pour permettre à toutes les composantes du tissu économique d’agir au sein de la CGEM (de son conseil d'administration plus particulièrement) sans tomber dans la non conformité.
>La CGEM à l'international:
Une entité dédiée à l'international sera créée au sein de la CGEM (cela suppose une modification des statuts) pour porter les dossiers en relation avec l’international et représenter le patronat.
Elle aura un président nommé par le président de la CGEM.
"Aujourd’hui, il y a un vice-président en charge de l’international et des commissions tournées vers l’international, des conseils d’affaires… Cela nécessite l’adoption d’une stratégie internationale pour être dans l’anticipation et la planification. Les enjeux sont importants (consolidation des partenariats régionaux et continentaux…) et nécessitent beaucoup de travail et donc une structure dédiée", explique-t-on.
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