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Taxe sur bois importés : “Aujourd'hui, il est plus rentable d’importer un meuble fini que de faire tourner nos usines” (Othmane Tazi)

La révision de la taxe sur les bois importés dans la loi de finances 2025 crée la polémique. Fixée à 6% pour les produits finis, elle reste à 12% pour la matière première, une différence que les industriels de l’ameublement jugent incohérente et pénalisante. Selon eux, cette mesure favorise l’importation au détriment de la transformation locale, fragilise la compétitivité du secteur et risque d’alourdir la facture pour les consommateurs.

La taxe sur les bois importés continue de susciter le débat.
©Cema Bois de l'Atlas
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Le 22 septembre 2025 à 18h40 | Modifié 22 septembre 2025 à 18h58

La taxe sur les bois importés (TBI) continue de susciter incompréhension et mécontentement dans le secteur de l’ameublement. Révisée dans la loi de finances 2025, elle a été abaissée de moitié pour les produits finis, passant de 12% à 6%, alors que l’importation de la matière première reste toujours taxée à 12%.

Pour les industriels du secteur, ce choix revient à encourager l’importation au détriment de la transformation nationale, accentuant une perte de compétitivité déjà alimentée par d’autres contraintes.

Instaurée en 1986 à 12% ad valorem, la taxe sur les importations des bois et ouvrages en bois visait à alimenter le Fonds national forestier, mais ne s’appliquait pas aux meubles finis, créant une distorsion au détriment des transformateurs locaux, en particulier les ateliers d’artisanat.

En 2012, la taxe de 12% a été étendue à tous les articles en bois relevant des chapitres 44 et 94 du tarif des droits de douane à l’importation, avec une exception à 6% pour les produits relevant de la position nᵒ 44.08 du tarif des droits de douane à l’importation, à savoir, les feuilles pour placage, pour contreplaqués ou pour bois stratifiés d’une épaisseur n’excédant pas 6 mm.

La loi de finances 2025 a changé la donne. Il a été décidé d'abaisser le taux à 6% pour les produits finis en bois, relevant du chapitre 94 du TDI. L'argument présenté : "Il a été constaté que cette taxe étant ad valorem, s’applique à la valeur globale des meubles concernés, même si le bois contenu dans ces produits ne représente qu’une faible part de leur valeur, renchérissant ainsi leurs coûts d’acquisition par les consommateurs. Aussi, dans le but de réduire le prix des meubles en bois, l’article 7 de la loi de finances pour l’année budgétaire 2025, prévoit la réduction du taux de la TBI de 12% à 6% pour les ouvrages en bois".

Othmane Tazi, secrétaire général de l'Association marocaine des industries de l'ameublement (AMIA), explique à Médias24 les incohérences de cette taxation.

Une taxe incohérente

Selon lui, la loi de finances 2025 a introduit une différenciation qui désavantage directement la transformation locale.

"Historiquement, cette taxe était de 12% sur les importations de matières premières et de produits finis. Dans la loi de finances de 2025, une modification a été introduite baissant cette taxe à 6% pour les produits finis et la maintenant à 12% pour les matières premières", explique-t-il.

"Nous avons alerté notre tutelle l'année dernière. Mais il était trop tard pour agir et changer les choses. Nous espérons donc que les pouvoirs publics vont rétablir une certaine justice en faveur de la branche industrielle en révisant à la baisse la taxe qui lui est imposée", poursuit notre interlocuteur.

Selon Othmane Tazi, le dialogue avec le ministère a bien été engagé, notamment à travers des démarches officielles de l'Association marocaine des industries de l'ameublement.

"Une délégation de l'Association marocaine des industries de l'ameublement a pris contact avec le ministère de tutelle pour expliquer notre position", souligne-t-il.

Pour notre interlocuteur, la situation actuelle est incohérente sur le plan économique et aggrave la perte de compétitivité d’un secteur déjà sous pression.

"C'est un non-sens économique. Notre secteur subit déjà une mesure de sauvegarde sur le panneau de fibre de bois importé, prolongée pour la troisième fois, ce qui renchérit nos importations hors quotas. Et avec une taxe forestière plus élevée sur la matière première que sur le produit fini, c'est une double peine que nous subissons qui nous fait perdre des points de compétitivité", précise-t-il.

Importer revient moins cher que produire localement

La conséquence directe est que l’importation de produits finis devient plus attractive que l’investissement dans la transformation locale.

"Aujourd'hui, il devient plus compétitif d'importer directement un produit fini de l’étranger que d’importer du bois brut et de faire travailler nos usines", indique notre interlocuteur.

Cette situation n’est pas sans impact pour les consommateurs. Les ménages sont directement exposés à la hausse des prix des produits fabriqués localement.

"C'est un secteur qui touche directement les consommateurs, notamment dans le domaine des portes d’entrée, des portes de placard ou encore des dressings. Vous imaginez l’impact immédiat pour les ménages, soit le prix des portes fabriquées localement va fortement augmenter, soit il devient beaucoup plus intéressant d’acheter des portes importées", explique Othmane Tazi.

Il note aussi que certains industriels risquent de voir leur modèle économique fragilisé, surtout ceux qui travaillent sur des marchés publics ou privés conclus plusieurs mois à l’avance.

"Pour certains membres de l'association, une partie de leur activité repose sur les appels d’offres ou des marchés remportés plusieurs mois à l’avance, parfois six à huit mois avant la livraison. Cela signifie que si cette entreprise a remporté un appel d’offres en 2024, elle va aujourd'hui fabriquer et livrer une commande en utilisant une matière première qui coûte plus cher par rapport à son chiffrage initial. Dans ces conditions, il est souvent plus avantageux d’importer directement le produit fini plutôt que de supporter cette hausse des coûts sur la transformation locale".Nous ne réclamons pas une protection particulière, mais seulement que l'importation ne soit pas avantagée par rapport à l'industrie locale
Pour Othmane Tazi, les revendications du secteur ne relèvent pas du protectionnisme, mais visent à rétablir des conditions de concurrence équitables entre production nationale et importations.

"Nous demandons simplement de pouvoir être à armes égales face aux importateurs. Nous ne réclamons pas une protection particulière, mais seulement que l'importation ne soit pas avantagée par rapport à l'industrie locale", conclut-il.

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Le 22 septembre 2025 à 18h40

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