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Ahmed Lahlimi donne naissance à un HCP nouvelle génération 

Quelques mois après l’appel royal de revoir le rôle du HCP, Ahmed Lahlimi a annoncé ce lundi 4 juillet un plan de refonte de l’institution et sa mise à niveau par rapport aux nouveaux objectifs qui lui sont assignés.

Ahmed Lahlimi donne naissance à un HCP nouvelle génération 

Le 4 juillet 2022 à 19h18

Modifié 4 juillet 2022 à 20h00

Quelques mois après l’appel royal de revoir le rôle du HCP, Ahmed Lahlimi a annoncé ce lundi 4 juillet un plan de refonte de l’institution et sa mise à niveau par rapport aux nouveaux objectifs qui lui sont assignés.

« Nous continuerons de faire toutes les enquêtes annuelles, trimestrielles, mensuelles, ainsi que les travaux sur les entreprises, les ménages… Mais aujourd’hui, il y a une nouvelle situation. Comme Sa Majesté le Roi l’a annoncé, nous sommes dans l’obligation de faire une refonte globale de notre institution, de revisiter les études de base qui nous ont permis jusque-là de suivre l’économie et de faire des projections sur l’avenir, notamment par rapport au budget économique et aux études sur l’évolution à moyen terme de notre économie », explique Ahmed Lahlimi.

Cette refonte touchera à plusieurs aspects ; principalement les études de base sur lesquelles s’appuie le HCP pour effectuer ses travaux, et sur les références d’évaluation des politiques publiques.

Comme souligné par M. Lahlimi, les études sur lesquelles le HCP se base actuellement pour ses travaux datent au mieux de 2017, les enquêtes sur les structures se faisant généralement tous les dix ans et n’évoluant pas rapidement.

Ce qu’Ahmed Lahlimi annonce en premier lieu, c’est une actualisation des enquêtes de ses structures pour une meilleure connaissance du Maroc, de son économie et de sa société, dans leur profondeur.

Le NMD comme nouvelle référence de l’évaluation des politiques publiques

Côté référence pour l’évaluation des politiques publiques, une actualisation sera faite également, comme demandé par le Roi, qui a appelé le HCP à jouer un rôle dans l’évaluation et le suivi des objectifs du Nouveau Modèle de développement (NMD).

Lahlimi annonce en ce sens une revue du cadre général des travaux effectués par le HCP.

« Depuis 2015, notre référence dans l’évaluation des politiques publiques étaient les objectifs de développement durable (ODD). Notre pays a souscrit à cet engagement international en partant du principe que les ODD fournissaient des repères sur le capital physique, humain, social et environnemental, et constituaient en eux-mêmes un véritable modèle de développement. Or aujourd’hui, dans le contexte actuel, la référence éminente pour nos travaux est désormais le Nouveau Modèle de développement, qui apporte un modèle dans toutes les dimensions du développement », précise M. Lahlimi.

Ceci ne signifie pas que le HCP se séparera du benchmark ODD, mais qu’il cherchera un point de convergence entre les deux référentiels, comme l’a expliqué le Haut-commissaire au plan. « Nous devons non seulement trouver un alignement des objectifs des deux modèles, une convergence des objectifs, mais aussi des politiques inscrites dans les deux modèles. Nos travaux seront désormais effectués en se référant à ces objectifs qui convergent », ajoute-t-il.

Une tâche qui n’est pas aisée, reconnaît Ahmed Lahlimi, car elle suppose de revisiter toutes les données de base du pays, qu’elles soient économiques ou sociales.

D’autant que « tout cela survient dans un moment particulièrement crucial, où le monde connaît un remaniement profond de ses données géostratégiques et géo-économiques », a souligné M. Lahlimi.

« Tout en réalisant cette convergence, cette refonte de nos références, nous devons nous insérer dans ce nouveau monde, avec des échéances qui nous sont imposées et sont de plus en plus courtes, et des horizons de plus en plus rapprochés », précise M. Lahlimi.

Il a cité l’exemple des technologies. « Les technologies utilisées évoluent rapidement et créent peut-être de nouveaux ressorts dont profitent nos entreprises ou dont manquent peut-être nos structures. Il faut voir toute cette production immatérielle dans l’évolution de nos structures. C’est quelque chose de déterminant pour notre avenir ».

Une nouvelle génération d’études et d’enquêtes sera lancée

De ce raisonnement découle un objectif annoncé par le HCP : réaliser une enquête très profonde pour mieux connaître les entreprises. Elle sera baptisée « Enquête nationale des structures d’entreprise ».

Autre exemple que cite M. Lahlimi pour illustrer ce rapprochement que doit opérer la statistique avec la réalité actuelle : l’informel.

« Tout le monde parle de ce sujet. Certains disent qu’il suffit de l’instrument fiscal pour le faire disparaître. En réalité, nous ne savons pas vraiment où se situent les grands problèmes de cet informel. C’est pour cela que je ne parle jamais de secteur informel, mais de sphère informelle, car elle traverse l’ensemble des secteurs : industrie, commerce, services… C’est aussi une sphère sociale, qui joue un rôle sur le plan économique que nous occultons souvent, mais aussi parce que cet informel remplit des activités dans une société traditionnelle qui a ses besoins. »

Autre sphère de la société que le HCP visera dans une première étape : la société civile, ou ce que Ahmed Lahlimi appelle « les unités à but non lucratifs ».

« Nous devons comprendre ce qu’est cette société civile, le rôle économique qu’elle joue, son rôle démocratique, ses bases, les facteurs de son existence, son activité réelle, son degré d’application des règles et des lois, son apport au PIB qui doit être beaucoup plus important que ce que l’on croit », lance M. Lahlimi.

Pour une meilleure connaissance du ménage et de la famille marocaine

Le HCP, dans sa nouvelle version, apportera par ailleurs une importance particulière au volet social. Un travail qu’il effectue déjà, mais qui sera désormais réalisé avec un nouvel esprit, un nouveau référentiel, de nouvelles méthodes et instruments.

A commencer par le niveau de vie des ménages, histoire de mieux connaître leurs sources et niveaux de revenu, leurs dépenses et leur modèle de consommation.

« Cette étude est fondamentale. Elle nous permettra d’avoir non seulement une idée précise des inégalités économiques et sociales, de l’évolution de la pauvreté sur le plan national et territorial, mais aussi de réactualiser le modèle et le panier de consommation des ménages qui servira de base aux enquêtes sur les prix. Le modèle de 2014, sur lequel nous nous basons aujourd’hui, a évolué, que ce soit par catégorie sociale ou par région. Le moment est venu de recadrer tout cela. C’est justement cette enquête qui va nous permettre d’avoir une idée de l’évolution de notre structure sociale », explique le Haut-commissaire au Plan.

Autre enquête qui tient à cœur à M. Lahlimi : l’enquête sur la famille marocaine – déjà lancée selon lui. Elle a nécessité deux ans de travail.

Selon le statisticien en chef du Royaume, la famille est perçue comme le cadre de base de la société, où nous pouvons percevoir tous les problèmes de génération, de genre, d’évolution des valeurs, les sources profondes des inégalités, mais aussi des solidarités que nous ne percevons pas toujours et qui donnent lieu à tout un échange social entre une génération ancienne qui se met au service des jeunes et vice versa.

« Etudier cette série d’échanges sociaux qui a un impact sur la distribution réelle des revenus aboutira sur des résultats très importants. Cette enquête demandera beaucoup de temps et un encadrement d’un haut niveau », estime M. Lahlimi.

Toujours dans le même esprit, celui de connaître avec subtilité le Marocain, le HCP consacrera, comme par le passé, une étude fouillée sur l’emploi du temps du Marocain.

« Nous avions réalisé ce travail en 2012, mais il va falloir le revoir. Cet emploi du temps est une source d’information pour nos travaux et pour chaque citoyen. Il nous donne pour chaque marocain, de l’enfant jusqu’au grand-père, ce qu’il fait de sa journée heure par heure. Cela permettra aux décideurs de voir comment ajuster les horaires et l’investissement dans la mobilité par exemple ; savoir dans quel type d’enseignement il faut s’orienter pour capter la disponibilité d’un certain nombre d’enfants ; de quelle source se nourrissent nos enfants en ce qui concerne les valeurs, les comportements. On croit souvent que c’est la famille, mais on ne sait de qui exactement, du père, de la mère ou de quelqu’un d’autre… Cela nous permettra également d’examiner de façon précise la répartition des rôles entre hommes et femmes. Il y a des informations extrêmement importantes qui peuvent donner lieu à des politiques sociales et économiques bien ciblées », explique M. Lahlimi.

Tous ces travaux seront accompagnés du grand recensement de la population qui sera organisé en 2024. Les travaux ont déjà commencé, selon M. Lahlimi.

« Nous avons préparé l’avènement de ce travail en prévoyant et en concevant déjà le modèle de digitalisation de l’ensemble du processus, de la cartographie à la diffusion des informations. Cela va être l’occasion de faire un travail beaucoup plus rapide et précis. »

La data régionale, un enjeu crucial

En parallèle de cette refonte des références de base, le HCP va se focaliser de plus en plus sur la régionalisation. Il va lui-même s’inscrire, ainsi que la production de statistiques et de données, dans la perspective du Maroc des régions, comme exprimé par M. Lahlimi.

Le patron du HCP a révélé que ce travail avait déjà commencé, avec l’aide des walis, par la création de bases régionales de statistiques.

« Aujourd’hui, toutes nos directions régionales ont des bases sur la situation statistique exhaustive de leur région. Nous voulons aller plus loin pour créer ce qui nous manque : un cadre institutionnel où tous les représentants des activités économiques et sociales se retrouvent avec les statisticiens du HCP, afin de créer des bases de données et des études qui peuvent appuyer la réflexion sur les programmes de développement régionaux (PDR). »

D’après Lahlimi, cette étape a été franchie dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Les travaux sont toujours en cours pour créer le même cadre institutionnel dans les autres régions du pays.

« L’espoir que j’ai personnellement (…), c’est d’avoir demain un HCP dans chaque région. »

La digitalisation, principal levier de la réforme du HCP

Ahmed Lahlimi n’est pas un digital native, ni un geek. Mais il a conscience de l’importance du digital dans les organisations et le monde d’aujourd’hui. Dans sa présentation, ce terme a été le fil rouge de toutes ses annonces.

« Pour parvenir au mieux aux résultats de nos travaux, nous avons entamé une réforme profonde de notre modèle de gestion par la digitalisation. Je ne parle pas de la digitalisation de tel ou tel segment dans nos rapports avec tel ou tel secteur, encore moins du canal de diffusion de nos études et travaux, mais d’une digitalisation de nos process d’enquête », a précisé M. Lahlimi.

Cette digitalisation est déjà en place selon lui, notamment dans les enquêtes sur l’emploi, les prix, les entreprises ou les ménages… « Toutes ces enquêtes sont aujourd’hui digitalisées, ainsi que toutes nos lignes de production de statistiques », souligne-t-il. Il a d’ailleurs adressé ses remerciements à ses homologues danois, qui ont été d’un grand soutien aux équipes du HCP dans cette transformation.

Un travail qui a déjà porté ses fruits, ajoute M. Lahlimi, prenant pour indice le classement du Maroc sur le plan de l’ouverture des données : situé à la 68e place mondiale il y a trois ans, le Maroc est aujourd’hui 1er en Afrique et 40e sur 178 pays dans le monde. M. Lahlimi a l’ambition de continuer à progresser davantage…

C’est dans cet esprit que le HCP a effectué une rénovation profonde de son site, devenu un véritable portail de data. On peut y retrouver, de manière simple, fluide et rapide, tous les travaux du HCP et la data qu’il produit ou récolte.

« Tout était en partie sur notre site, mais il n’était pas performant. Moi-même j’avais des difficultés à trouver certaines informations, à y naviguer. J’ai d’ailleurs dit aux Danois, qui nous ont aidés dans ce chantier, que l’objectif était de permettre à toute personne qui recherche de l’information sur notre site de la trouver en trois clics maximum. C’est ce que nous avons pu réaliser aujourd’hui. C’est une source d’information dont nous étions amputés au Maroc à cause des difficultés d’accès. Nous avons essayé de faire quelque chose d’accessible et de rapide pour les chercheurs, et d’essayer d’avoir tout le patrimoine intellectuel accumulé par le HCP », raconte M. Lahlimi.

Prochaine étape : développer un Cloud de la statistique nationale

Etant donné la nature de nos travaux, on ne peut pas remplir nos missions dans le cadre de structures en silo comme dans une administration au Maroc. Dans nos travaux, l’autorité est intellectuelle, pas hiérarchique. Un cadre qui développe un modèle, qu’il soit chef ou simple employé, est celui qui en est dépositaire de l’autorité technique et intellectuelle. C’est pour cela que nous voulons que cette digitalisation soit accompagnée de ce travail collaboratif, qui est facilité par le fait que le travail statistique obéit toujours à un modèle identique pour tous les statisticiens du monde. Comme les références sont les mêmes pour tout le monde, lorsque quelqu’un travaille sur un sujet, tout le monde peut intervenir… Cela nous fait sortir du cadre administratif, hiérarchisé », annonce M. Lahlimi.

Une étape qui permettra au HCP de se doter d’un centre de gestion des données, un Data Management Center. Il « réunira l’ensemble des données, des métadonnées et des résultats de nos travaux. Il deviendra le Cloud de la statistique, où seront également disponibles tous les travaux historiques du HCP », révèle le Haut-commissaire au Plan.

Ce travail s’accompagne également de l’enrichissement des outils d’analyse et d’évaluation des politiques publiques, notamment les modèles qui permettent de faire des projections sur le moyen et long terme.

Lahlimi défend ses collaborateurs et l’indépendance de son institution

Dans sa présentation, le Haut-commissaire au Plan a tenu à faire passer des messages.

Le premier pour défendre le statut de ses cadres et collaborateurs, dont M. Lahlimi veut améliorer la situation et leur permettre de bénéficier de la reconnaissance qu’ils méritent.

« Tout ce travail, nous le faisons par la force des bras d’économistes et d’analystes marocains, issus pour la plupart de l’Institut national des statistiques ou d’autres institutions extérieures, mais qui ont développé beaucoup de modèles que nous sommes les seuls à utiliser pour évaluer les impacts sur tel ou tel secteur et voir ce que sera le Maroc en 2030 ou en 2036. Ce sont des gens qui ne comptent pas leurs heures de travail. Je les admire pour le travail qu’ils réalisent, pour peu de reconnaissance et pour des salaires communs à tous les employés administratifs. Ce n’est pas normal. Quand nous faisons nos travaux, nous formons des cadres de très haut niveau. La plupart du temps, ils sont piqués par d’autres institutions nationales ou étrangères qui ont la possibilité de les payer à leur juste valeur, avec des salaires deux ou trois fois supérieurs à ceux qu’ils perçoivent ici. Je ne dis pas que l’on nous doit une reconnaissance, mais nous avons tout de même des cadres prestigieux qui sont partis travailler pour de grandes institutions pour les initier à certaines techniques et méthodes. Je dis simplement que justice doit être faite pour ces gens-là », a lancé, très ému, Ahmed Lahlimi.

Autre message envoyé par le Haut commissaire au Plan : l’importance de l’indépendance de son institution. Un message qu’il adresse directement au gouvernement.

« Je souhaite, au moment où il y a l’annonce de cette réforme du HCP, émettre un espoir. Celui que les gouvernements, celui-ci bien entendu mais aussi ceux qui vont venir et que je n’aurais peut-être pas l’occasion de côtoyer, revoient leur perception de l’indépendance du HCP. Cette indépendance doit être perçue comme quelque chose de positif. Il est important pour un gouvernement qu’il existe une institution indépendante qui évalue ses travaux. C’est le gage que ces politiques ont rempli leur contrat, qu’ils sont bien perçus, mieux estimés par nos partenaires extérieurs », explique Lahlimi, après des années de guéguerre et de frictions avec plusieurs ministres et gouvernements sur les résultats des travaux menés par le HCP sur la conjoncture, l’emploi ou les prévision qu’il émet sur la croissance, ainsi que d’autres agrégats économiques et sociaux.

« Nous avons parfois eu des secousses dans l’acceptabilité de cette indépendance par les politiques ou les gouvernements. C’est grâce à l’appui royal que nous avons pu résister à toute atteinte à cette indépendance ; une allégeance exclusive de notre institution à la science et une conformité de nos travaux aux normes internationales. C’est ce qui confère au HCP son rayonnement national et international », ajoute M. Lahlimi.

Et de rappeler la genèse de cette indépendance : « L’origine de la création du HCP est royale. C’est une décision de Sa Majesté qui a souhaité qu’une institution indépendante de toutes les conjonctures économiques et gouvernementales soit instituée au Maroc pour donner, comme l’avait dit Sa Majesté au moment de ma nomination, un véritable panorama du Maroc. C’est pour nous le point d’appui de notre indépendance. »

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