La rénovation de Kissariat Al Kifah, point de départ de grosses fortunes marocaines
La grande Kissariat Al Kifah de Fès a été entièrement rénovée en même temps que 26 autres monuments de la ville. Qualifié par certains de premier Mall du Maroc, ce carrefour commercial a été à l'origine de la fortune des grandes familles de commerçants fassis qui ont ensuite émigré à Casablanca.
A l’origine, la première Kissariat du Maroc qui tire son appellation de Kayssar (César) a été construite au 9ème siècle par le sultan Moulay Driss qui a voulu reproduire dans la ville de Fès, dont il est le fondateur, le forum romain de Volubilis, qui constitue la place centrale des échanges commerciaux.
Incendié à deux reprises avant d’être reconstruit, ce centre qui compte 641 boutiques sur 4.000 m2 a été rénové sur instructions du Roi Mohammed VI pour un montant de 30,5 millions de dirhams.
Incendié une première fois pendant la période mérinide par la corporation des tanneurs qui jalousaient la réussite des commerçants (dont une partie était de confession juive) puis en 1954 (à la veille de l'indépendance) par les autorités du protectorat qui voulaient mettre un coup d'arrêt aux revendications nationalistes des commerçants l’ayant surnommée "Alkifah" en référence au combat mené contre la présence française au Maroc.
Hormis sa participation financière à l’indépendance du pays, ce carrefour d’échanges commerciaux a également permis à certains de ses anciens occupants de devenir par la suite les plus grandes fortunes du Maroc.
Seqqat, Benchekroun, Kettani, Berrada…, nombreux sont les noms de familles fassis qui y ont fait leurs débuts dans le commerce des tissus, babouches, bijoux précieux, passementerie, encens …
Pour beaucoup de grands entrepreneurs actuels, cette kissaria a permis à leurs ascendants de s’enrichir et de poursuivre leur ascension commerciale en s’installant au Derb Omar de Casablanca. Certains se sont d’ailleurs reconvertis dans des secteurs très lucratifs comme la banque ou l’industrie (Wafabank, Dolidol).
Selon l’architecte Rachid Haloui chargé de superviser les travaux, la rénovation n'a pas été simple car sa reconstruction au lendemain de l’incendie de 1954 avait dénaturé l’esprit d’origine de ce lieu historique.

Cet expert en patrimoine s’est basé en partie sur sa collection de cartes postales du début du siècle pour reproduire l’architecture originale du lieu en y apportant des améliorations modernes.
"Nous avons introduit un toit en berchla qui est une nef en bois recouverte de tuiles pour donner une vue unifiée et agréable d’en haut et des terrasses voisines. C’est en quelque sorte la 5ème façade du lieu.
"Nous avons également initié des éléments de confort et de sécurité qui n’existaient pas: bouches d'incendies pour les pompiers, pose d’éclairage avec des lanternes à lampe LED, marbre au sol et zellige sur les murs, système de caméras dans chaque ruelle, paraboles groupées et climatiseur personnel pour les 641 boutiques", rapporte Haloui qui ajoute que les rideaux en fer ont laissé place à des rideaux anti-intrusion électriques en aluminium couleur bois pour harmoniser l’ensemble.
Egalement à l’origine de la monumentale rénovation du mausolée voisin Moulay Driss, l’architecte affirme que la réhabilitation de la kissariat permettra de booster le chiffre d’affaires des commerçants qui travailleront dans de meilleures conditions et d’inscrire plus fortement ce lieu historique dans le circuit des touristes étrangers.

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