img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
POLITIQUE

Fact Checking. Abdellatif Ouahbi et le droit d'enregistrement sur les donations

Abdellatif Ouahbi défend une fois de plus sa position dans l’affaire du terrain cédé à son épouse. Au cœur de la controverse : la valeur déclarée lors de la donation, très inférieure à celle du marché. Si l’exonération d’impôt est permise entre époux, les droits d’enregistrement, eux, restent dus. Et la question demeure : un ministre de la Justice peut-il ignorer – ou minimiser – ce que la loi exige ?

Abdellatif Ouahbi, ministre d ela Justice, invité de l'émission de Redouane Erramdani, a fourni une nouvelle fois sa version concernant l'affaire du terrain cédé en donation à son épouse.
Par
Le 27 juillet 2025 à 11h34 | Modifié 28 juillet 2025 à 13h50

Abdellatif Ouahbi continue à défendre sa position et à diffuser sa version concernant l'affaire du terrain qu'il a cédé à son épouse à titre de donation. La question de fond reste la suivante : a-t-il respecté, en tant que donateur, ses obligations fiscales, au sens large du terme ?

Après son entretien avec Hespress, nous avions consacré un fact-checking à ses affirmations.

Le voici qui accorde un entretien à notre confrère Radouane Erramdani dans son émission "Sans langue de bois" (vidéo ci-dessous). Dans les deux vidéos, plusieurs thèmes ont été soulevés, mais le sujet essentiel fut l'affaire du terrain.

Ouahbi affirme avoir fait donation de son cabinet d'avocat à ses enfants. En 2020, il a mis en vente deux biens situés à Rabat : une villa au quartier des Orangers et un terrain. Il a acquis un terrain qu’il a payé au moins 11 millions de DH si l’on recoupe ses différentes déclarations, dont, selon la même source, environ dix millions de dirhams ont été financés par prêt bancaire sur 4 ans. Cette transaction a eu lieu en 2020.

Après la vente de ses deux biens, il a remboursé le crédit bancaire après avoir ajouté deux millions de dirhams de ses économies. En 2024, devenu entretemps ministre de la Justice, il a effectué l’opération de donation à son épouse, en déclarant la valeur estimative du bien à 1 million de DH.

Ouahbi insiste sur le fait que les impôts ont pour base les bénéfices, et qu’il n’a réalisé aucun bénéfice sur cette vente. En communication politique, on appelle ça une diversion. Le fond de l’affaire n’est pas là. Il est dans le paiement des droits d’enregistrement.

Le Code général des impôts exonère (art. 63.III) les opérations de donation effectuées entre ascendants et descendants, entre époux, frères et sœurs.

La question fondamentale concerne les droits d’enregistrement.

Nul n’est censé ignorer la loi. Encore plus lorsqu’on est avocat d’affaires et ministre de la Justice.

L’article 127 du Code général des impôts dispose que les donations sont obligatoirement assujetties à la formalité et aux droits d'enregistrement.

Pour ne pas jouer sur les mots, précisons la différence entre impôt et taxe ou droit à payer, dans le domaine de la fiscalité directe.

L’impôt est une contribution obligatoire sans contrepartie directe. Il est prélevé pour permettre à l’État de financer l’intérêt général (éducation, santé, justice…). C’est un acte de solidarité entre les citoyens, dans une logique de redistribution.

Philosophiquement, l’impôt exprime l’idée d’un contrat social : chacun contribue en fonction de ses capacités pour que tous puissent bénéficier des services publics.

La taxe d’enregistrement est liée à un acte spécifique (vente, succession, donation, etc.) et suppose une contrepartie identifiable : l’enregistrement officiel de l’acte. Ce n’est donc pas une pure solidarité, mais un échange : je paye pour bénéficier d’un service public.

Philosophiquement, la taxe relève davantage d’une relation contractuelle entre l’individu et l’État, comparable à une redevance pour service rendu.

Ouahbi a expliqué les raisons nobles et légitimes qui l’ont conduit à effectuer la donation à son épouse. Tels qu’il les a exposées, elles ne peuvent être sujettes à discussion ou remise en cause. Au contraire.

Le problème est ailleurs.

Lorsque l’acte de donation est signé, il doit être enregistré pour obtenir la mutation de la propriété. Cet enregistrement est soumis à un droit de 1,5 % sur la somme déclarée. Ce taux est le plus bas dans le code marocain des impôts, car il concerne une donation.

Lorsqu’un citoyen lambda déclare 1 million de DH comme valeur du bien, le droit d’enregistrement qu’il paie est de 15.000 DH. Lorsqu’il déclare 11 millions de DH comme valeur du bien, il paie 165.000 DH. La différence est de 150.000 DH. Certains la jugeront minime, d’autres pas. Quoi qu’il en soit, c’est un manque à gagner pour l’État.

Il est inutile d’aller plus loin dans la démonstration. Le Code général des impôts est clair et comporte de nombreuses dispositions explicatives.

Il est vrai que l’existence d’un droit d’enregistrement pour une donation peut sembler non légitime. Il est vrai que cette disposition peut être discutée. Mais, la discussion est une chose et le respect scrupuleux de la loi en est une autre.

On peut contester une loi, agir pour la changer, mais tant qu’elle est en vigueur, il faut l’appliquer. Dans certains cas, donner l’exemple.

Les réponses de Ouahbi et de FZ Mansouri aux différents commentaires concernant les documents sont certainement provoquées par la pression des réseaux sociaux.

Souvent, dans la vie politique, l’opinion publique n’existe que lorsque les réseaux sociaux s’enflamment.

Le Maroc a besoin de débats, de sincérité dans les propos, d’exemplarité et de responsables gouvernementaux qui accordent l’importance qu’elle mérite à l’opinion publique.

Au lieu d’une communication de crise comme ici, le pays a besoin de communication au long cours.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 27 juillet 2025 à 11h34

à lire aussi

Bank Al-Maghrib. Pourquoi le statu quo reste l’option la plus probable
ECONOMIE

Article : Bank Al-Maghrib. Pourquoi le statu quo reste l’option la plus probable

Inflation, croissance, finances publiques, échanges extérieurs, crédit bancaire... Au regard des derniers indicateurs disponibles, le maintien du taux directeur à 2,25% apparaît comme l’option la plus probable lors de la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib, prévue le mardi 23 juin.

Phosphates : le Japon vient sécuriser ses approvisionnements à Jorf Lasfar
BUSINESS

Article : Phosphates : le Japon vient sécuriser ses approvisionnements à Jorf Lasfar

Le ministre japonais de l'Agriculture, Norikazu Suzuki, s'est rendu ce 20 juin à Jorf Lasfar à la tête d'une délégation officielle. Au-delà du symbole d'un partenariat vieux de 1961, cette visite traduit une réalité plus large : dans un marché mondial des engrais sous tension, le Japon fait partie des nations qui viennent verrouiller leurs sources d'approvisionnement auprès du Maroc.

Royal Air Maroc : la détente sur le kérosène ouvre une fenêtre de redressement (experts)
BUSINESS

Article : Royal Air Maroc : la détente sur le kérosène ouvre une fenêtre de redressement (experts)

Après l’annonce récente d’un accord de paix entre l’Iran et les États-Unis, la détente observée sur les marchés pétroliers constitue une excellente nouvelle pour la compagnie nationale, avancent deux sources fiables. Cette accalmie lui permettra ainsi de tourner la page d’une crise conjoncturelle qui a lourdement pesé sur ses coûts d’exploitation depuis février dernier. Explications.

Les prévisions météorologiques pour le dimanche 21 juin 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Les prévisions météorologiques pour le dimanche 21 juin 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 21 juin, établies par la Direction générale de la météorologie : - Temps chaud sur l’Oriental, le Saiss, […]

Coupe du monde 2026. Ismaïl Saibari, une influence tout terrain
Mondial2026

Article : Coupe du monde 2026. Ismaïl Saibari, une influence tout terrain

Libre comme l’air, l’attaquant a fait preuve d’une générosité incroyable et s’est montré prépondérant dans le succès des Lions de l’Atlas contre l’Écosse, vendredi 19 juin, lors de la 2e journée du groupe C du Mondial 2026. Saibari donne ainsi encore plus de crédit au choix de Mohamed Ouahbi de l’installer en faux numéro neuf.

DOCUMENT. Drones, intégration opérationnelle, sites : le saut stratégique de l'alliance militaire Maroc-USA
Defense

Article : DOCUMENT. Drones, intégration opérationnelle, sites : le saut stratégique de l'alliance militaire Maroc-USA

Un document américain donne de nouveaux détails sur la feuille de route militaire maroco-américaine 2026-2036. Le Maroc devient la clé stratégique du détroit de Gibraltar et du Sahel.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité