FMI. Cibler l’aide pour lutter contre l’inflation ?
Le dernier opus sur les politiques budgétaires du FMI appelle à plus de ciblage des aides publiques pour lutter contre l’inflation et renforcer les marges budgétaires des Etats. Des recommandations qui semblent en ligne avec les politiques menées au Maroc. Toutefois, les distorsions de marché au niveau national restent un handicap majeur pour atteindre ces résultats.
Cibler la pauvreté pour réduire l’inflation, c’est en somme ce que propose le FMI dans son dernier rapport du moniteur des politiques budgétaires publié début avril. Une suggestion de politique publique destinée aux gouvernements, alors qu’au niveau international, les risques de détérioration de la situation économique des couches les plus vulnérables est pointée du doigt par le Fonds des suites de ce qui est désormais appelé "inflation surprise" ou inflation inattendue au niveau de la littérature économique internationale.
Pour ce faire, le FMI encourage les politiques budgétaires à ne pas contrarier les politiques monétaires restrictives, en limitant les budgets des subventions, les baisses des impôts ou tout ce qui pourrait soutenir la demande.
Précarité en hausse
Au Maroc, la dernière note de la Banque Mondiale "Poverty and Equity Brief", publiée début avril, montre que le risque d’augmentation de la pauvreté et de la précarité est patent dans notre pays. Se basant sur les enquêtes de revenus du HCP menées pendant et après la pandémie, la note de l’institution Breton Wood, relève qu’"alors que les projections neutres du point de vue de la distribution indiquent une stagnation du taux de pauvreté national pour l'année, il est plus probable que le bas de la distribution soit affecté de manière proportionnelle, avec pour conséquence une augmentation de la pauvreté, en particulier dans les zones rurales qui sont plus vulnérables aux chocs climatiques, et de l'inégalité".
Le HCP avait déjà prévenu en 2022 que le Maroc a perdu plus d’une décennie de politique de lutte contre la pauvreté par suite des effets de la pandémie conjugués à ceux de l’inflation.
Alors que des divergences de politique économique sont constatées entre les divers acteurs et institutions au Maroc pour sortir de l’inflation actuelle, la suggestion du FMI de renforcer les politiques de ciblage, vient conforter la politique annoncée depuis des années dans le pays.
Restaurer les marges budgétaires
Ainsi, les économistes du Fonds préconisent dans ce contexte inflationniste une restriction budgétaire, tout en orientant les efforts vers un plus grand ciblage des soutiens. "Confrontés à un endettement élevé et à une hausse du coût des emprunts, les décideurs devraient privilégier un soutien ciblé en faveur des personnes les plus vulnérables à l’aide de dispositifs de protection sociale." Et aux auteurs d’ajouter plus loin : "Face à des chocs durables sur l’offre et à une inflation généralisée, les autorités ne devraient pas tenter de limiter les hausses de prix par un contrôle des prix, des subventions ou des réductions d’impôts, car ces mesures seraient coûteuses pour le Budget et en définitive, inefficaces."
Pour les économistes du Fonds, en cette période, les gouvernements devraient se concentrer sur la restauration des marges budgétaires, afin de faire face de manière souple et rapide aux chocs externes qui s’annoncent. Pour cela, ils devraient plutôt encourager des politiques de couverture sociale, notamment en adoptant des mécanismes pour permettre aux populations vulnérables de rebondir après la perte d’emploi, la maladie ou la pauvreté.
Le Maroc, qui a entamé le chantier de la couverture médicale généralisée et s’attaque aux chantier des aides ciblées, s’inscrit ainsi dans la démarche prévue par le FMI depuis au moins dix ans.
Toutefois, dans le cadre d’une économie où les distorsions de marché sont importantes, ainsi que le nombre élevé des populations vulnérables (plus de 3 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté et la vulnérabilité en 2022 selon le HCP), il pourrait s’avérer difficile d’atteindre les objectifs escomptés par le Fonds.
Ainsi, avec la hausse des populations en situation de pauvreté ou de vulnérabilité, le volume des populations à cibler pourraient grandement évoluer. Ce qui implique une remise en question des objectifs de resserrement budgétaire annoncés (4,5% de déficit public prévu en 2023 et 3,5% ciblé en 2025). Cela même alors que la politique de ciblage adoptée jusqu’à présent, notamment le soutien aux transporteurs en 2022, est menée sans que ça permette de lutter efficacement contre la précarité, d’une part ; et, d’autre part, elle n’est pas accompagnée de réformes de structures à même de lever les distorsions de marché et de réguler le pouvoir des marchés dans les biens sensibles comme les hydrocarbures ou la distribution de grande consommation. Une condition de base fixée par le FMI pour éviter les éléments amplificateurs des politiques de libéralisation et de décompensation.
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