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E-commerce : les coulisses du paiement en ligne

Quelles sont les coulisses d’une transaction en ligne ? Qui sont les parties prenantes ? L’éclairage de Mustapha Badr-Ezzaman, directeur des opérations à Vantage Payment Systems.

E-commerce : les coulisses du paiement en ligne

Le 30 juin 2022 à 13h00

Modifié 30 juin 2022 à 13h00

Quelles sont les coulisses d’une transaction en ligne ? Qui sont les parties prenantes ? L’éclairage de Mustapha Badr-Ezzaman, directeur des opérations à Vantage Payment Systems.

Choix des produits, validation du panier et paiement en ligne. C’est la partie émergée de l’iceberg pour un client qui effectue un achat un site de vente en ligne.

Mustapha Badr-Ezzaman est directeur des opérations à Vantage Payment Systems (VPS), une fintech spécialisée dans l’émission de solutions innovantes de paiement en ligne et paiement en espèces, et dans la gestion de programmes prépayés sur les réseaux privatifs et ouverts. Il décortique pour Médias24 la chaîne de paiement lorsqu’un consommateur achète en ligne.

Commençons par le commencement. Il y a d’abord le porteur de carte : vous ! Vous avez validé votre « panier » et souhaitez payer en ligne. Vous atterrissez alors sur une page où vous saisissez vos données bancaires : c’est la page d’une fintech appelée « Prestataire de service de paiement » (ou PSP), à laquelle le e-commerçant fait appel pour proposer différents moyens de paiement, dont le paiement en ligne.

Les informations saisies de la carte de paiement (nom, coordonnées bancaires, date de validité, pictogramme), ainsi que les autres éléments de la transaction, comme le montant, l’adresse et l’identifiant de l’acquéreur, sont transmises à un système de carte appelé MPI, via les processeurs internationaux comme Visa et MasterCard.

Ces informations parviennent finalement à votre banque émettrice de carte, qui vous envoie généralement un code à usage unique par sms : « On parle ici de la vérification 3D Secure V1, un système de sécurisation des paiements en ligne. Dans notre région, l’écosystème est en train de migrer vers la 3D Secure V2, qui correspond à une évolution de l’authentification actuelle V1 », nous explique Mustapha Badr-Ezzaman.

Une fois l’authentification confirmée, « le PSP transmet les informations du porteur de carte à une autre fintech, appelée acquéreur de paiement, comme le Centre monétique interbancaire (CMI), opérateur historique dans le domaine, ou, plus récent, NAPS (opérateur non-bancaire spécialisé dans les moyens de paiement électronique, ndlr) », poursuit-il.

L’acquéreur de paiement transfère à son tour la demande d’autorisation à votre banque émettrice via :

– le Switch national HPSS dans le cas d’une carte marocaine ;

– les processeurs internationaux dans le cas d’une carte étrangère comme Visa, MasterCard, AMEX, etc..

Ceux-ci contactent la banque émettrice pour vérifier la disponibilité des fonds. Une fois obtenu le feu vert de votre banque, la transaction est approuvée et le paiement effectué. « Ce processus de communication et de validation entre les différentes plateformes se fait en quelques secondes », précise Mustapha Badr-Ezzaman.

Quel est le rôle de l’acquéreur de paiement ?

L’acquéreur est un établissement de paiement qui permet, entre autres, d’accepter les paiements en ligne. « L’acquéreur est l’intermédiaire entre le site de e-commerce et les banques (celle du site marchand et celle du client) : le e-commerçant ouvre un compte de paiement auprès de l’acquéreur, similaire à un compte bancaire mais qui ne peut jamais être débiteur. Lorsque la banque émettrice débite le compte de l’acheteur, le e-commerçant ne reçoit pas directement le paiement. Il est placé dans le compte de paiement, et c’est alors l’acquéreur qui se charge du transfert du montant sur le compte bancaire du e-commerçant », explique notre interlocuteur.

Ainsi, en cas de problème (produit non conforme, retard de livraison…), c’est l’acquéreur qui garantit le remboursement de l’acheteur. « C’est comme un médiateur du paiement en ligne. Il ne donne pas automatiquement raison à l’acheteur. C’est à l’aide d’une procédure appelée Chargeback que sont définies les responsabilités des uns et des autres. Il faut certainement protéger les consommateurs des arnaques, mais aussi les e-commerçants des abus », précise notre source.

Aussi, l’acquéreur évalue le risque lié à l’activité du e-commerçant et applique une caution sous la forme d’un montant généralement bloqué lors des premières transactions. Il garantit ainsi la sécurisation des paiements et la protection contre la fraude.

Les commissions d’une transaction en ligne

L’intégration technique d’une plateforme de paiement dépend du profil du e-commerçant. S’il est de petite taille, il se lance dans le e-commerce en utilisant généralement des CMS en SAAS, simple d’utilisation, où il intègre la partie produit, le blog, etc. « Pour ce genre de marchand, nous proposons un plugin du module de paiement qui fonctionne au bout de 15 minutes. Ce type d’intégration est le plus adopté par les e-commerçants au Maroc », souligne Mustapha Badr-Ezzaman.

Quand le e-commerçant est avisé et dispose de connaissances techniques, il fait généralement appel à une agence spécialisée qui intègre des fonctionnalités spécifiques selon le besoin. « On propose des API de paiement (API étant l’acronyme de Application Programming Interface), c’est-à-dire des interfaces de programmation applicative où le parcours de paiement est plus fluide », note-t-il.

Enfin, les grands comptes utilisent généralement ce que l’on appelle « API bas-niveau », qui offre une liberté de programmation et une agilité quant à l’expérience client. « Cela demande une connaissance poussée dans la monétique et quelques certifications en monétique et en sécurité, comme la PCI DSS (norme de sécurité de l’industrie des cartes de paiement). On offre notamment cette solution de paiement à Glovo, au Maroc », précise l’expert.

Combien devrait débourser un e-commerçant qui souhaite intégrer une solution de paiement en ligne ? En plus des frais de mise en place, « une commission de 0,5% est généralement appliquée sur chaque transaction par le PSP », précise-t-on. Selon les données du CMI, l’acquéreur facture 2% pour une carte marocaine et 2,75% pour une carte étrangère.

In fine, pour une vente en ligne à 100 DH, le e-commerçant est payé 97,5 DH pour une carte marocaine et 96,75 DH pour une carte étrangère.

« Légalement parlant, aucune facturation aux e-commerçants n’a été imposée par Bank Al-Maghrib, ou par les processeurs internationaux comme Visa et MasterCard aux acquéreurs ou aux PSP. Chacune des parties prenantes (acquéreurs et PSP) est libre de facturer à son offre ce qui lui semble correct. Il ne serait pas illégal d’offrir le service à 0,1% ou à 5% », tient à souligner Mustapha Badr-Ezzaman.

Le e-commerçant qui veut proposer le paiement en ligne doit absolument être une personne morale. Il renseigne la procédure d’adhésion auprès de l’acquéreur et du PSP, qui vérifient les conditions d’éligibilité. Si la demande est validée, une déclaration est envoyée à Visa et Mastercard par l’acquéreur ou par le PSP. Une fois le e-commerçant validé, l’acquéreur évalue le risque : « Il faut protéger le consommateur marocain en appliquant des cautions au e-commerçant », préconise notre interlocuteur.

Bien que le e-commerce entre peu à peu dans les mœurs, le paiement en ligne demeure minime par rapport au paiement en cash, selon les professionnels du secteur. « Le paiement est l’étape décisive de l’expérience d’achat sur un site de e-commerce », observe-t-il.

Mustapha Badr-Ezzaman estime que l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur e-commerce ont une part de la responsabilité : « Du porteur de carte qui préfère payer en cash par peur d’être arnaqué ou de se faire voler ses données bancaires, au gouvernement qui doit opérationnaliser ses services de paiement e-gov en passant par les banques qui ne proposent pas des produits adaptés, les assurances et des procédures compliquées en cas de problème, ou bien la e-logistique qui doit être adaptée aux exigences d’immédiateté exprimées par les client. »

Le paiement en ligne reste un levier de performance et de croissance pour les entreprises. « Une expérience d’achat optimale passe par un parcours de paiement simple et sécurisé, car si le commerce en ligne ne connaît de frontières géographiques, les e-commerçants marocains doivent tenter l’internationalisation. Mais ça, c’est un autre sujet », conclut notre interlocuteur.

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