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Le Discours Royal du 20 août : un double défi à relever (Driss El Yazami)

Le discours royal a appelé à une révision profonde des politiques et à une mise à jour des institutions qui sont consacrées aux Marocains résidents à l’étranger. Un nouvel élan réformateur est ainsi donné à la relation particulière qui lie les Marocains du monde au Royaume. Le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Driss El Yazami, appelle dans cette tribune à un large débat pluraliste.

Driss El Yazami, président du Conseil de la Communauté Marocaine à l'Etranger (CCME).

Le Discours Royal du 20 août : un double défi à relever (Driss El Yazami)

Le 23 août 2022 à 13h12

Modifié 23 août 2022 à 13h17

Le discours royal a appelé à une révision profonde des politiques et à une mise à jour des institutions qui sont consacrées aux Marocains résidents à l’étranger. Un nouvel élan réformateur est ainsi donné à la relation particulière qui lie les Marocains du monde au Royaume. Le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Driss El Yazami, appelle dans cette tribune à un large débat pluraliste.

Depuis 1999, le Roi Mohammed VI consacre de manière régulière un de ses discours de l’année à la communauté marocaine à l’étranger. Dans le droit fil de cette tradition désormais bien établie, le discours du 20 août 2022 commémorant le 69ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple a appelé à une révision profonde des politiques et à une mise à jour des institutions qui lui sont consacrées. Un nouvel élan réformateur est ainsi donné à la relation particulière qui lie les Marocains du monde au Royaume.

Le discours royal interpelle bien évidemment le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), dont la loi doit être adoptée par le gouvernement et présentée au parlement. C’est en effet la seule institution consultative constitutionnelle (articles 161 à 170 de la constitution du 1er juillet 2011) qui reste régie par les dispositions antérieures à la constitution de 2011.  Depuis des années, nous formulions cette demande, qui a été présentée à ce gouvernement et à celui qui l’a précédé, sans aboutir malgré les projets élaborés, souvent en commun.

Le CCME est appelé à mettre en discussion, sereinement et sans parti-pris, son bilan. Nous nous y emploierons

L’interpellation royale va probablement accélérer la perspective de l’élaboration de cette loi et le CCME est aussi appelé à mettre en discussion, sereinement et sans parti-pris, son bilan. Nous nous y emploierons.

Mais au-delà, l’interpellation royale concerne tous les acteurs, publics et privés, des acteurs que l’on oublie trop souvent alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans la relation qui se noue tous les jours entre émigrés et terre d’origine. Citons à titre d’exemples les banques, les transporteurs, les sociétés immobilières, le tourisme, … Le rapport à l’immigration marocaine joue un rôle capital dans la santé financière de ces secteurs et il est parfois (souvent ?)  source de nombreuses crispations et doléances, qui s’ajoutent aux frictions, peu investiguées, avec des administrations publiques. C’est d’ailleurs à ce niveau que se situe un des nœuds dans la relation Maroc-communauté que le Discours Royal semble relever comme une carence structurelle : les frustrations face aux lenteurs administratives, le peu de réponses aux plaintes, les tracasseries bureaucratiques. Il y a là un chantier incontournable.

De manière globale, le discours royal est une interpellation essentielle et stimulante car le défi à relever est double

La communauté des MRE connaît des mutations profondes 

Il s’agit d’une part de répondre aux revendications et aux attentes des Marocains du monde en termes de politiques et d’institutions. Il faut y répondre en prenant en compte les mutations profondes que connaît cette communauté.

Il y a en premier lieu la féminisation, un phénomène encore peu visible, mais qui commence à être sérieusement travaillé grâce aux travaux de quelques chercheurs marocains. Le CCME publie ces jours-ci une étude synthétique à ce propos. En effet, depuis des décennies, les femmes marocaines de l’immigration ne sont plus seulement des rejoignantes passives dans le cadre du regroupement familial (même si ce phénomène est loin d’être marginal). Les femmes constituent près de la moitié de l’immigration et ce sont elles qui, de plus en plus, prennent l’initiative de partir.

Le bruit fait autour de l’émigration illégale (l’hrig) cache la persistance de départs opérés dans la plus grande légalité vers le Canada, les Etats-Unis, ou d’autres pays

La montée en puissance des nouvelles générations, nées et socialisées dans les pays de résidence, constitue aussi une tendance lourde. Il ne s’agit plus de Marocains résidents à l’étranger au sens classique du terme, partis à l’âge adulte mais -de plus en plus- de doubles nationaux, qui assument massivement, même si par des modalités diversifiées, leur double appartenance. Comment accueillir cette fidélité mixte qu’ils ressentent au plus profond d’eux-mêmes, sans les stigmatiser ni les assigner à une seule origine ? Cet enjeu qui se pose de manière aigüe dans les pays européens est, différemment, le nôtre aussi. De manière générale, l’enracinement des Marocain.e.s du monde dans leurs société de résidence est une donnée massive comme le montre, entre autres révélateurs, le fort taux de naturalisation des émigrés de la première génération dans de nombreux pays européens.

Ces dynamiques migratoires vont de pair avec un développement du niveau socio-culturel des Marocain.e.s du monde (pratiquement un sur cinq a un niveau universitaire selon l’OCDE) et une mobilité croissante des compétences hautement qualifiées, comme le rappelle le débat actuel sur les médecins. En fait, la mobilité semble concerner aujourd’hui toutes les régions, toutes les couches sociales : l’émigration n’est pas une donnée du passé. C’est une réalité continue et le bruit fait autour de l’émigration illégale (l’hrig) cache la persistance de départs opérés dans la plus grande légalité vers le Canada, les Etats-Unis, ou d’autres pays engagés dans une compétition impitoyable pour la captation de cadres qualifiés.Derrière l’origine marocaine commune, il y a des communautés diverses par la langue, la tradition politique du pays de résidence, les modes d’insertion dans la société,…

Enfin, la mondialisation qu’a connue la migration marocaine ces dernières décennies (même si 80% est installée en Europe) crée une diversité extraordinaire qui complexifie l’abord de cette population : derrière l’origine marocaine commune, il y a des communautés diverses par la langue, la tradition politique du pays de résidence, les modes d’insertion dans la société, le rapport plus ou moins complexe à la « la culture d’origine », etc. : la gestion du culte musulman par exemple n’est pas exactement la même au Royaume-Uni, en France ou aux Etats-Unis. Le rapport à l’histoire non plus.

Un large débat pluraliste est une des conditions du succès de la réforme

L’adaptation-rénovation des politiques en direction de la communauté expatriée exigera probablement une prise en compte aussi fine que possible de ces mutations, une convergence plus accentuée de la perception et de l’action des divers acteurs (gouvernement, secteur privé, institutions, société civile et médias) et un recours plus systématique à l’évaluation.

Il faudra probablement renforcer aussi l’action culturelle du Royaume à l’étranger : des actions marquantes ont été menées à cet égard (le Maroc invité d’honneur des salons du livre de Genève, de Paris et de Bruxelles ; Daba Maroc en Belgique ; grandes expositions à l’Institut du monde arabe et au Louvre ;  tournées des Gnawas ; etc.).

De l’autre côté la créativité culturelle dont font preuve les Marocain.e.s du monde ne cesse de s’amplifier et trouve un écho de plus en plus grand au Maroc même. On peut espérer que ce double dynamisme trouve une consécration institutionnelle plus importante.

Le deuxième défi qu’a rappelé le Discours royal est celui du renforcement de la contribution des Marocain.e.s du monde au chantier du développement. Il y a à cet égard plusieurs enjeux :

  • le concours des compétences hautement qualifiées à l’enseignement universitaire et à la recherche-développement ;
  • la participation de ces mêmes compétences à la résolution du problème des ressources humaines dans certains secteurs en tension (la médecine par exemple) ; l’investissement ;
  • la contribution des associations d’immigrés au développement local de leurs communautés d’origine comme l’ont rappelé, encore récemment, de nombreuses initiatives.

Le gouvernement et les autres acteurs pourraient s’inspirer utilement des pistes esquissées sur tous ces plans par le rapport sur le Nouveau modèle de développement.

Enfin, il faut rappeler que la mise en œuvre des orientations royales exige un large débat pluraliste avec les diverses composantes de la communauté. Un tel débat est une des conditions du succès.

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