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Situation épidémiologique, état d’urgence, nouvelles vagues : le point avec Maryam Bigdeli (OMS)

Alors que la situation épidémiologique continue de s’améliorer au niveau international, l’état d’urgence sanitaire est maintenu dans tous les pays du monde. Quelles sont les conditions de sa levée ? Un pays a-t-il le droit de lever l’état d’urgence par lui-même ? L’Organisation mondiale de la santé au Maroc nous répond.

Situation épidémiologique, état d’urgence, nouvelles vagues : le point avec Maryam Bigdeli (OMS)

Le 13 septembre 2022 à 15h16

Modifié 13 septembre 2022 à 18h39

Alors que la situation épidémiologique continue de s’améliorer au niveau international, l’état d’urgence sanitaire est maintenu dans tous les pays du monde. Quelles sont les conditions de sa levée ? Un pays a-t-il le droit de lever l’état d’urgence par lui-même ? L’Organisation mondiale de la santé au Maroc nous répond.

  • Diminution du nombre de cas et de décès au niveau mondial.
  • Il faudra néanmoins rester vigilant et s’assurer que les personnes les plus vulnérables seront protégées.
  • L’état d’urgence est maintenu au niveau mondial.
  • “Nous sommes tous fatigués de ce virus et de la pandémie, mais ce virus n’est pas encore fatigué de nous”, selon le Dr Tedros, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé.

Dans une interview accordée à Médias24, Maryam Bigdeli, représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Maroc, revient sur la situation épidémiologique actuelle, à la fois au niveau international et national, sur les prévisions pour les prochains mois et sur les conditions de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, ainsi que sa levée.

Médias24 : Comment se présente la situation épidémiologique dans le monde ?

Maryam Bigdeli : A ce jour, nous comptons plus de 600 millions de cas confirmés et plus de 6 millions de décès dus à la Covid-19. Ces dernières semaines, nous avons connu une diminution du nombre de cas et de décès au niveau mondial.

Selon les données de séquençage des variants, Omicron est désormais le variant dominant globalement. Il représente 99% des séquences rapportées ce dernier mois.

L’OMS, en collaboration avec les autorités nationales, les institutions et les chercheurs, évalue régulièrement si les variants du Sras-CoV-2 modifient les caractéristiques de transmission ou de la maladie, ou s’ils ont un impact sur l’efficacité des vaccins, des traitements, des diagnostics ou des mesures de santé publique et sociale appliquées pour contrôler la propagation de la maladie. Les variants potentiels préoccupants, les variants d’intérêt ou les variants sous surveillance sont régulièrement évalués en fonction du risque qui se pose pour la santé publique mondiale.

Il est à noter que 32% de la population mondiale n’a pas reçu de vaccin contre la Covid-19. Seulement 17% de la population des pays à revenus les plus faibles ont complété la primovaccination. La protection de chacun passe par la protection de tous. Les efforts de vaccination, en particulier la primovaccination, doivent donc se poursuivre.

– Quelle est votre appréciation de la situation au Maroc ?

– Le Maroc a connu une vague importante de transmission au début de l’été, désormais maîtrisée. Le taux de vaccination des deux premières doses est important et contribue à protéger la population de l’impact de ces vagues de transmission.

Il faudra néanmoins rester vigilant dans les prochains mois et anticiper d’autres périodes de transmission plus intenses. Nous devons rester mobilisés avec les moyens de surveillance, de prévention (port du masque, lavage des mains, vaccination) et de diagnostic, et s’assurer que les personnes les plus vulnérables sont protégées.

– L’état d’urgence sanitaire est maintenu au niveau international. Quelles sont les conditions qui encadrent sa levée ?

– Aux termes du RSI de 2005 (Règlement sanitaire international, ndlr), une Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) “s’entend d’un événement extraordinaire dont il est déterminé qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque international de propagation de maladies et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée”.

Cette définition implique que la situation :

– est grave, soudaine, inhabituelle ou inattendue ;

– a des implications pour la santé publique dépassant les frontières nationales de l’État affecté ;

– et pourrait nécessiter une action internationale immédiate.

Suite à un évènement inhabituel pouvant avoir des conséquences et un impact négatif sur la santé de la population, l’OMS réunit un comité d’urgence du RSI pour statuer sur l’état d’urgence et décider si cet évènement constitue une USPPI.

Ce comité du RSI se réunit régulièrement pour statuer sur la situation de la pandémie de Covid-19. L’état d’urgence ne pourra être levé tant que les trois conditions précitées seront toujours présentes.

Lors de la douzième réunion du comité d’urgence du Règlement sanitaire international (2005) concernant la pandémie de maladie à coronavirus 2019, qui s’est tenue le 12 juillet 2022, il a été dit ce qui suit :

“Situation de l’urgence de santé publique de portée internationale :

Le Comité a reconnu que, globalement et compte tenu d’une plus forte immunité au sein de la population, le nombre de cas incidents ne corrélait pas avec ceux des formes graves de la maladie et des décès, ni avec les pressions exercées sur les systèmes de santé.

Cependant, le Comité a convenu à l’unanimité que la pandémie de Covid-19 répondait toujours aux critères constitutifs d’un événement extraordinaire qui continuait d’avoir une incidence négative sur la santé de la population mondiale, et que l’émergence et la propagation internationale de nouveaux variants du Sars-CoV-2 pouvaient avoir des répercussions encore plus marquées sur la santé.”

– Parmi ces conditions, combien ont été remplies au niveau international ? Et au Maroc ?

– Comme indiqué précédemment, pour le comité d’urgence du RSI, les conditions de l’USPPI sont toujours réunies à ce jour, et l’état d’urgence est maintenu au niveau international.

Le RSI vise à “prévenir la propagation internationale des maladies, à s’en protéger, à la maîtriser et à y réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu’elle présente pour la santé publique, en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux”. Il oblige ainsi les 196 États membres de l’OMS, “parties au Règlement sanitaire international”, à déclarer les maladies ou évènements pour une action coordonnée afin de renforcer la sécurité sanitaire nationale, régionale et mondiale.

Le Maroc, à l’instar des autres États membres, suit les recommandations du comité d’urgence du RSI afin de statuer sur l’état d’urgence, en l’occurrence avec l’actuelle pandémie de Covid-19.

Aussi, nous pouvons clairement vérifier que les trois conditions de l’état d’urgence précédemment citées sont également valables pour le Maroc ; celui-ci n’étant pas à l’abri de l’émergence ou d’une transmission communautaire importante d’un nouveau variant du virus Sars-CoV-2, pouvant avoir un impact en termes de mortalité et de maladie grave auprès des personnes vulnérables.

– Un pays peut-il lever l’état d’urgence sanitaire par lui-même ?

– C’est aux gouvernements de déclarer l’état d’urgence sur leur propre territoire et donc, également, de le lever.

– Sur les trois scénarios relatifs à l’évolution de la Covid-19 envisagés par l’OMS en avril 2022, quel est celui qui se précise ? S’achemine-t-on vers l’endémicité ?

– L’OMS ne peut toujours pas statuer sur le scénario le plus probable. Selon les dernières évolutions de l’épidémie, on peut prétendre à ce que le virus continue d’évoluer, mais aussi à ce que la gravité de la maladie qu’il provoque diminue avec le temps, à mesure que l’immunité augmente en raison de la vaccination et de l’infection. Cependant, il est tout à fait possible qu’un variant plus virulent et hautement transmissible émerge.

C’est pour cette raison que l’OMS continue à appeler tous les pays à maintenir les services de tests et de séquençage, pour partager en temps réel la situation épidémiologique et virologique, et donner une image plus claire de l’endroit où le virus se propage et de son évolution.

Elle appelle également les pays à redoubler d’efforts pour protéger les personnes vulnérables (personnes âgées, présentant des maladies chroniques ou dysimmunitaires, femmes enceintes et professionnels de santé) contre les maladies graves et la mort, par la vaccination contre la Covid-19.

– L’arrivée de nouvelles vagues est probable en hiver. L’OMS a-t-elle des prévisions en termes de sévérité et de virulence du virus ? 

– Le nombre de séquences partagées auprès de la base de données internationale par semaine a diminué de 90% depuis le début de l’année, et le nombre de pays partageant les données de séquençage a baissé de 75%. Cela complique énormément le travail d’analyse et de prédiction de l’évolution du virus.

Comme nous l’avons constaté l’année dernière, avec le froid ; avec, également, le fait de passer plus de temps dans des espaces intérieurs et moins aérés, nous risquons de connaître à nouveau une période de transmission plus intense et de nouveaux cas sévères nécessitant une hospitalisation.

Dans son allocution du 17 août 2022, le Dr Tedros (Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, ndlr) a reconnu que nous étions tous fatigués de ce virus et de la pandémie, mais que lui n’était pas encore fatigué de nous. Le fait d’apprendre à vivre avec la Covid-19 ne signifie pas qu’il faille prétendre que ce virus n’existe plus, mais plutôt continuer à maintenir les moyens de lutte contre sa propagation et contre son impact sur les populations les plus à risque.

– Dans le cadre du suivi des nouveaux variants effectué par l’OMS, y en a-t-il de nouveaux, inquiétants, en circulation ?

– Comme je l’ai indiqué précédemment, à ce jour, Omicron représente 99% des séquences rapportées. Mais la diminution des rapports de séquençage et du nombre de pays participant à cet important partage de données est inquiétante. Il est important que les pays continuent à partager les données qui nous permettront de détecter des variants susceptibles de provoquer des vagues plus importantes ou plus sévères à l’avenir.

Actuellement, nous ne notons pas de nouveau variant préoccupant. Cependant, BA.2.75, une lignée descendante d’Omicron, est actuellement sous surveillance. Sa prévalence est relativement faible (estimée à environ 1% dans le monde), mais elle accuse une tendance à la hausse dans certains pays.

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