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CAN ou pas CAN, pourquoi Regragui restera dans l'histoire du football marocain

Au-delà du sacre continental qui continue d’échapper au Maroc, l’ère Walid Regragui aura profondément reconfiguré l’imaginaire, l’ambition et la trajectoire du football national. De la demi-finale historique à la Coupe du monde de 2022 à l’essor des générations juniors et olympiques, son mandat dépasse le simple bilan comptable. Voici pourquoi son "héritage footballistique" fera date et devrait continuer d’irriguer, sur la durée, le ballon rond au Maroc.

CAN ou pas CAN, pourquoi Regragui restera dans l'histoire du football marocain
Walid Regragui.
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Le 3 mars 2026 à 14h55 | Modifié 3 mars 2026 à 15h00

Par Wissam El Bouzdaini

Rédacteur en chef

Le 16 mars 2018, le club anglais de Manchester United est piteusement éliminé en huitième de finale de la Ligue des champions face à son homologue espagnol du FC Séville.

Son coach portugais, José Mourinho, déjà vainqueur à deux reprises de la "coupe aux grandes oreilles", n'a, naturellement, pas le cœur à la fête. Mais il a une excuse : le "football heritage".

"C’est ce dont un entraîneur hérite", définit-il, avant de passer en revue l'ensemble du passif inscrit au bilan mancunien au cours des années ayant précédé son intronisation à Old Trafford : sorties prématurées des compétitions européennes, absence de podium dans le championnat. Et il y va aussi de sa comparaison avec des escouades mieux loties que la sienne en termes de palmarès récent (FC Barcelone, Real Madrid, Juventus, Bayern Munich).

Et ces données, laisse entendre le technicien, sont de nature à influer sur le présent sportif d'une équipe au-delà même de certaines autres considérations qui peuvent paraître comme plus objectives.

D'aucuns verront certainement dans ce concept de l'"héritage footballistique" une réminiscence de celui de "capital symbolique" du sociologue français Pierre Bourdieu. Pour l'auteur de ces lignes en tout cas, l'intérêt de le convoquer réside dans la simple et bonne raison qu'il dit peut-être l'essentiel à retenir dans le mandat de Walid Regragui à la tête de l'équipe du Maroc. En d'autres termes, l'empreinte qu'il laisse.

Le temps du doute, et celui du bilan

Précisons tout d'abord que Médias24 n'a pas d'information, pour l'heure, sur le devenir prochain du sélectionneur national. Un certain bruit court, il est vrai, depuis quelque temps pour annoncer son départ "imminent" du banc des Lions de l'Atlas, et la rumeur continue tellement de revenir qu'elle a forcé, en à peine trois semaines, trois démentis consécutifs de la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Mais c'est aussi que Regragui entretient lui-même le suspense, en s'étant retenu — à son corps défendant ? — de prendre la parole publique depuis la finale tragique de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), injustement perdue par ses poulains après les agissements, pour le moins inélégants, des responsables du football sénégalais.

Mais toujours est-il qu'il n'est pas trop précipité d'essayer d'arrêter un diagnostic. Et celui-ci, et c'est bien évidemment là un sentiment subjectif, demeure, au final, éminemment positif.

Bien sûr, Regragui l'entraîneur, et derrière lui aussi l'homme, continuera de cliver. Sur le plan sportif, pour mettre les bœufs avant la charrue, son parti pris avoué en faveur d'un football utilitaire, dénué de spectacle s'il le faut — d'"ada7", comme il se plaît sciemment à le caricaturer —, lui vaut depuis toujours l'antipathie d'une partie du public.

"Suis-je le Barça pour faire du beau jeu ?", assumait-il lors d'une conférence de presse restée célèbre, après que le Fath de Rabat, qu'il dirigeait à l'époque — en janvier 2020 —, avait réalisé une victoire à l'économie face au Hassania d'Agadir en championnat national.

La "niya", socle invisible

Et cela mène justement à parler du "personnage" Regragui, du moins celui qui est public et avec qui les journalistes frayent, et que par la suite ceux-ci mettent en scène. Brut de décoffrage, sa langue jamais dans la poche de son survêtement,... mais cela, et personne ne pourra jamais le lui contester, dans un souci de vérité dans la parole et de franchise manifeste.

Et c'est là qu'il y a, à n'en point douter, le premier point saillant dans la "performance review" de Regragui : le socle de valeurs qu'il incarne, et dont l'une, déjà proverbiale, l'est devenue encore plus avec lui, à savoir la "niya" — la bonne foi dans ce que l'on fait et dans ce que l'on veut réussir.

À force d'avoir été rabâché, radoté, et d'avoir même inspiré un sitcom — cela ne s'invente pas —, le thème a fini par être usé et donner lieu à la moquerie. Mais il s'agit en même temps, en l'espèce, de la devise indélébile du plus grand exploit jamais réalisé par le football marocain et, dans sa largeur, africain : la qualification pour une demi-finale de Coupe du monde, voilà quatre ans en terre qatarie.

Footballistiquement tout d'abord, la sélection nationale a, il faut le dire, souvent eu les moyens dans son histoire d'accomplir un tel résultat. Il est certes vrai qu'elle n'a jamais compté en même temps dans ses rangs des joueurs qui évoluaient au plus haut niveau mondial, mais cela n'oblitère en rien la qualité de leurs glorieux aînés et de leurs aptitudes intrinsèques — long débat qui n'est pas le sujet de ce texte.

Puis, sur le terrain en lui-même, Regragui a aligné un 4-1-4-1 des familles, qu'il n'est ni le premier ni le dernier à avoir privilégié, et qui, paradoxalement, s'est retrouvé plus tard au cœur de toutes les critiques qu'il a essuyées depuis l'élimination surprise en huitième de finale de la CAN de 2023 face à l'Afrique du Sud. Le Maroc n'était, en tout état de cause, pas mieux prédisposé tactiquement que ses adversaires croate, belge, canadien, espagnol, portugais et français avec qui, coup sur coup, il en a décousu quatre semaines durant.

Mais au Qatar, il y avait une différence dans les esprits et dans la croyance en la possibilité d'une performance qui apparaissait encore comme étant tout à fait fantasmagorique au moment où l'arbitre argentin Fernando Rapallini sifflait, le 23 novembre 2022 à 13h au Stade Al-Bayt d'Al-Khor, le coup d'envoi de Maroc-Croatie, entame de l'épopée . "On joue au football avec la tête ; les jambes ne sont là que pour aider", aimait à rappeler la défunte légende néerlandaise, Johan Cruyff.

Rupture et héritage

Au final, beaucoup retiendront qu'à la suite de la quatrième place au Mondial, le Maroc n'a, surtout, pas réussi à arracher le trophée continental, poursuivi par ses soins depuis la maigre étoile d'Ahmed Faras et de ses coéquipiers en mars 1976 sur les hautes terres éthiopiennes.

Mais de la médaille de bronze aux Jeux olympiques d'été de Paris en 2024, et jusqu'au sacre mondial en U-20 le 20 octobre 2025 d'Othmane Maamma, Yassir Zabiri et tutti quanti, difficile de dire que tous ces succès ne s'inscrivent pas dans la même logique de rupture impulsée par Regragui.

Leur conjonction temporelle plaide en tout cas largement en faveur de son rôle matriciel pour insuffler une nouvelle dynamique dans le football national, et même au-delà. Pour la première fois finaliste de la Coupe d'Asie en 2024 et qualifiée pour la Coupe du monde de 2026 en Amérique du Nord, on imagine par exemple mal que la Jordanie se soit, à la base, attachée les services d'entraîneurs marocains — Houcine Ammouta, puis Jamal Sellami — n'était le précédent Regragui.

Il y a deux siècles, Karl Marx écrivait ceci dans "Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte" : "Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé."

Une règle qui, tous domaines confondus, ne se dément pas vraiment, et encore moins dans un univers aussi déterminé que le football.

Mourinho peut en témoigner, comme, on peut l'espérer, tous ceux qui auront à l'avenir à occuper la place de Regragui. Que ce soit lui-même ou un autre.

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Le 3 mars 2026 à 14h55

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