Saïd Naciri : “Je veux confronter les témoins”
Après avoir été entendu par la cour d’appel de Casablanca lors de la précédente audience, Saïd Naciri est de nouveau appelé à la barre pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Voici ce qui a été dit durant l’audience du vendredi 25 avril, comme si vous y étiez.
Confronté aux déclarations de plusieurs personnes, dont Hadj Ahmed Ben Brahim (le Malien) et Latifa Raafat, Saïd Naciri se défend à la barre. Entendu par la cour, ce vendredi 25 avril, l’ancien président du Wydad et du conseil préfectoral de Casablanca réfute les accusations, soulève les contradictions de ceux qui l’accablent et demande à être confronté à ces derniers.
Voici ce qui a été dit durant l’audience, comme si vous y étiez.
Sarcastique, Saïd Naciri analyse et réfute
10 h 14. Saïd Naciri est appelé à la barre pour poursuivre son audition par la cour d’appel. En polo bleu, l’ancien président du Wydad quitte le box des accusés et fait son entrée dans la salle, non sans jeter un coup d’œil rapide à l’assistance, où se trouve un ancien joueur du Wydad, Ismail Haddad.
Saïd Naciri se place à la barre, face aux magistrats, les mains derrière le dos. Il est invité à réagir à des déclarations à son encontre. Le président Torchi commence par celles de Hadj Ahmed Ben Brahim, alias "le Malien".
Selon lui, il a remis plus d’un million de DH à Saïd Naciri, sur instruction de Abdenbi Bioui. La remise de cette somme s’est faite dans un restaurant, dans lequel Saïd Naciri et le Malien ont dîné ensemble, selon ce dernier.
Mais Saïd Naciri réfute les propos de Hadj Ben Brahim, arguant que le restaurant dont il parle n’a ouvert qu’en 2015, alors que lui prétend que ces faits ont eu lieu en 2014. De plus, le Malien était en prison en Mauritanie en 2015.
Hadj Ben Brahim affirme qu'au cours de sa période d’emprisonnement en 2015, Saïd Naciri et Abdenbi Bioui lui avaient assuré que le transport de drogue via ses voitures importées de Chine s'effectuerait sans problème et ne serait pas bloqué par les autorités. "Ils étaient confiants. Ils me rassuraient", a-t-il indiqué à la police judiciaire en août 2023.
"Il ne maîtrise pas les dates. Il dit que l’on a parlé sur WhatsApp à ce sujet. Or, WhatsApp n’existait pas en Mauritanie en 2015", déclare Saïd Naciri.
Et d’ajouter : "Au sujet des 40 tonnes [de drogue saisies dans les véhicules importés de Chine, ndlr], il affirme que l’on était confiants, car il y avait une patrouille qui allait laisser passer ces véhicules, mais qu’elle a été changée. Dans ce cas, les membres de cette patrouille devraient être parmi nous".
Le président Torchi poursuit la lecture du PV de la police judiciaire contenant les propos de Hadj Ben Brahim. Il y est indiqué qu’après avoir quitté la Mauritanie pour le Sénégal en 2019, le Malien affirme avoir envoyé de 8 millions de DH à Saïd Naciri via un Libyen qui les a remis à un proche de Naciri. Ce montant était censé couvrir les frais des travaux de la villa sise à Californie.
"Il a remis 8 millions de DH à un de mes proches, mais il ne sait pas de qui il s’agit ?", interroge Saïd Naciri d’un ton sarcastique.
10 h 45. Le président Torchi lui demande par la suite de réagir aux propos du Malien, selon lesquels la villa du quartier Californie lui appartenait et était occupée par ses proches jusqu’en 2019.
"Lui parle de 2019, et un de ses témoins parle de 2016. Ils se contredisent. Moi, je dis que c’est faux, et ce qui me permet de le confirmer, ce sont leurs contradictions", affirme Saïd Naciri.
Le juge lui demande alors de déterminer les dates auxquelles s’est tenu le Festival de Zagora en 2013. Sans hésitation, il indique que c’était du 27 novembre au 1er décembre. L’importance de ce festival est que, selon les versions, c’est le lieu de rencontre entre le Malien et Latifa Raafat.
"Latifa Raafat dit que je me suis rendu à leur villa à Californie en décembre 2013, et qu’ils m’y ont accueilli alors qu’ils étaient mariés. Or, voici son acte de mariage. Bien qu’il s’agisse d’un document personnel, je le présente pour prouver que leurs propos sont faux. Le document indique qu’ils se sont mariés le 16 janvier 2014", affirme Saïd Naciri en présentant ledit document à la cour.
Entouré de ses avocats, il tient en main plusieurs documents qu’il présentera tour à tour à la cour.
"Après son divorce en mai 2014, elle indique avoir eu vent de soirées de débauche organisées dans la villa par Saïd Naciri. Dans ces soirées, il y avait des femmes et de la cocaïne. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?", demande le président Torchi.
"Mais son ex-mari dit que c’est elle qui occupait la villa à ce moment-là. Est-ce que cela veut dire que c’est elle qui était à ces soirées ? Qui lui en a parlé ? Était-elle sur place ?", interroge-t-il à son tour d’un ton sarcastique.
Le président Torchi durcit alors le ton. "On ne s’intéresse pas à qui lui en a parlé en ce moment, on vous demande ce que vous avez à répondre à ses propos".
"Ils sont faux", répond simplement Saïd Naciri. Et d’ajouter : "Ma liberté m’a été retirée à cause des témoins qu’il faut convoquer pour me confronter". Une demande qu’il réitérera à plusieurs reprises durant l’audience.
"Respectez-vous !"
11 h 32. Alors que le président Torchi poursuit la lecture des PV contenant des déclarations à l'encontre de Saïd Naciri, ce dernier a le nez plongé dans les documents qu’il tient entre les mains. Le président Torchi le rappelle à l’ordre : "Respectez-vous !", lui lance-t-il avant de poursuivre la lecture du PV d’un certain Oussama N.
"Le ‘Oussama’ qui a signé le PV n’est pas celui qui est auditionné. Regardez la signature…". Saïd Naciri est interrompu par le président qui le rappelle à l’ordre encore une fois.
"Ne me dites pas ‘regardez’ comme si vous vous adressiez à un élève en classe. La cour prend le temps de consulter et de vérifier tous les documents avant de les présenter. Nous ne sommes pas votre ennemi, mais un arbitre", rappelle le président à Saïd Naciri, qui présente ses excuses.
La cour enchaîne avec un autre sujet, également extrait des déclarations de Hadj Ben Brahim. Ce dernier affirme avoir vendu cinq appartements à Saïd Naciri, dont un plain-pied de 180 mètres carrés au prix de 1,5 million de DH. Un montant qu’il n’a jamais reçu.
"Il m’a escroqué en prenant mes appartements et ma voiture. J’avais confiance en lui, car nous faisions partie du même réseau de trafic de drogue, dont il était le chef de la logistique", indique le Malien à la police judiciaire.
"Difficile de confronter quelque chose qui n’existe pas. On parle d’appartements vendus via un notaire, pourtant il parle d’une villa, avec comme seule information, sa superficie et le quartier dans lequel elle se trouve, pas de titre foncier ni rien. Moi, j’affirme que j’ai acheté deux appartements, non pas cinq. Il n’y a aucun document qui prouve que j’ai acquis autant de biens auprès de lui. Si l’on me donne une seule preuve à ce sujet, la cour peut alors me condamner à mort !", déclare Saïd Naciri.
Selon lui, un deal a été conclu avec Hadj Ben Brahim pour échanger une voiture (Mercedes) contre les deux appartements. Cette voiture, Latifa Raafat prétend l’avoir conduite en 2013. Or, selon Saïd Naciri, ce n’est pas possible car "il s’agit d’un modèle de 2014". Encore une contradiction que Saïd Naciri soulève.
Il précise même que "l’opération a eu lieu après le divorce" du couple Raafat-Ben Brahim "le 29 avril 2014". Précis sur les dates, Saïd Naciri s’indigne qu’un titulaire d’un master en droit (Ben Brahim) n’ait pas été capable de prouver par des documents ce qu’il avance. "Même pour une bicyclette, on présente un reçu", souligne-t-il.
Le président Torchi se penche ensuite sur l’imbroglio des ventes d’appartements impliquant Fouad Y., un autre accusé qui a déjà été auditionné par la cour.
"Ben Brahim dit lui-même avoir vendu deux appartements à Fouad Y. Et il affirme m’en avoir vendu cinq. Mais il n’a jamais eu sept appartements en sa possession. Comment a-t-il pu les vendre ?", interroge Saïd Naciri.
Et d’ajouter : "Moi, j’en ai vendu deux à Fouad Y. […]. Ma seule relation avec lui est qu’il me demandait de lui fournir des tickets de matchs du Wydad. Or, lui connaît Ben Brahim depuis 2013".
"Voici un virement bancaire datant du 29 août 2014 effectué par Fouad Y. Preuve que c’est lui qui a acheté l’appartement", indique Saïd Naciri en brandissant le document du virement qu’il affirme avoir reçu.
Saïd Naciri présente également à la cour une copie du chèque qu’il avait adressé à la notaire pour couvrir les frais d’enregistrement et de conservation foncière, correspondant à deux appartements seulement. Et rappelle que ladite notaire a elle-même affirmé que Saïd Naciri n’avait acheté que deux appartements.
12 h 27. Fouad Y. est appelé à la barre. Lui aussi apporte plusieurs documents. Il se place aux côtés de Saïd Naciri qui reste silencieux jusqu’à ce que la cour lui donne l’autorisation de réagir.
"Saïd Naciri m’a chargé de lui vendre deux appartements qui étaient en réalité à Ben Brahim. Je ne l’ai découvert qu’une fois devant le notaire […]. Ben Brahim m’a demandé d’envoyer la somme de 650.000 DH, correspondant au prix d’un appartement, à Saïd Naciri. Voici le virement dont le motif contient le numéro de l’appartement", affirme Fouad Y.
De son côté, Saïd Naciri interroge : "Pourquoi me donner l’argent d’un appartement après avoir découvert, comme il le prétend, que je n’en étais pas le véritable propriétaire ?".
"J’ai juste voulu rendre service", indique Fouad Y.
— "Un commentaire ?", demande le président Torchi à Saïd Naciri en l’invitant à réagir.
— "Oui. Il dit que la vente porte sur l’appartement n° 23, or c’est le numéro 28. De plus, le document qu’il présente à la cour n’est pas un document de banque officiel. C’est lui qui m’a acheté l’appartement et a trouvé d’autres acheteurs à qui le revendre. J’ai reçu le paiement du deuxième appartement en janvier 2015, et voici le chèque de la notaire pour le prouver. Vous remarquerez que je dis toujours la vérité", affirme Saïd Naciri.
12 h 55. Le président Torchi lève l’audience et la reporte au 9 mai pour poursuivre l’audition de Saïd Naciri et, éventuellement, la confrontation avec Fouad Y.
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