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ECONOMIE

Agriculture en péril et pénurie d'eau : les politiques publiques y ont largement contribué (IRES)

Les politiques publiques ont eu une influence négative majeure sur le capital hydrique au Maroc, et leur impact peut même dépasser celui des changements climatiques. Telles sont les réflexions d'un panel d’experts, synthétisées par le rapport de l'IRES : "L'avenir de l'agriculture au Maroc dans un contexte de rareté structurelle de l'eau". Analyse.

Agriculture en péril et pénurie d'eau : les politiques publiques y ont largement contribué (IRES)
Le Barrage Al-Massira quasiment à sec. ©Mouad Jamali Idrissi
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Le 28 mai 2024 à 15h04 | Modifié 28 mai 2024 à 15h32

La pénurie d'eau actuelle au Maroc est-elle principalement attribuable aux changements climatiques ? Quel impact les politiques publiques ont-elles eu dans cette conjoncture ? Ce sont les questions sur lesquelles un groupe d'experts de haut niveau s'est penché dans le rapport de l'IRES, publié le 27 mai 2024.

Le rapport propose une vue holistique de l'avenir de l'agriculture marocaine, en tenant compte du contexte de pénurie d'eau que traverse le pays qui, avec la récurrence des sécheresses ces dernières années, accompagnée de hausses inhabituelles des températures et de vents chauds, fait face à un défi majeur, celui de la gestion de ses ressources hydriques.

Ainsi, l’agriculture, secteur stratégique pour l’économie nationale depuis l’indépendance, est particulièrement touchée par cette crise. Le secteur agricole contribue jusqu’à 15% au PIB et accapare environ 28% de la main-d'œuvre totale, il joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire du pays, la stabilité des populations rurales et la lutte contre la pauvreté.

Étant donné que le secteur agricole consomme près de 85% des ressources en eau renouvelables du pays, sa vulnérabilité face à la rareté hydrique est devenue une préoccupation majeure. Par conséquent, la durabilité de l'agriculture et la préservation de la sécurité alimentaire sont désormais des enjeux prioritaires pour le Maroc.

Le taux de remplissage des barrages, indicateur clé de la disponibilité en eau, est alarmant ; il atteint 31,7% au moment de la rédaction de cet article. Cette situation exacerbe la volatilité, déjà élevée, de la productivité agricole.

Une année de sécheresse peut entraîner une baisse allant jusqu'à 70% de la productivité céréalière par rapport à une année normale. De nombreuses sources se sont taries et des nappes phréatiques sont menacées d’épuisement irréversible.

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La menace n’est pas seulement climatique. Les politiques publiques y ont, elles aussi, largement contribué

Lancée dans les années 1960, la politique des barrages, qui visait à atteindre un million d’hectares irrigués en 2000, s'est concentrée sur l’augmentation de l’offre en eau, négligeant la gestion de la demande. Si cette politique a permis des avancées significatives en matière d’approvisionnement en eau potable, de production énergétique et de protection contre les inondations, elle a surtout encouragé une irrigation massive et non contrôlée.

Le pompage intensif des nappes phréatiques, accentué par les sécheresses des années 1980 et encouragé par les subventions du Fonds de développement agricole (1985), a atteint un niveau critique avec le Plan Maroc vert (2008). Ce plan a généreusement subventionné l’irrigation privée en goutte-à-goutte dans le cadre du Programme national d’économie en eau d’irrigation (PNEEI), sans discernement, contribuant ainsi à une surexploitation des ressources en eau.

Aujourd'hui, l'irrigation privée s'étend sur une superficie équivalente, voire supérieure, à celle des périmètres de grande et de petite et moyenne hydraulique. Cette expansion, opérée en dehors de tout contrôle ou régulation, met les nappes phréatiques dans un état critique sans précédent. Les politiques de subvention, appliquées uniformément sans considération pour les écosystèmes ou la disponibilité en eau, ont accentué cette pression.

Le sous-secteur du "bour", malgré son étendue et sa diversité (subhumide, semi-aride, aride et subdésertique), n’a pas été équitablement servi par les politiques publiques en comparaison avec le secteur irrigué.

Les déficits persistants de cohérence, d’intégration et de convergence des politiques publiques fragilisent la résilience et la durabilité du secteur agricole. Ces lacunes auraient pu être corrigées si les systèmes d’information étaient fiables et transparents, et si les politiques publiques étaient soumises à des évaluations rigoureuses et indépendantes.

Pour garantir un avenir durable à l’agriculture marocaine, il est impératif de changer de paradigme en optant pour un développement agricole intégré, arrimé au développement territorial. Seule une approche holistique et concertée permettra de surmonter les défis de la raréfaction de l’eau et des effets du changement climatique, assurant ainsi la pérennité de ce secteur vital pour le Royaume.

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Voici la liste des intervenants (par ordre alphabétique) :

Sous la direction de Mohammed Tawfik Mouline, directeur général de l'IRES

Liste des experts
AMEZIANE Tayeb
AMRI Ahmed
ARABA Abdellah
BELHADFA Hassan
BERRIGA Mohamed
BOUAZIZ Ahmed
BOUSLIKHANE Mohammed
CHERGAOUI Abdelaziz
DEBBAGH Abdelhafid
EL MAGHRAOUI Abdelaziz
EL HIMDY Badr
HAMMANI Ali
KADIRI Zakaria
KHATTABI Abdellatif
LAMRANI Hassan
LARAICHI Abdelilah
LAYACHI Najib
MOUDDENE Mohammed
MZOURI El Houcine
OMARY Noureddine
OUATTAR Said
SAFINE Mouloud
SERGHINI Hassan
SOUAFI Mohammed
WAKRIM Mohamed
Feu YACOUBI Mohamed
ZAGDOUNI Larbi
ZAROUK Amine

Liste des membres de l’IRES
Aida BENSARI
Issam LOTFI
Narjiss SATOUR

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Le 28 mai 2024 à 15h04

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