Perdre la vue et même la vie, les médecins alertent sur les dangers de la médecine esthétique non encadrée
Injections pratiquées sans supervision médicale, lasers utilisés dans des structures non autorisées, produits injectables de contrebande… Face à la banalisation des actes de médecine esthétique au Maroc, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme. Car l’absence d’encadrement médical expose les patients à des complications graves. Parfois irréversibles.
Les actes de médecine esthétique pratiqués en dehors du cadre médical légal suscitent une inquiétude croissante chez les professionnels de santé. Injections de fillers, de botox, peeling, microneedling ou encore épilation laser sont aujourd’hui proposés dans des instituts, des salons ou directement via les réseaux sociaux, souvent sans contrôle médical ni respect des normes sanitaires.
Pour le Dr Laila Rafiq, spécialiste en ORL et chirurgie cervico-faciale, cette dérive s’inscrit dans un phénomène mondial marqué par la banalisation des gestes esthétiques. "Aujourd’hui, on note une banalisation des gestes de médecine esthétique et une augmentation du nombre de gestes pratiqués en dehors des structures médicales", explique-t-elle à Médias24.
La spécialiste rappelle qu’en juin 2024 l’influenceur brésilien Henrique Chagas est décédé après avoir subi un peeling au phénol dans un centre non médical au Brésil, illustrant les dangers liés à certaines pratiques réalisées hors supervision médicale.
Selon le Dr Rafiq, les actes les plus fréquemment pratiqués illégalement concernent principalement "les injections du visage et le laser épilatoire". Or, ces actes ne peuvent être réalisés que dans des cabinets médicaux ou des structures hospitalières encadrées par des médecins qualifiés en médecine esthétique, avec des équipements répondant à des normes strictes, notamment en matière d’injections et d’utilisation des lasers.
Des complications graves et parfois irréversibles
Les risques encourus par les patients sont multiples. Le premier danger reste le risque infectieux. "Certaines infections peuvent évoluer vers des tableaux graves nécessitant une intervention urgente de chirurgiens de la face et du cou", précise le Dr Rafiq, citant notamment les cas de cellulite faciale ou de staphylococcie maligne.
À cela s’ajoutent les brûlures provoquées par une mauvaise utilisation des lasers, ainsi que les complications vasculaires liées aux injections. "Les accidents vasculaires peuvent engager le pronostic vital ou fonctionnel, avec des complications pouvant aller jusqu’à la cécité", avertit-elle.
Dans sa pratique, la spécialiste observe régulièrement des complications liées aux injections mal réalisées. Elle évoque notamment les migrations de fillers, comme le phénomène du "moustache effect" après des injections au niveau des lèvres, ou encore les hyperpigmentations consécutives à des séances de microneedling mal exécutées.
Mais la complication la plus redoutée reste l’accident vasculaire, considéré comme une urgence médicale absolue.
Les réseaux sociaux pointés du doigt
Les réseaux sociaux jouent également un rôle majeur dans la diffusion et la banalisation de ces pratiques. Selon le Dr Rafiq, certaines plateformes encouragent même l’auto-injection. "On commence à voir de plus en plus de patients qui s’auto-injectent", déplore-t-elle, soulignant les risques majeurs associés à ces pratiques informelles.
Le facteur prix constitue aussi un élément déterminant. Les actes proposés à bas coût attirent une partie des patients, mais cette différence tarifaire soulève de nombreuses interrogations sur l’origine et la qualité des produits utilisés.
"Cette différence est généralement due à la vente de produits distribués en contrebande, ne respectant pas les conditions de stockage et de transport", explique la spécialiste, qui met également en garde contre l’utilisation de produits falsifiés.
Face à cette situation, les médecins recommandent de privilégier des établissements médicaux utilisant des produits certifiés et de s’assurer que les actes sont réalisés par des médecins diplômés en esthétique médicale, capables non seulement de maîtriser l’anatomie du visage, mais aussi de prendre en charge d’éventuelles complications.
Vers un encadrement plus strict du secteur
Alors que la demande en soins esthétiques ne cesse d’augmenter, les professionnels de santé plaident pour un encadrement réglementaire plus clair et plus strict de la médecine esthétique au Maroc.
Pour le Dr Rafiq, cette évolution est devenue nécessaire dans un contexte marqué par l’allongement de l’espérance de vie et l’intérêt croissant pour les soins anti-âge. "Aujourd’hui, l’esthétique médicale ou surtout l’anti-âge n’est plus un luxe", affirme-t-elle.
Les spécialistes insistent ainsi sur la nécessité de renforcer la protection des patients contre les dérives observées dans un secteur en pleine expansion, où certaines pratiques illégales ont déjà conduit à des déformations physiques graves et, dans certains cas, à des décès.
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