4 milliards de DH pour l’ONEE, mais quid du contrat-programme ?
En l’absence d’un nouveau contrat-programme, le gouvernement continue d’injecter à dose homéopathique de la liquidité dans les comptes déficitaires de l’ONEE, gravement affectés par la flambée internationale des cours des matières premières depuis fin 2021.
Le ministre délégué au Budget, Fouzi Lekjaâ, a annoncé lors d’une conférence-débat organisée par la coordination des groupes parlementaires de la majorité à Rabat, mardi 28 mai, que le gouvernement s’apprête à signer un décret permettant de financer à hauteur de 4 milliards de dirhams l’ONEE afin de maintenir à leur niveau actuel les prix de l’eau et de l’électricité.
Une opération similaire à d’autres effectuées en 2022 et 2023, qui ont permis en tout de soutenir le déficit croissant de l’Office à hauteur de 9 milliards de dirhams.
13 milliards en trois ans
Avec la dernière annonce, ce sont donc plus de 13 milliards de dirhams que le gouvernement aura injectés dans une conjoncture où, d’une part, l’Office fait face seul à la flambée des prix des matières, notamment de l’énergie dont dépend la production électrique nationale, et d’autre part, les prix de vente de l’électricité figés depuis le dernier contrat-programme Etat-ONEE depuis dix ans sont maintenus.
L’Office fait aussi face à un surcroît d’investissement dans l’adduction en eau potable avec la succession d’années de sècheresse.
Selon les données compilées par le dernier avis du Conseil de la concurrence, l’ONEE-Branche électricité (95% des résultats de ONEE) a cumulé plus de 31 milliards de dirhams de résultats nets négatifs durant les deux dernières années.
Son déficit de trésorerie s’est, lui, situé à 21,6 milliards de dirhams entre 2022 et 2023.
Avec le retard du nouveau contrat programme, l'ONEE continue à prendre en charge l'inflation des cours mondiaux des produits énergétiques malgré les subventions d'appoint fournies par l'Etat et le recours à l'endettement.
Par conséquent, sa dette de financement a crû de près de 10 milliards de dirhams durant la même période. Devant ce naufrage financier, l’Etat a, selon le Conseil de la concurrence, uniquement injecté 4 milliards de dirhams en mai 2023.
En octobre 2023, Medias24 avait révélé que l’Office avait levé une dette de près de 7 milliards de dirhams, dont moins de la moitié est garantie par l’Etat, auprès d’un consortium bancaire afin de faire face à des retombées de sa dette financière colossale, atteignant en 2023 plus de 66 milliards de dirhams.
Business as usual
Pour rappel, près de 68% de l’électricité nationale provient des centrales à charbon, directement dépendantes des fluctuations du marché mondial de cette matière première. Les cours ont connu en 2022 une flambée sans précédent (+30% par mois durant une année) et ne se sont toujours pas stabilisés malgré leur reflux significatif.
En comparaison, les prix du charbon étaient en moyenne de près de 85$/t en 2021 contre près de 190$/t en 2022. Selon certaines sources consultées par Médias24, les prix moyens du charbon en 2024 devraient se positionner sur la même trajectoire qu’en 2023, où ils avaient dépassé ceux de 2021 de plus de 20 à 30 $/t. Les contrats de fournitures de l’électricité signés entre l’ONEE et les producteurs d’électricité privés font porter la charge de cette matière sur le prix final d’achat de l’ONEE.
Durant son exposé, Fouzi Lekjaâ a ainsi annoncé qu’il n’y aura pas de changement dans les prix de l’eau et de l’électricité en 2024, suggérant que les 4 milliards de dirhams ne seront pas accompagnés d’un nouveau contrat-programme permettant de revaloriser les prix de revente de l’ONEE à même de redresser significativement sa situation financière. Une configuration qui continue de positionner de fait l’ONEE comme une caisse de compensation cachée, prenant en charge le différentiel des prix entre achat auprès des IPP dépendant des cours des matières et vente régulée par décret du chef du gouvernement.
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