Le ratio alimentaire, ce baromètre discret du pouvoir d’achat des Marocains
Entre 2007 et 2014, la part de l’alimentation dans le budget des ménages a reculé, avant de remonter en 2022. Simple effet des prix ou signe d’un budget plus contraint ? À partir des données du HCP, Médias24 décrypte cette remontée et ses implications sur les arbitrages de consommation. Et sur la capacité des ménages à épargner.
Combien pèsent les dépenses alimentaires dans le budget des ménages marocains ? Comment cette part a-t-elle évolué au fil du temps ? Et que dit, au fond, une part alimentaire élevée ou faible sur la situation financière des ménages ?
Les réponses à ces questions sont d'une importance particulière, notamment dans un contexte où le pouvoir d’achat est sous pression et où la hausse des prix des produits de première nécessité a forcé de nombreux ménages à revoir leurs priorités de dépenses.
En s’appuyant sur les microdonnées du HCP, Médias24 apporte de premiers insights sur le sujet.
La part alimentaire recule, puis remonte
L’analyse s'appuie sur les données des enquêtes de 2007 et 2014, ainsi que sur les premiers résultats de l’enquête 2022-2023, dont les microdonnées n’ont pas encore été diffusées.
Entre 2007 et 2014, la part de l’alimentation dans les dépenses des ménages recule de 40,6% à 37%, avant de remonter à 38,2% en 2022.
À titre de comparaison, dans l’Union européenne, les dépenses alimentaires hors produits alcooliques représentent 13,2% du total des dépenses de consommation des ménages. Aux États-Unis, le Consumer Expenditure Survey estime cette part à 12,9%.
La dynamique marocaine est révélatrice. Quand la part du budget consacrée à l’alimentation baisse, cela signifie en général que les ménages respirent un peu mieux financièrement.
À l’inverse, quand elle remonte, cela indique souvent que la hausse des prix pèse davantage sur le portefeuille, même si les revenus augmentent sur le papier.
Il convient de préciser qu'une hausse de la part alimentaire ne signifie pas toujours un appauvrissement en volume au sens strict, car elle peut simplement refléter une hausse des prix. Quand l’alimentation renchérit plus vite que le reste, sa part dans le budget peut augmenter même si les quantités achetées stagnent ou diminuent.
C’est possiblement ce qui s’est produit en 2022-2023, dans un contexte d’inflation élevée, de 6,6% en 2022 et de 6,1% en 2023.
Mais l’inverse est tout aussi vrai. Même corrigée de l’inflation, une part élevée du budget consacrée à l’alimentation reste un signe de tension financière, car elle laisse peu de place aux autres dépenses.
C’est ce que nous allons démontrer, données à l’appui, dans la suite de cet article.
Le ratio alimentaire, indicateur de vulnérabilité des ménages
Consacrer une part importante de son budget à l’alimentation implique moins de marge pour les autres dépenses, notamment les dépenses compressibles, comme l’habillement, l’équipement ou les loisirs.
Le HCP souligne cette remarque dans son rapport relatif aux résultats de la dernière enquête de 2022.
"Plus le niveau de vie s’améliore, plus la part du budget allouée à l’alimentaire diminue, passant de 50% pour les 10% de la population les moins aisés, à 30% pour les 10% les plus aisés en 2022, contre 50% et 26% respectivement en 2014", lit-on dans le rapport.
Pour mesurer l’effet d’une part alimentaire élevée sur le reste du budget, on a suivi l’évolution des dépenses dites compressibles, celles qui servent de premier ajustement quand le budget se tend. Ici, il s’agit de l’habillement et de l’équipement ménager.
On remarque que quand la part alimentaire monte, les ménages réduisent d’abord les dépenses non essentielles, comme l’habillement ou l’électroménager.
La baisse commence quand on se rapproche de la zone des 35 à 40% de part alimentaire, un seuil à partir duquel le budget devient nettement plus contraint. La même relation apparaît en 2007 et en 2014.
Dans la mesure où la part de l’alimentaire dans les dépenses des ménages augmente par rapport à 2014, il est attendu que les dépenses compressibles voient leur part reculer en 2022.
C’est exactement ce que signale le HCP :
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