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ECONOMIE

Un Maroc à deux vitesses : quand Casablanca, Rabat et Tanger concentrent 60% des richesses

Vu à travers les comptes régionaux, le Maroc de 2023 apparaît comme une carte en clair-obscur. Des pôles de prospérité côtoient des zones laissées en retrait, dessinant le portrait d’un pays qui avance à deux vitesses.

Les comptes régionaux mettent en évidence des disparités régionales significatives.
Les comptes régionaux mettent en évidence des disparités régionales significatives.
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Le 2 septembre 2025 à 18h24 | Modifié 3 septembre 2025 à 8h36

En 2023, l’économie marocaine a généré un PIB réel chaîné de 1.382,3 MMDH, traduisant une croissance annuelle de 3,7%. Derrière ce chiffre global se cache en réalité une mosaïque de trajectoires régionales. Certaines avancent à grande vitesse, tandis que d’autres semblent condamnées à la stagnation, voire au recul.

Les comptes régionaux 2023, publiés par le HCP, mettent en lumière cette réalité. Ils confirment que la croissance n’est pas répartie de manière uniforme, mais qu’elle s’accumule plutôt dans quelques pôles moteurs, tandis que d’autres territoires, fragilisés par leurs structures productives, demeurent en marge.

Le grand écart du PIB par habitant

Si l’on s’arrête d’abord sur le PIB par habitant, la carte du Maroc dessine un contraste frappant. Les régions du Sahara, avec Dakhla-Oued Ed-Dahab et Laâyoune-Saguia al Hamra, affichent des niveaux de richesse par habitant sans commune mesure avec le reste du pays, presque le double de la moyenne nationale fixée à 40.500 DH.

Cette richesse élevée traduit un effet de rattrapage dans les régions du Sud, porté par des investissements et des projets d’infrastructure. Mais il faut garder à l’esprit que la faible densité de population y exerce un effet arithmétique, gonflant mécaniquement les ratios de PIB par habitant.Un Maroc à deux vitesses : quand Casablanca, Rabat et Tanger concentrent 60% des richesses

À l’autre bout du spectre, les régions de l’intérieur comme Drâa-Tafilalet ou Fès-Meknès peinent à décoller. Là, la richesse se dilue dans une population nombreuse et des économies fragiles, fortement dépendantes de l’agriculture et vulnérables aux aléas climatiques.

Ce contraste illustre bien un phénomène mondial. Ce sont souvent les régions littorales, insérées dans les flux économiques et disposant d’infrastructures, qui captent la croissance, tandis que les zones enclavées s’enfoncent dans le retard.

Partout, la géographie économique rappelle que l’accès aux marchés, aux infrastructures et aux investissements se joue d’abord sur le littoral et dans les grands pôles urbains. Toutefois, cela ne saurait servir de justification aux écarts actuels, qui doivent être réduits rapidement.

Casablanca, Rabat et Tanger : près de 60% du PIB en 2023

Si l’on quitte le prisme du PIB par tête pour regarder la richesse en valeur absolue, l’image est tout aussi inégale. Trois régions seulement, Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima, concentrent à elles seules 58,5% du PIB national à fin 2023.

Casablanca-Settat, avec 32% du PIB, demeure de loin la locomotive du pays. À elle seule, elle pèse plus que toutes les régions du Sud, du Centre et de l’Oriental réunies. Rabat-Salé-Kénitra représente 15,7% de la richesse nationale et Tanger-Tétouan-Al Hoceima contribue à hauteur de 10,6%.

Un Maroc à deux vitesses : quand Casablanca, Rabat et Tanger concentrent 60% des richesses

Cette concentration n’est pas un hasard. Là encore, elle reflète l’attractivité des régions littorales, ouvertes sur les marchés internationaux et capables d’absorber les investissements étrangers. Mais elle pose une question importante : que reste-t-il aux autres ?

À l’exception des régions du Sahara et de Drâa-Tafilalet, dont le poids reste marginal dans l’économie nationale, les cinq autres régions, à savoir Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra et l’Oriental, n’ont contribué ensemble qu’à un peu plus d’un tiers de la richesse créée, avec une part de 33,8% du PIB.

Ainsi, le HCP relève une accentuation des disparités régionales en matière de création de richesse. L’écart absolu moyen, qui mesure la distance moyenne entre le PIB des différentes régions et le PIB régional moyen, est passé de 73,3 MMDH en 2022 à 83,1 MMDH en 2023.

Autrement dit, les écarts se creusent davantage. Les régions dynamiques s’éloignent encore de la moyenne nationale, tandis que celles en difficulté s’enfoncent dans le retard.

Une croissance disparate

En 2023, la croissance elle-même n’a pas été uniforme. Cinq régions ont enregistré une croissance supérieure à la moyenne nationale. La région de Dakhla s’impose avec une croissance spectaculaire de 10,1%, tirée par la pêche et le BTP, suivie de près par Fès-Meknès, qui atteint 8,9% grâce à une bonne campagne agricole et au dynamisme des services.

Marrakech-Safi vient ensuite avec une croissance de 6,3%, portée par la reprise du tourisme. Casablanca-Settat enregistre une progression de 5% et Tanger-Tétouan-Al Hoceima atteint 4,9%.

Un Maroc à deux vitesses : quand Casablanca, Rabat et Tanger concentrent 60% des richesses

Par ailleurs, cinq autres régions affichent des taux de croissance positifs, mais inférieurs à la moyenne nationale. Il s’agit de Souss-Massa, Laâyoune-Saguia al Hamra, Rabat-Salé-Kénitra, Guelmim-Oued Noun et Drâa-Tafilalet.

En revanche, deux régions ont enregistré des taux de croissance négatifs. Béni Mellal-Khénifra et l’Oriental, toutes deux plombées par les contre-performances agricoles.

Les limites d’un modèle

Derrière la froideur des chiffres, il y a une réalité humaine. À Casablanca, les habitants ressentent le poids de la surconcentration, avec la congestion, la pollution et le coût de la vie. À Midelt ou à Béni Mellal, ce sont plutôt le chômage et l’exode des jeunes qui marquent les esprits.

Le Maroc ne pourra pas éternellement fonctionner selon ce modèle de déséquilibre. Certes, il est normal que certaines régions se démarquent par leur dynamisme industriel ou touristique, mais un pays qui laisse la moitié de son territoire à la traîne s’expose à une fracture durable.

Ces déséquilibres ne sont pas neutres. Ils nourrissent un sentiment d’abandon, accentuent les disparités sociales et freinent la promesse d’une régionalisation avancée censée équilibrer le développement. Le Maroc apparaît ainsi comme un pays à deux vitesses. Celui des grandes métropoles dynamiques et connectées au monde, et celui des régions périphériques, encore prisonnières d’un modèle économique vulnérable.

Ceci, sans oublier les autres fractures qui parcourent toutes les régions : les disparités urbain-rural ; les zones de montagne ou de plaines ; les hommes-femmes ; les jeunes et les moins jeunes… La lutte contre les disparités est un chantier titanesque.

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