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AS Salé : les coulisses d'un conflit ouvert autour de la présidence

Dans une lettre ouverte datée du 13 juillet 2026, des membres du comité directeur et des adhérents de la section football de l’Association sportive de Salé réclament officiellement la démission du président, pointant du doigt une gestion défaillante et des résultats sportifs jugés alarmants.

AS Salé : les coulisses d'un conflit ouvert autour de la présidence
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Le 28 juillet 2026 à 16h05 | Modifié 28 juillet 2026 à 16h27

L'essentiel

  • Un collectif composé de quatre membres du bureau dirigeant et de deux adhérents réclame le départ immédiat du président de la section football de l’Association sportive de Salé (ASS), Karim Ouaabi, qu’il accuse de défaillances administratives, financières et sportives.
  • Les contestataires pointent notamment la mauvaise gestion des litiges, qui aurait empêché le club de qualifier plusieurs recrues en début de saison, ainsi que les retards de paiement, le manque de concertation et l’absence de projet technique pour la saison à venir.
  • Le collectif réclame également la tenue d’une assemblée générale extraordinaire, l’élection d’un nouveau comité et une baisse du tarif d’adhésion, actuellement fixé à 5.000 DH par an.
  • Karim Ouaabi rejette ces accusations et exclut toute démission. Il considère les signataires comme minoritaires et attribue les difficultés actuelles à une crise structurelle ancienne, héritée des précédentes directions.

-oOo-

Les détails

La crise couve au sein de l’AS Salé. Face à la situation jugée préoccupante du club, un collectif composé de 4 membres du bureau dirigeant et de deux adhérents a adressé une correspondance officielle au président de la section football pour exiger son départ immédiat.

Les signataires pointent en premier lieu les résultats sportifs de la saison écoulée. Le club a terminé à la neuvième place de la Division 1 Amateur, groupe Nord, évitant les barrages pour le maintien. Selon les auteurs de la lettre, ce résultat est l'aboutissement d'une régression continue, accentuée par une absence de vision stratégique depuis l'arrivée du président à la tête du club il y a un an et demi.

Pour justifier leur démarche, les signataires évoquent plusieurs manquements accumulés sous cette présidence. Ils pointent notamment l’absence d'une vision stratégique claire pour surmonter la crise, un manque de présence et de réactivité lors des moments décisifs de la saison, ainsi que des promesses répétées non tenues qui ont érodé la confiance des joueurs et du comité.

À cela s'ajoutent des failles importantes en matière de communication interne et externe, une gestion financière caractérisée par l'incapacité à mobiliser de nouveaux partenaires, et un manque de transparence dans le suivi administratif et la gestion des contrats.

Face à ce constat, les membres du collectif affirment avoir tenté de résoudre les problèmes de l'intérieur, en vain. Ils formulent désormais des demandes claires pour amorcer un redressement :

- la démission immédiate du président de la section football ;

- la convocation rapide d'une assemblée générale extraordinaire (AGE) pour élire un nouveau comité ;

- l'ouverture des adhésions aux compétences locales et aux forces vives de Salé ;

- la révision à la baisse des tarifs d'adhésion pour encourager l'intégration des jeunes supporters.

Dans un entretien avec Médias24, Mounir Rhafiri, adhérent proche du comité directeur et signataire de la lettre, a expliqué que le bilan sportif mitigé de la saison 2025-2026 découlait, selon lui, directement d'une négligence dans la gestion des litiges financiers.

En début de saison, l'AS Salé s'est retrouvée dans l'incapacité de qualifier ses nouvelles recrues, y compris plusieurs joueurs appelés à occuper des rôles importants, faute d'avoir soldé ses dettes en temps voulu.

Le président est accusé de ne pas avoir anticipé ces dossiers de litiges nationaux, évalués à environ 700.000 DH. À cette somme s'ajoute un litige international datant de 2022 avec le joueur colombien Jhon Fredy Moreno Mena, s'élevant à 350.000 DH.

Confronté à une absence de trésorerie disponible pour régler ce total de 1.050.000 DH, et face à la complexité des procédures de paiement vers la Colombie ayant nécessité près de six semaines de démarches, le club a débuté le championnat avec seulement 13 joueurs qualifiés. Cette situation n'a été régularisée qu'au mois de novembre, après 11 journées de championnat jugées catastrophiques par le collectif – 2 victoires, 6 nuls et 3 défaites –, qui ont durablement installé le club en bas de classement.

Un fonctionnement à sens unique et des promesses non tenues

Les relations internes se sont elles aussi détériorées en raison d'un manque de concertation. Mounir Rhafiri explique que le président prenait régulièrement des décisions unilatérales concernant les recrutements, sans consultation préalable du comité directeur.

À titre d'exemple, lors de la signature du contrat de l'entraîneur Hassan Fadil, certains membres du bureau avaient insisté pour inclure une clause de résiliation indexée sur un objectif précis de points récoltés. "Cette clause indispensable a finalement été omise du contrat final sans leur accord", déplore l'adhérent.

Selon Mounir Rhafiri, les promesses financières non tenues ont également plombé l'atmosphère autour de l'équipe. Durant toute la saison, le staff technique et les joueurs ont manifesté leur frustration face aux retards répétés de paiement des primes et des salaires. "Le président s'était engagé à apporter un sponsoring personnel de 100.000 DH via une entreprise familiale dont il est actionnaire, ainsi qu'une avance de 200.000 DH pour régler les litiges urgents de début de saison. À ce jour, aucun de ces montants n'a été versé au club".

La situation est d'autant plus urgente que le contrat de l'entraîneur Hassan Fadil et ceux des principaux joueurs ont expiré le 30 juin 2026, alors qu'aucun recrutement n'a encore été effectué et qu'aucun projet technique n'a été arrêté pour la saison à venir.

L'adhésion à 5.000 DH, symbole d'un club fermé sur lui-même

Le collectif réclame une réforme en profondeur du système d'adhésion, actuellement jugé prohibitif. Fixée à 5.000 DH par an – contre 2.500 DH jusqu'en 2018 –, cette cotisation est perçue comme une barrière excluant les forces vives de Salé, une ville dont la population est majoritairement issue des classes populaires et moyennes.

Résultat : le club ne compte aujourd'hui que 23 adhérents enregistrés, parmi lesquels 14 composent le comité directeur. Plus problématique encore, la moitié des membres de ce comité, soit 7 personnes, est totalement inactive dans la gestion quotidienne. Pour les signataires, abaisser ce tarif est une mesure hautement symbolique afin d'ouvrir le club aux anciens joueurs, aux compétences locales et aux supporters désireux de s'investir sérieusement.

Pour Mounir Rhafiri, l'initiative portée par les quatre membres actifs du comité directeur ne vise pas simplement à remplacer un homme par un autre, mais à proposer une véritable refonte structurelle.

En cas de départ du président, un projet de gouvernance rigoureux, transparent et réaliste sera présenté aux adhérents et à l'opinion publique. Ce programme s'appuiera sur une gestion financière saine, une communication régulière et une démarche commerciale proactive pour restaurer la confiance des sponsors locaux. À travers cette démarche, le collectif aspire à redonner à l'AS Salé des bases solides, à la hauteur des attentes d'une ville de près d'un million d'habitants.

La réplique du président

Contacté à son tour par Médias24, le président de l’AS Salé, Karim Ouaabi, livre une tout autre version de la situation et rejette fermement la démarche des contestataires, tant sur la forme que sur le fond.

Sur la forme, le dirigeant affirme n’avoir jamais reçu officiellement cette lettre réclamant sa démission, que ce soit à son nom propre ou au niveau de l’administration du club. Il explique en avoir pris connaissance uniquement de manière informelle, puis à travers les réseaux sociaux et les médias électroniques.

Ouaabi critique vivement la méthode employée par les signataires, rappelant que les membres d’un comité directeur sont astreints à un devoir de discrétion et de réserve. Selon lui, exposer ainsi les affaires internes du club sur la place publique nuit gravement à l’institution. Il estime que les contestataires auraient dû utiliser les canaux officiels plutôt que de s'adresser aux médias. "Si des membres ont des réserves ou un projet alternatif à proposer, le cadre approprié pour en débattre est l'assemblée générale, et non les réseaux sociaux ou la radio", martèle-t-il, précisant qu'une assemblée générale ordinaire (AGO) est programmée pour le mois d’août.

Un mandat de 4 ans en cours

Sur la question d'un éventuel départ, Karim Ouaabi exclut catégoriquement toute démission. Il rappelle que son mandat court encore sur trois ans et que l'assemblée d'août est ordinaire et non élective.

Pour lui, les six signataires de la lettre ne représentent qu'une minorité des adhérents de l’AS Salé. "Nous parlons ici d'une minorité d'adhérents. Si cette demande avait été formulée ou soutenue par la majorité ou une large partie des membres du club, je l'aurais certainement prise en considération. Mais face à une démarche minoritaire, je ne vois aucune raison de démissionner".

Un bilan défendu face à une crise jugée "structurelle"

Défendant son bilan, Karim Ouaabi rappelle la situation "catastrophique" dans laquelle il a trouvé le club sur les plans sportif, administratif et financier lorsqu'il a assumé l'intérim de la présidence en février, après la démission de son prédécesseur, et ce, avant d'être élu.

À l'époque, souligne-t-il, personne d'autre n'avait osé se porter candidat pour assumer une telle charge financière et sportive. Il soutient qu'en un an, son administration a réussi à régler entre 50% et 70% des problèmes hérités du passé.

Le président conclut en insistant sur le fait que les maux de l’AS Salé dépassent les querelles de personnes. Il décrit une crise structurelle profonde, résultant de plusieurs années de gestion défaillante, de dépassements budgétaires et de choix techniques contestables.

Pour Karim Ouaabi, le redressement du club est un projet de longue haleine qui exige avant tout de retrouver un équilibre financier stable, sans lequel aucun projet sportif ne pourra réussir de manière efficace et durable.

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Le 28 juillet 2026 à 16h05

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