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CULTURE

Dix ans sans la Biennale de Marrakech, un silence culturel qui interroge

Suspendue depuis sa dernière édition en 2016, la Biennale de Marrakech laisse un vide qui dépasse la seule sphère artistique. Pour son ancien président, Amine Kabbaj, cette interruption prolongée pose la question de la place de la culture dans les politiques publiques. Combatif, il invite les acteurs concernés à repenser un projet structurant capable de conjuguer rayonnement international, éducation et retombées économiques.

Biennale de Marrakech
Pourquoi la Biennale de Marrakech doit revenir
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Le 6 février 2026 à 14h17 | Modifié 6 février 2026 à 16h25

"En dix années, cinq éditions n’ont pas pu voir le jour, alors même que les grandes biennales internationales ont consolidé leur rôle en tant qu'instrument d’influence culturelle et économique", regrette l’ancien président de la Biennale. Pour Amine Kabbaj, cette absence prolongée ne peut être analysée comme un simple arrêt conjoncturel, mais comme un signal interrogeant la capacité du pays à inscrire durablement la culture dans sa stratégie de développement.

Un outil de démocratisation culturelle

Et de rappeler que lors de sa 6e édition en 2016, la Biennale de Marrakech avait atteint un niveau de visibilité inédit, positionnant la ville ocre parmi les plateformes internationales reconnues de l’art contemporain où artistes, curateurs, institutions et médias spécialisés avaient contribué à renforcer l’image du Maroc comme espace de création, de dialogue et d’expérimentation artistique.

L’extension des expositions et la délocalisation de certains projets vers Essaouira avaient en effet permis de diffuser ce rayonnement à l’échelle régionale. Ainsi renforçaient-elles l’attractivité culturelle conjointe des deux villes et l’implication de leur tissu associatif local et du jeune public.

En outre, la gratuité de l’accès et la durée étendue de l’événement avaient favorisé une fréquentation large et diversifiée. Habitants, scolaires, étudiants et touristes avaient pu découvrir des œuvres contemporaines en investissant des sites patrimoniaux et des espaces publics de Marrakech, transformée temporairement en un musée à ciel ouvert.

La dernière édition s’était distinguée par l’importance accordée aux programmes éducatifs. Les dispositifs de médiation mis en place avaient permis à des milliers d’écoliers issus de plus de 50 écoles, urbaines et rurales, d’accéder aux expositions.

Entre visites pédagogiques et ateliers de sensibilisation destinés aux plus jeunes, ces actions avaient contribué à inscrire cet événement culturel dans une logique de service public, en rupture avec les rendez-vous d’ordinaire réservés aux seuls initiés.

Des retombées économiques mesurables

Sur le plan socio-économique, l’organisation de la Biennale de Marrakech avait généré des retombées directes et indirectes significatives, mobilisant de très nombreux prestataires locaux et créant des centaines d’emplois temporaires dans les secteurs culturels et événementiels.

Avec près de 100.000 visiteurs recensés, l’événement avait également contribué à dynamiser l’hôtellerie, la restauration, les transports, l’artisanat et le commerce local, à Marrakech comme à Essaouira, renforçant le positionnement du Royaume sur le segment du tourisme culturel.

Si l’impact financier n’a toujours pas fait l’objet d’une étude chiffrée, les retombées économiques de la dernière édition auraient dépassé les 10 millions de dirhams, selon l'estimation des experts.

Amine Kabbaj tient à souligner que la municipalité de Marrakech, les autorités locales et la région ont contribué à sa réussite, en plus de plusieurs départements ministériels comme ceux de la Culture et de l'Éducation nationale, ou encore la Direction des douanes qui a facilité l'importation des œuvres.

Une absence dommageable qui nécessite une relance repensée

"Pendant que la Biennale de Marrakech était à l’arrêt, les grandes manifestations culturelles internationales se sont renforcées, devenant des outils majeurs de projection d’influence et de diplomatie culturelle", insiste Amine Kabbaj, pour qui l’absence prolongée du Maroc dans ce paysage a mécaniquement réduit sa visibilité dans les espaces stratégiques de production symbolique.

Selon lui, cette situation appelle une réflexion dépassant la seule relance événementielle et pose une question majeure, celle de la place que la culture doit occuper dans les politiques publiques nationales.

Déterminé à ne pas baisser les bras, l’architecte plaide pour une relance sous une forme renouvelée, pensée non comme un événement ponctuel, mais comme un écosystème culturel durable, associant création contemporaine, patrimoine, éducation, jeunesse et développement économique.

Et de conclure qu’à l’heure où le Maroc réaffirme son positionnement international, notamment africain, la structuration d’un rendez-vous culturel majeur apparaît comme un levier stratégique complémentaire aux politiques de rayonnement économique et diplomatique du Royaume.

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Le 6 février 2026 à 14h17

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