Coup de froid Afrique du Sud-polisario : faut-il s’attendre à une volte-face de Pretoria sur le Sahara marocain?
Une nouvelle séquence politique s’ouvre à Pretoria, où le président Cyril Ramaphosa a été investi pour un second mandat grâce à sa coalition avec l’opposition. Etant donné le coup de froid récemment constaté entre l’Afrique du Sud et le polisario, faut-il s’attendre à un changement de la position sud-africaine sur le Sahara marocain ? Voici l’analyse de notre consultant et analyste diplomatique, Ahmed Faouzi.
Benjamin Franklin, père fondateur des États-Unis, n’avait pas tort lorsqu’il disait : "Le changement est la seule constante dans la vie". C’est le cas en politique : il faut s’attendre à tout. Ainsi, pour la première fois depuis 1994, le Congrès national africain (ANC) de Cyril Ramaphosa a perdu la majorité absolue au Parlement sud-africain et ce, à la suite des élections générales du 29 mai dernier.
A Pretoria, Cyril Ramaphosa a prêté serment pour un second mandat en tant que président de l’Afrique du Sud. Sauf que cette seconde investiture lui a coûté une alliance avec l’opposition, après que sa formation a recueilli à peine plus de 40% des suffrages.
Pour une Afrique du Sud connue pour sa position hostile à l’intégrité territoriale du Royaume et son soutien au polisario, peut-on s’attendre à un volte-face de Pretoria sur le Sahara marocain ? Pour le diplomate Ahmed Faouzi, il est encore trop tôt pour parler d’un changement de position. En cas de départ effectif de l’actuelle cheffe de la diplomatie sud-africaine, suite au remaniement ministériel en cours, il est cependant possible que Rabat et Pretoria ravivent la flamme et se retrouvent de nouveau, estime Ahmed Faouzi.
Beaucoup de signes en faveur d’un rapprochement
Le premier signe laissant présager un éventuel changement de position de Pretoria en faveur du Maroc est l’ostensible coup de froid entre l’Afrique du Sud et le polisario. Cyril Ramaphosa, qui a déroulé le tapis rouge au chef du polisario à maintes occasions, y compris lors de sa première investiture en 2019 (vidéo n°1), n’a pas reçu cette fois-ci le président de l’entité fantoche. Dans une vidéo de la cérémonie d’investiture de Ramaphosa pour un second mandat (vidéo n°2), nous remarquons que Brahim Ghali n’y figure pas alors même que des chefs d’Etat et des responsables africains sont présents. Aucune mention de l’affaire du Sahara n’a été faite par ailleurs dans le discours de Ramaphosa.
"Je pense qu’il est trop tôt pour parler d’un changement de position de Pretoria à l’égard de notre intégrité territoriale. Les indicateurs que nous avons pour le moment sont la perte de la majorité de l’ANC au Parlement après une période dictatoriale durant laquelle ce parti a dominé la vie politique sud-africaine, et la coalition avec l’Alliance démocratique. Beaucoup de pays n’étaient pas présents, et pas seulement l’Algérie et son affidé le polisario", nuance notre consultant Ahmed Faouzi.
"Le changement que nous pouvons constater pour le moment n’est autre que le ton et les formules utilisées dans le discours de Ramaphosa, c’est-à-dire les discours victorieux et le ton martial. Il a reconnu les erreurs du passé et l’état déplorable du pays en termes d’insécurité, de chômage et de corruption. C’est un véritable aveu d’échec et un mea culpa non seulement devant ses citoyens, mais aussi devant l’opinion africaine et internationale. Ramaphosa a promis à ses citoyens l’inauguration d’une nouvelle ère dans la vie de la nation, loin des querelles qui ont caractérisé la vie politique nationale depuis l’avènement de l’ANC", précise-t-il.
Une politique sud-africaine étrangère différente peut jouer en faveur du Maroc
Ramaphosa est désormais confronté au défi de nommer un cabinet composé par son parti affaibli et ses partenaires de coalition. Tous les regards sont donc braqués sur ce dernier pour savoir qui obtiendra quels postes ministériels. Les analystes s’attendent à un éventuel départ de l’actuelle cheffe de la diplomatie sud-africaine, Naledi Pandor. Pour Ahmed Faouzi, une politique sud-africaine étrangère différente peut jouer en faveur du Maroc.
"Naledi Pandor restera-t-elle à la tête de la diplomatie de son pays ? Si elle y reste, elle continuera certainement la politique qu’elle-même, ainsi que ses prédécesseurs, menaient à l’égard du Royaume. En cas de remaniement, on peut toutefois espérer que les deux pays [Maroc et Afrique du Sud, ndlr] puissent à nouveau se retrouver et développer leur relations commerciales et la stabilité en Afrique", note notre interlocuteur."Concernant la question nationale, Pretoria aura tout intérêt à épouser la position du Conseil de sécurité, qui préconise la recherche d’une solution politique et d’un compromis pour régler ce conflit régional au lieu de s’allier à la thèse algérienne. Paradoxalement, l’Afrique du Sud a toujours joué l’intermédiaire entre les belligérants dans les conflits en Afrique, comme en Côte d’Ivoire, en RDC et même en Libye entre Kadhafi et l’Occident, sauf sur le Sahara marocain où elle a épousé la position d’Alger", conclut-il.
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