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Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)

Considéré comme une source de revenus et un vecteur de développement local, le tourisme de montagne fait aujourd’hui face à de nombreux défis. Figurant parmi les revendications du mouvement de contestation, la réouverture du Centre de formation aux métiers de la montagne, fermé depuis plus de 10 ans, n’est que la partie visible d’un mal-être qui s’installe.

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 31 juillet 2025 à 12h00 | Modifié 31 juillet 2025 à 11h39

Sur un promontoire dominant le village Tabant, chef-lieu de la vallée des Aït Bouguemez, se dresse le bâtiment du Centre de formation aux métiers de la montagne (CFAMM). Donnant directement sur la forêt, il permet un accès direct au mont Imlghaz. Ce centre, créé dans le début des années 1980, est le symbole de la vocation de tourisme de montagne développé dans la région depuis les années 1960.

Aux origines du tourisme de montagne dans la vallée

"C’est la section casablancaise du Club Alpin Français qui a commencé le développement du tourisme de montagne dans la vallée dans les années 1960", se rappelle Brahim du haut de ses 76 ans. Ancien guide de montagne et gérant pendant plusieurs années du premier gîte créé à Aït Bouguemez, il a suivi le développement du tourisme dans la vallée depuis ses tout débuts.

"J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans. Au départ j’étais muletier, puis cuisinier et enfin guide et gérant de gîte quand les autorités ont imposé aux hébergeurs d’établir des fiches de police. Les Français, puis les Suisses et les Allemands ont commencé à venir dans la région et nous ont appris à devenir accompagnateurs de montagne. Ils voulaient des gens qui connaissent la région pour faire de la randonnée, des balades dans la vallée ou l’ascension du M’Goun. On faisait des pique-niques dans la vallée et des bivouacs en montagne. On logeait chez l’habitant. C’est ce que les touristes voulaient. Ils voulaient savoir comment vivent les Marocains dans la montagne".

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
La vallée disposait d'un centre de formation aux métiers de montagne, aujourd'hui fermé.

En effet, après le succès que connaissait l’escalade du Toubkal, pratiquée depuis les années 1920, les professionnels des Alpes ont commencé à s’intéresser à d’autres sites du Maroc dans le haut Atlas. C’est d’ailleurs un Français établi au Maroc qui créa la première auberge de la vallée.

"Les visiteurs étaient de plus en plus nombreux dans les années 1980, et les agences de voyages européennes ont commencé à commercialiser le tourisme d’aventure au Maroc à partir de Marrakech, mais aussi à partir d’Aït Bouguemez. C’est la période où ont été créés la première auberge ainsi que le centre de formation", raconte Mohamed Zbair, président de l’association des établissements touristiques d’Aït Bouguemaz et Aït Bou Oulli.

Fermé depuis 2013 et aujourd’hui en travaux pour une éventuelle réouverture, la réactivation du CFAMM est une des revendications de la population.

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
L'un des gîtes de la vallée.

Ce centre était dédié à la formation des jeunes aux métiers de guides-accompagnateurs en tourisme de haute montagne, couvrant des disciplines telles que l'escalade, l’alpinisme, le canyoning, les randonnées pédestres ou à dos de mulets.

Il était doté d'infrastructures diversifiées : ateliers de tissage, menuiserie, apiculture, salle dédiée aux activités de montagne, centre de documentation, terrains de sport, ainsi que des foyers et chambres d’hôtes.

La formation dispensée incluait plusieurs volets dont des épreuves d’endurance physique, de secourisme en milieu montagnard, de topographie, de conception et d’encadrement de circuits pédestres ou muletiers, ainsi que de pratique de sports de montagne comme le ski, l’escalade ou le canyoning. Il est considéré par la population comme un catalyseur du développement de la vallée.

"Le centre était géré par le ministère de l’Intérieur, et les cartes de guide de montagne étaient délivrées par le ministère du Tourisme, ce qui créait quelques problèmes. Quand le ministère du Tourisme a créé une formation de guide en milieu naturel à l’institut de formation touristique de Ouarzazate [ISTAH Ouarzazate, NDLR], celui de Tabant a été fermé. Aujourd’hui, nous proposons de partager les effectifs du centre de Ouarzazate et de relancer des formations spécifiques à la montagne, mais on attend toujours", déplore Khalid Tikoukine, président de la commune de Tabant (PJD, également ex-député).

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
Des centaines de guides de montagne ont été formés au centre aujourd'hui fermé.

La suspension de cette formation qui ne spécialise plus dans les métiers de la montagne est ressentie comme une perte aussi bien pour Aït Bouguemez que par la profession.

Et à Mohamed Zbair, lui-même fils de guide de montagne et lauréat du centre de préciser : «le centre de formation avait pour vocation d’endiguer l’exode rural des jeunes de la vallée et de les professionnaliser dans le tourisme. Cette stratégie était payante puisque plusieurs centaines de jeunes de la région et de l’Atlas ont été formés par ce centre permettant de créer des vocations et le développement de nombreux projets touristiques dans la vallée mais aussi au-delà dans l’Atlas».

La vallée heureuse, ou la création d’un label

Nichée au cœur du Haut Atlas central, à plus de 1.800 mètres d’altitude, la vallée d’Aït Bouguemez s’est vite imposée depuis les années 1990 comme l’un des hauts lieux du tourisme de montagne au Maroc. Elle compte aujourd’hui, selon la délégation provinciale du tourisme d’Azilal, 35 établissements dont 2 auberges classées et 3 maisons d'hôtes, le reste étant des gites, soit près de 28% des établissements de la province. Au total, il s’agit d’une capacité d’environ 300 chambres et 750 lits, soit près de 23% des chambres et 22% des lits de la province.

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
Le géoparc M'Goun, le premier en Afrique et au Moyen-Orient.

Surnommée la "Vallée Heureuse", elle offre un cadre exceptionnel pour les amateurs de sommets, de nature et de grands espaces. Son relief spectaculaire, encadré par les massifs du M’Goun (4.071 m), du Jbel Azourki (3.670 m) et la crête d’Igoudamen (3.000 m), en fait un terrain de jeu idéal pour les passionnés de randonnée, de trekking, d’escalade, voire de ski de montagne.

Accessible par la route depuis Casablanca via Azilal ou encore Béni Mellal, ainsi que depuis Marrakech via Demnate, Aït Bouguemez est bien connectée à plusieurs grands circuits touristiques nationaux puisqu’elle est à proximité des cascades d’Ouzoud, du pont naturel d’Imi n’Ifri ou encore du lac de Bin El Ouidane. Elle est frontalière avec Zaouiat Ahensal et sa cathédrale d’Imsfrane. Cette situation permet de l’intégrer facilement dans des itinéraires plus larges à travers l’Atlas ouest-central.

La vallée est ainsi un point de départ privilégié pour l’ascension du M’Goun, troisième plus haut sommet du pays, très prisé des randonneurs nationaux et internationaux pour le niveau de difficulté élevé de son ascension. Par ailleurs, des circuits, adaptés à tous les niveaux, permettent également d’explorer les gorges comme le Jrou et Aârouss et le lac d’altitude éphémère d’Izourar.

La région est d’ailleurs la première à être classée Géoparc par l’UNESCO en Afrique et au Moyen-Orient : le géoparc M’Goun. En plus des sites naturels déjà cités, ce label couvre aussi un patrimoine géologique, minéralogique et paléontologique d’une richesse exceptionnelle, suscitant l’intérêt des communautés scientifiques nationales et internationales.

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
Un site de gravures rupestres.

Il comprend en outre des sites paléontologique et archéologiques de grande importance comme les empreintes de dinosaures d’Ibakalliwn, situé à quelques pas de Tabant, des gravures rupestres disséminés un peu partout dans la région, des ensembles architecturaux typiques, comme d’anciens greniers collectifs, dont celui de Sidi Moussa qui domine la vallée, ainsi que le site d’intérêt écologique et biologique classé RAMSAR, Haut Oued Lakhdar couvrant le territoire d’Aït Bouguemaz et Aït Bou Oulli.

Tourisme en mutation

"Nous sommes assis sur un trésor de Demnate jusqu’à Zouiat Ahensal qui est aujourd’hui mal exploité. Nous avons le potentiel de travailler tout au long de l’année avec des activités aussi bien pour les saisons hivernales qu’estivales, alors que pour toute la province l’activité est aujourd’hui essentiellement saisonnière", se désole ainsi Zbair qui soutient les revendications de la population d’Aït Bouguemez.

Et d’expliquer : "il y a eu un changement de profil des touristes qui visitent la région depuis les crises en Europe, mais surtout depuis la pandémie, ce qui nécessite une adaptation aussi bien de l’offre touristique que de la promotion. Personnellement j’investis annuellement près de 50.000 dirhams dans la promotion touristique de la région, que ce soit pour mon auberge ou pour vendre des circuits, mais ce n’est pas suffisant". Pour lui, la faiblesse de la connectivité de la vallée du fait de la dangerosité des routes ainsi que la très mauvaise connexion téléphonique et internet sont de sérieuses entraves au développement de l’investissement touristique.

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
Une partie des gravures rupestres qui ornent la vallée.

"Aujourd’hui, les touristes d’aventure qui connaissent bien la montagne et ses spécificités et qui ont fait la renommée de la vallée, ont de plus en plus cédé la place à des familles marocaines citadines ou des jeunes qui viennent pour le dépaysement ou la détente. Ils ne sont pas rassurés par des routes en mauvais état, étroites avec de nombreux virages. Ils ont aussi besoin de rester connectés via un réseau de bonne qualité qui renforce leur sentiment de sécurité et leur permet de rester en contact avec leurs familles ou leurs activités professionnelles. Nous avons commencé à proposer des séminaires d’entreprises, mais avec le réseau, c’est compliqué. J’ai installé pendant un temps une connexion satellite, mais c’est cher et pas toujours suffisant", déplore le représentant des gîteurs de la vallée, et par ailleurs propriétaire d’une agence de voyages et de transport basée à Marrakech.

Mais ce qui l’inquiète le plus c’est la réforme des classements des établissements d’accueil. "Les conditions de la nouvelle loi sont particulièrement inadaptées à la région. Elle demande, entre autres, de détenir un registre de commerce ainsi qu’un certificat de propriété pour se constituer en établissement d’accueil. Ce genre de conditions ne sont pas faciles à réunir dans la région aussi bien pour leur coût que pour le statut du foncier. Elles sont plus adaptées à de grands investisseurs qui ne viennent pas d’Aït Bouguemez. Je crains qu’à terme, une grande partie des établissements aujourd’hui ouverts dans la vallée ne soient obligés de fermer dans quelques années".

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez : l’activité touristique dans l’expectative (4/4)
D'autres millénaires gravures rupestres.

Une crainte infondée, selon Mustapha Ichou, délégué provincial du tourisme d'Azilal, joint au téléphone. Pour lui, les conditions citées sont celles de la création de nouveaux établissements. "Les conditions de fonctionnement ne concernent pas les établissements déjà établis. Pour ces catégories, il s’agit d’une mise en conformité avec un nouveau système de classement. Ce sont des normes de qualités qui sont exigées. Les autorisations qui sont déjà délivrées ne seront pas remises en cause. Certaines catégories, comme les auberges seront remplacées par des kasbahs ou des riads et les gites, eux, seront reclassés par étoiles".

Le tourisme est considéré comme un des vecteurs de développement de la vallée des Aït Bouguemez en plus de l’agriculture de marché. Alors que le ministère du Tourisme annonce un grand plan pour le tourisme de montagne, un des berceaux de cette activité est dans l’expectative.

Sur le chemin d'Aït Bouguemez, après la marche… (1/4)

Reportage. Médias24 à Aït Bouguemez, “la vallée heureuse” qui attend son tour (2/4)

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Ghassan Waïl El Karmouni
Le 31 juillet 2025 à 12h00

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