Tourisme : le possible deal allemand qui pourrait changer la donne pour l’Oriental
À l’ITB Berlin 2026, l’ONMT et les opérateurs de l’Oriental jouent une carte décisive : convaincre deux à trois poids lourds du tourisme germanophone d’intégrer Saïdia à leur programmation et de sécuriser des rotations hivernales. En jeu, des volumes réguliers hors saison, des recettes en devises, et les bases d’un modèle touristique quatre saisons.
"La bataille de la saisonnalité qui impacte toute la région de l’Oriental se jouera en grande partie en Allemagne", souffle un grand opérateur présent au salon de l’ITB Berlin 2026, en ajoutant que l’Office national marocain du tourisme (ONMT) a planifié une série de rendez-vous avec les principaux acteurs du marché germanophone.
Un des marchés les plus solvables d’Europe
Sur un stand de 1.000 mètres carrés, la délégation va rencontrer les grands tour-opérateurs, les spécialistes du golf, du tourisme culturel et du balnéaire pour un maillage complet de la distribution.
Selon notre interlocuteur, l’enjeu dépasse une simple opération classique de promotion, car le marché germanophone issu de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche constitue un bassin lucratif à fort pouvoir d’achat, adepte des séjours organisés et fidèle aux destinations bien structurées.
Des poids lourds européens dans le viseur
Et d’ajouter que parmi les cibles prioritaires figure DER Touristik, division tourisme du groupe Rewe, qui compte un réseau de 2.100 agences, 6,5 millions de clients et 3,47 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
"Un partenariat renforcé permettrait par conséquent d’intégrer davantage Saïdia dans les catalogues de marques majeures sur le segment balnéaire et premium", avance l’opérateur en citant également les prescripteurs Alltours, qui compte 2 millions de clients, et Schauinsland-Reisen, quatrième voyagiste aérien allemand.
En d’autres termes, l’objectif est de sécuriser des volumes réguliers, notamment en basse saison, et d’inscrire la destination Oriental dans une programmation stable vers l’Afrique du Nord.
Sortir du tout-estival
La feuille de route ne se limite pas au balnéaire. Des rencontres sont en effet prévues avec des opérateurs spécialisés dans les croisières et le tourisme culturel, le segment senior premium, ainsi que le golf, afin de positionner Saïdia comme alternative hivernale aux Canaries ou à la Turquie.
Pour boucler la boucle germanophone, les marchés suisse et autrichien sont également ciblés via des distributeurs spécialisés en circuits culturels, nature, désert et trekking afin d’élargir la clientèle au-delà du pic estival et de construire une offre thématique (golf, gastronomie, city break, découverte) qui soit capable d’attirer des flux hors saison.
La délégation prévoit aussi des discussions avec des acteurs du packaging flexible et des plateformes spécialisées dans les longs séjours qui permettront de cibler une clientèle autonome, flexible et sensible aux offres longue durée, soit un levier important pour lisser la fréquentation hivernale.
Un enjeu économique structurant
"Sachant qu’un partenariat avec deux à trois grands opérateurs pourrait générer plusieurs dizaines de milliers de nuitées par an, l’ITB représente un vrai pari économique pour l’Oriental", avance notre source, qui table sur un gain de 20.000 à 50.000 touristes additionnels, correspondant à 120.000 à 300.000 nuitées supplémentaires et à des recettes comprises entre 18 et 50 millions d’euros.
Pour y arriver, la clé consistera à sécuriser un volume de sièges aériens avec une à deux rotations hivernales hebdomadaires depuis l’Allemagne, condition indispensable à la rentabilité des lignes.
Et de conclure que l’ITB Berlin ne constitue pas une simple présence institutionnelle. Il s’agit d’une opération de prospection dont l’enjeu est d’améliorer le taux d’occupation annuel, d’accroître les recettes en devises et, surtout, de poser les bases d’un véritable modèle touristique quatre saisons.
La réussite dépendra, par conséquent, de la capacité de l’ONMT et des opérateurs présents à transformer ce grand rendez-vous berlinois en contrats fermes et en volumes garantis.
à lire aussi
Article : Santé numérique : ce que le projet de loi prévoit de changer dans votre parcours de soins
Le projet de loi 52.26 adopté en Conseil du gouvernement pose les bases de la santé numérique au Maroc. Dossier médical partagé, identifiant sanitaire unique, plateforme nationale et agence dédiée… Il encadre l’accès aux données, fixe les droits des patients et prévoit des sanctions. Détails.
Article : Déficit budgétaire 2026 : le Maroc peut-il tenir les 3% ?
Malgré le choc énergétique, la hausse des dépenses sociales et salariales et l’accélération de l’investissement public, le gouvernement maintient son objectif de ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB en 2026. La cible est comptablement atteignable. Reste à savoir si cet ajustement repose sur des bases solides et durables.
Article : Gazoduc Nigeria-Maroc : qui paiera et quand le gaz arrivera
De Casablanca à Abuja, la signature de l’accord intergouvernemental le 19 juillet marque un tournant pour ce projet destiné à acheminer le gaz ouest-africain jusqu’au Maroc et à l’Europe, soutenu par d’immenses réserves gazières au Nigeria, au Sénégal et en Mauritanie. Qui doit le financer, comment il sera construit au Maroc et pourquoi le premier gaz n’est attendu qu’en 2031 : tour d’horizon.
Article : Aviculture : prix toujours bas, jusqu'à 3 DH de pertes par kg pour les éleveurs
Les prix du poulet continuent de reculer au Maroc, creusant les pertes des éleveurs. Le secteur espère toutefois une remontée progressive des prix à partir de septembre, portée par une baisse attendue de l'offre et un léger rebond de la demande. Détails.
Article : Settat : l’ONEE renforce l’alimentation en eau avec un projet de 210 MDH
L’Office national de l’électricité et de l’eau potable a mis en service la première tranche d’un projet de 210 millions de dirhams destiné à renforcer et sécuriser l’alimentation en eau potable de Settat et des localités voisines. Cette première phase permet de doubler le débit d’alimentation de la ville.
Article : La fondation CDG distingue six projets d’innovation sociale digitale
La fondation CDG a clôturé la 2e édition de DIGIT@CTION, un programme dédié à l’innovation sociale digitale. Six projets portés par des associations ont été retenus et bénéficieront d’un financement, ainsi que d’un accompagnement pour soutenir leur déploiement.