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CAN 2025. Dans la tête des Lions de l’Atlas après l’échec en finale

La défaite en finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a sans doute laissé des traces profondes chez Achraf Hakimi et ses coéquipiers. Quel impact psychologique un tel scénario peut-il avoir sur un groupe ? Q’est-ce qui aurait pu traverser l'esprit de Brahim Diaz après son geste manqué ? Éclairage avec Karim Boukallouch, docteur en psychologie du sport.

CAN 2025. Dans la tête des Lions de l’Atlas après l’échec en finale
Chady Chaabi
Le 21 janvier 2026 à 17h43 | Modifié 21 janvier 2026 à 18h57

Si elle a traumatisé tout un pays, on peut imaginer l’impact que la défaite en finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 a pu avoir sur les Lions de l’Atlas, et en particulier sur Brahim Diaz.

Cette CAN devait être celle de la consécration à domicile. Elle s’est finalement transformée en une épreuve mentale d’une rare intensité, marquée par plusieurs séquences clés, dont le penalty manqué par le Madrilène, devenu la cible de toutes les critiques.

Par-delà le geste technique, c’est tout un contexte émotionnel qui s’est condensé en quelques secondes, dont la pression d’un stade acquis à la cause marocaine, l’attente d’un pays, le poids d’une finale à domicile, la tension des évènements précédant le tir et la solitude extrême du tireur face à son choix.

Un instant où la lucidité le dispute à l’instinct, où la décision n’est plus uniquement sportive mais aussi psychologique.

Pour comprendre ce qui peut se jouer dans la tête d’un joueur à un tel moment, mais aussi les répercussions d’un échec sur l’ensemble d’un groupe, Médias24 a échangé avec Karim Boukallouch*, docteur en psychologie du sport, spécialiste de la performance mentale et de l’accompagnement des athlètes de haut niveau.

CAN 2025. Dans la tête des Lions de l’Atlas après l’échec en finale
Dr Karim Boukallouch, psychologue du sport, spécialiste de la performance mentale et de l’accompagnement des athlètes de haut niveau.

Médias24 : Quels mécanismes psychologiques peuvent pousser un joueur à tenter une panenka à un moment aussi important du match ?

Karim Boukallouch : C'est un geste hautement symbolique qui mobilise plusieurs dispositifs psychologiques. Le joueur cherche à protéger son identité sportive. Montrer qu’il est créatif, audacieux et sûr de lui. Il transforme la peur en excitation et la menace en défi personnel.

Le geste implique une forte tolérance au jugement, l’acceptation possible de l’humiliation publique et une personnalité à forte prise de risque. 

- Peut-on parler d’excès de confiance ?

- Oui, un excès de confiance peut exister si le joueur surestime ses capacités ou sous-estime le contexte (finale, enjeu collectif, attentes du pays, famille ou club).

- Dans ces moments-là, est-ce que le joueur pense encore à l’équipe ou est-il déjà dans une logique individuelle ?

- Même s’il tire pour l’équipe, le joueur vit la situation seul, à travers un silence intérieur et un isolement perceptif. Il reste dans une logique d’équipe s’il se sent représentant du groupe. Sinon, sa logique devient individuelle, centrée sur lui, son image et sa carrière.

- Le contexte influence-t-il la prise de décision au moment du tir et le choix du geste technique ?

- Le contexte – finale à domicile, statut de star et attente populaire – influence fortement le choix du geste. Il transforme le champ attentionnel et détermine si le joueur optera pour un geste prudent ou spectaculaire. Les profils anxieux privilégient la sécurité, les profils expressifs le spectaculaire.Juste après l’échec, le joueur est temporairement paralysé, comme interrompu dans l’action par la secousse émotionnelle

- Que se passe-t-il psychologiquement juste après un penalty raté ?

- Le joueur subit un choc émotionnel brutal. Il est en état de sidération et de honte. Il a le sentiment d’avoir trahi tout le monde. Son attention se fige sur l’erreur, tandis que le regard du public et des coéquipiers est perçu comme un jugement.

Le fait que l’échec soit public aggrave considérablement le choc. Le joueur doit gérer sa propre déception et l’anticipation du jugement des médias et du public, intensifiant honte, culpabilité et sentiment d’infériorité.

Il peut revivre la scène en boucle, surtout dans les heures qui suivent, par des images mentales intrusives. C’est ce qu’on appelle la rumination post-événement. Avec le soutien social et un travail psychologique, ces images peuvent se réduire ou se transformer en expérience intégrée.

- Comment cet échec individuel peut-il affecter le groupe ?

- L’effet émotionnel se diffuse au sein de l’équipe. La tristesse, la frustration et la colère diffuse se propagent, car l’échec d’un individu est perçu comme une défaite collective.

Le groupe doit choisir entre défendre le joueur et renforcer l’unité, ou chercher un coupable, au risque de fragiliser l’ambiance.

Un non-dit peut s’installer si l’échec n’est pas abordé – avec des tensions vagues, des évitements ou des modifications discrètes dans les interactions. Cela détériore la confiance et affaiblit l’unité du groupe.Le joueur peut développer une défiance envers ses compétences

- Peut-on parler de traumatisme psychologique après une finale perdue de cette manière ?

- Oui, dans certains cas, surtout si l’événement dépasse les capacités de gestion du joueur ou de l’équipe. Les symptômes sont : flashback, hypervigilance, perte de confiance ou crainte de se retrouver dans la même situation.

Le joueur peut développer une défiance envers ses compétences, éviter les situations à risque, diminuer sa capacité à prendre des initiatives et se construire une identité de "joueur fragile sous pression".

La posture et la position de Brahim Diaz lors de la photo avec Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid illustrent la difficulté de gérer un échec public.

- Le suivi psychologique est-il nécessaire ?

- Absolument. Immédiatement après, il faut contenir et protéger grâce à de la présence humaine et à des messages simples comme "tu fais partie de l’équipe", sans analyse technique ni reproche.

Quelques jours plus tard, on analyse l’échec, on restaure la confiance et on transforme l’expérience.

- Un échec aussi douloureux peut-il devenir un levier de progression mentale ?

- Un échec aussi douloureux peut devenir un levier de progression mentale, à condition d’être accompagné. Il développe résilience, clarté émotionnelle et robustesse face à la pression. Le soutien du groupe et du staff est décisif pour éviter l’isolement.

- Si vous deviez résumer en une phrase ce que traverse aujourd’hui l’équipe nationale marocaine sur le plan mental... 

- "L’échec d’aujourd’hui forge la victoire de demain". La sélection marocaine traverse une période de vulnérabilité émotionnelle où frustration et déception doivent être assimilées pour se transformer en force collective.

*Docteur en psychologie du sport, professeur associé à l’Institut des sciences du sport de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, Karim Boukallouch accompagne depuis plus de quinze ans des athlètes de haut niveau, des sélections nationales et des clubs professionnels, au Maroc comme à l’étranger. Son expertise, à la croisée de la performance et de la santé mentale, offre un regard précieux sur les mécanismes qui façonnent les victoires et les échecs.

Équipe nationale. Si près du bonheur (CAN 2025)

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Chady Chaabi
Le 21 janvier 2026 à 17h43

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