Déchets au site touristique d’Ouirgane : mobilisation citoyenne et institutionnelle pour protéger le joyau du Haut-Atlas
À Ouirgane, entre nature et tourisme, associations, acteurs locaux et entrepreneurs touristiques s’unissent pour lutter contre les déchets. Conscients de leur impact sur l’environnement et l’attractivité touristique de la région, ils pilotent l’initiative Ouirgane Vert pour protéger ce joyau du Haut-Atlas, aux portes de Marrakech.
Située à 1.000 mètres d’altitude dans le Haut Atlas, la commune rurale d’Ouirgane est le chef-lieu du caïdat du même nom, relevant de la province d’Al Haouz, dans la région Marrakech-Safi. À une heure de route de Marrakech, elle se distingue par un paysage naturel préservé, marqué par des canyons aux teintes rouges traversés par une rivière salée, des vallons verdoyants et des vergers longeant les oueds Azzaden et N’fis. Le territoire regroupe plusieurs douars, dont Ouirgane, Marigha, Tikhfist, Anraz, Torourt et Agni.
La situation environnementale à Ouirgane reste fragile, en raison du manque d’infrastructures de collecte des déchets. Selon Badr-Eddine Aït Nasser, membre du collectif "Ouirgane Vert", cette insuffisance entraîne une accumulation de détritus, notamment autour du barrage et le long des sentiers touristiques.
L'initiative "Ouirgane vert"
À Ouirgane, un collectif éco-citoyen mobilise habitants et acteurs locaux pour préserver l’environnement. Né à l’initiative de Badr, originaire de la commune, le projet "Ouirgane vert" a réussi à rassembler associations, commerçants, établissements touristiques et autorités locales autour d’une même cause : la lutte contre les déchets et la valorisation du patrimoine naturel.
Chaque acteur y joue son rôle: la société civile assure l’organisation et la sensibilisation, les établissements touristiques contribuent avec des moyens matériels et logistiques, tandis que les autorités veillent à l’accompagnement et à la coordination. Plusieurs activités sont déployées et programmées: nettoyer villages et circuits touristiques, sensibiliser habitants et visiteurs, et promouvoir le tourisme durable. Des panneaux, poubelles et agents de nettoyage renforcent l’action, tandis que commerçants et guides engagés reçoivent le label éco-responsable.
À Ouirgane, la pollution résulte de l’absence de décharge et des conséquences du séisme
La pollution à Ouirgane s’explique par plusieurs facteurs. Pour Jamal Aghanda, membre du conseil communal, l’absence d’une décharge publique réglementée reste le principal problème. La commune ne dispose que d’un nombre limité d’ouvriers pour couvrir son vaste territoire et se heurte à un blocage foncier : plus de 85% des terrains appartiennent aux Eaux et forêts, qui refusent jusqu’à présent de mettre à disposition un espace, même temporaire, pour aménager une décharge.
De son côté, Kenza Fenjiro, active au sein de l’association Tamounte, souligne l’impact du séisme. L’afflux massif d’aides et de dons a généré une accumulation d’emballages et de plastiques, tandis que les familles logées sous tentes ou dans des préfabriqués faisaient face à une gestion des déchets particulièrement difficile. "La priorité était de protéger et reloger les sinistrés. Aujourd’hui, alors que beaucoup regagnent leurs domiciles, le moment est venu de réorganiser les choses", estime-t-elle.

Déchets à Ouirgane : une menace pour l’environnement et le tourisme local
À Ouirgane, la pollution par les déchets met en danger l’équilibre environnemental tout autant que le dynamisme économique.
Pour Toufiq Ajaydi, membre du conseil communal, les déchets affectent directement les sols et les ressources en eau. Une partie finit par atteindre le barrage Yaâcoub El Mansour, qui alimente en eau potable le barrage Lalla Takerkoust et, à travers lui, la ville de Marrakech.
"Lorsque des visiteurs croisent des déchets sur les routes ou aux abords du barrage, ils repartent avec une impression négative de la région, ce qui réduit son attractivité et fragilise l’économie locale, largement fondée sur le tourisme écologique et rural", avertit-il.
Même constat pour Fabrizio Ruspoli, hôtelier installé à Ouirgane depuis 2022, qui déplore la déception des voyageurs découvrant les paysages du Haut-Atlas. "Après l’émerveillement initial, beaucoup constatent l’omniprésence des sacs plastiques et des dépotoirs sauvages, ce qui ternit l’image de la région", souligne-t-il. Selon lui, l’initiative "Ouirgane Vert" représente une chance d’enrayer ce phénomène et devrait inspirer d’autres actions similaires au niveau national.
"Ouirgane vert" agit sur le terrain, mais la solution durable reste conditionnée à une décharge
Le dimanche 24 août, Ouirgane a organisé sa première opération de nettoyage du souk et des abords du barrage Yaacoub El Mansour, avec plus de 100 sacs de déchets collectés et 400 arbres distribués aux habitants, dont une cinquantaine plantés autour du souk. L’initiative a mobilisé divers acteurs : l’association Afaq et Reda pour le matériel et les équipements, lassociationn Tamounte pour des ateliers éducatifs pour enfants, et les femmes du village, qui ont offert un petit-déjeuner à tous les participants.
L’initiative "Ouirgane vert" a mené des opérations de nettoyage des points noirs, mobilisé des équipes sur le terrain et impliqué acteurs civils et économiques dans des campagnes de sensibilisation, soutenues par une communication active via médias locaux et réseaux sociaux, explique Jamal Aghanda, membre du conseil communal.
"Mais une solution durable dépend soit de la mise en œuvre effective de la convention pour une décharge intercommunale à Asni — approuvée depuis plusieurs années et dotée de crédits mais toujours en attente —, soit de l’attribution à la commune d’un terrain pour une décharge locale ou un centre de tri et de recyclage", précise-t-il.

Blocages fonciers : un obstacle majeur à la décharge et au traitement des eaux usées à Ouirgane
Abdelatif El Hddar, vice-président du conseil communal, considère que la priorité est de lever les blocages fonciers. "Sans terrains adaptés, il est impossible d’implanter une décharge réglementée ni de lancer le projet structurant de traitement et de recyclage des eaux usées, pourtant financé et étudié, mais suspendu faute de site", explique-t-il.
Il insiste sur l’importance vitale de ce projet, alors que les eaux usées de la commune se déversent actuellement dans le barrage Yaâcoub El Mansour. "Nous appelons les partenaires institutionnels, en particulier les Eaux et forêts et l’Agence du bassin hydraulique, à assumer leurs responsabilités et à coopérer pour mettre en œuvre des solutions durables", conclut-il.
"Ouirgane vert" : un appel collectif pour préserver le joyau naturel et culturel
Les acteurs contactés par Médias 24 s’accordent dans un message collectif pour rappeler qu’Ouirgane est un joyau naturel et culturel qui mérite respect et préservation. Ils invitent les visiteurs à contribuer à sa protection en évitant de jeter leurs déchets et en soutenant les initiatives locales.
Aux acteurs économiques et institutionnels, ils rappellent que la durabilité n’est pas un choix secondaire, mais une condition essentielle pour assurer l’avenir touristique et le développement de la région. Ensemble, ils ambitionnent de faire de "Ouirgane vert" un modèle de tourisme responsable et solidaire.
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