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Datastory. Deux années de crise du Covid commentées par Ahmed Lahlimi

Médias24 reconstitue en infographies les deux années de crise économique liées à la pandémie de Covid-19. Une histoire que le Haut-commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, a bien voulu nous commenter, en se projetant également vers un avenir qu’il voit plus serein.

L'aéroport de Fès-Saiss pendant l'une des fermetures des frontières. Ph. MAP

Datastory. Deux années de crise du Covid commentées par Ahmed Lahlimi

Le 10 mai 2022 à 19h16

Modifié 11 mai 2022 à 11h55

Médias24 reconstitue en infographies les deux années de crise économique liées à la pandémie de Covid-19. Une histoire que le Haut-commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, a bien voulu nous commenter, en se projetant également vers un avenir qu’il voit plus serein.

La crise du Covid-19, c’est l’histoire d’un grand choc qui a frappé l’économie marocaine en 2020, mais également l’histoire d’un grand rattrapage réalisé en 2021. Une année qui a effacé les traces de la lourde récession accusée en 2020, mais n’a pas épongé, pour autant, tous les impacts de cette crise qui continuent de secouer le monde.

On se rappelle tous de ce qui était alors impensable : le confinement de la population pendant trois mois et l’arrêt net de secteurs entiers de l’économie marocaine. Résultats : une récession historique de 6,3%, la montée du chômage et l’hémorragie des recettes touristiques dont on peine encore à se relever.

« Comme partout dans le monde, nous avons vécu une grande récession. Mais nous avons effacé les pertes de 2020 en une seule année, ce qui n’est pas évident. C’est pour cela que je conserve mon optimisme pour l’avenir de l’économie marocaine », nous dit Ahmed Lahlimi.

Cette reprise rapide de 2021, où le PIB a signé une belle croissance de 7,4%, nous a fait revenir aux niveaux de création de richesse de 2019, l’année avant Covid. Plusieurs éléments exogènes y ont contribué : l’effet de base d’abord, mais aussi la très belle année agricole, marquée par une récolte céréalière record de plus de 103 millions de quintaux.

« Il y a eu un effet de base, mais aussi une bonne récolte céréalière. Mais ce n’est pas cela qui a accéléré la croissance. L’agriculture n’a plus le même poids dans l’économie marocaine ou dans la contribution à la croissance, en raison notamment du changement de base de notre comptabilité nationale. Ce sont plutôt les effets d’entraînement que l’amont agricole exerce sur plein d’autres secteurs qui ont beaucoup joué », explique Ahmed Lahlimi, qui pense que l’on ne devrait plus analyser la chose économique marocaine comme avant.

« Le poids de l’agriculture dans l’économie et dans la contribution à la croissance est devenu beaucoup plus faible, comparé aux années précédentes, en raison des changements qu’a connus la comptabilité nationale. Ce changement nous a aussi montré que l’économie marocaine s’est beaucoup tertiarisée, beaucoup plus qu’on ne pouvait le penser, aussi bien dans le secteur moderne de l’économie (banques, assurances, offshore, technologies…) que dans l’informel. Ces deux facettes du tertiaire sont même très dynamiques.

Et si nous avons pu effacer les pertes de l’année 2020, c’est parce que nous avons aussi un secteur informel qui se développe fortement. Ce développement est naturel, parce que ce secteur vient répondre à une demande existante et apporte des réponses concrètes à la société », analyse le Haut-commissaire au Plan.

Le retour providentiel de l’Etat protecteur

Mais ce que l’on oublie souvent de dire, c’est que la récession de 2020 aurait pu être plus importante si l’Etat n’était pas intervenu de manière vigoureuse pour sauver l’économie, quitte à creuser à un niveau historique son déficit budgétaire (-7,68%). Une intervention qui s’est poursuivie encore plus fortement en 2021, mais également en 2022, avec la poursuite d’une politique dépensière qui maintient le déficit budgétaire à un niveau proche de 6%, contre la fameuse norme mondialement admise de 3%.

Une politique budgétaire qui a entraîné dans son sillage une augmentation du niveau de la dette du Trésor, qui a bondi de près de 12 points entre 2019 et 2020 pour se fixer à 76,4%, avant de toucher en 2021 la barre des 77%.

Et ce n’est pas Ahmed Lahlimi, qui a toujours défendu une politique budgétaire expansive mais maîtrisée, qui s’opposera à cette intervention de l’Etat.

« C’était une politique anticipatrice, bien ciblée qualitativement et qui a été menée avec les moyens du bord. Quantitativement, c’était le minimum à faire. C’était un impératif national, de survie d’une société. Il ne faut pas analyser cette situation comme on analyserait l’état d’un budget, dans une situation nationale et internationale normale. Nous sommes dans une situation de déflagration de l’économie et de la société dans le monde. Et nous sommes dans la situation impérative d’assurer la survie des structures sociales et de la population du pays. Personne ne peut le contester », souligne le Haut-commissaire au Plan.

« Maintenant, à quelle échéance les choses vont rentrer dans l’ordre ? Tout dépendra de la situation géostratégique et économique dans le monde. Ce n’est qu’à ce moment-là que les solutions pourront être trouvées. On faisait bien de la défaisance pour des sociétés en difficulté de viabilité financière. On peut tout aussi bien faire un système de défaisance qu’il faut imaginer au niveau du budget de l’Etat pour redonner à l’acteur public, aux banques, aux entreprises et à la population le nouveau souffle qui leur permettrait de résorber les déficits antérieurs », suggère Ahmed Lahlimi, qui pense que le moment n’est pas encore venu d’enclencher une politique budgétaire conservatrice pour éponger les impacts de la crise du Covid-19.

L’investissement public et privé, la clé de la relance

Au contraire, le Haut-commissaire au Plan encourage la politique gouvernementale qui prévoit, sur cette année 2022, un volume d’investissement record de 240 milliards de dirhams. Et salue la volonté de l’exécutif de ne pas toucher aux investissements malgré les énormes contraintes budgétaires qui pèsent sur l’Etat. Car pour lui, l’investissement sera le seul moyen pour que notre économie retrouve rapidement son rythme normal de croissance (3,5%), voire le dépasser pour aller sur une nouvelle trajectoire de plus de 5% par an.

« Je suis convaincu que nous allons revenir à notre croissance potentielle de 3,5% grâce à l’investissement et aller dans le moyen terme vers une croissance de 5% par année. Et je me réjouis de voir le gouvernement tenir mordicus à ne pas baisser son budget d’investissement. L’autre facteur qui me rend optimiste, c’est la très forte attractivité du Maroc des capitaux étrangers, dans plusieurs domaines qui sont importants pour la croissance, comme dans les nouveaux métiers industriels, l’offshore, la technologie, la santé, l’environnement… », explique Ahmed Lahlimi.

« C’est par ces deux leviers que nous pourrons réaliser notre croissance potentielle, malgré les années de sécheresse qui deviennent plus fréquentes. Et ces leviers sont aujourd’hui à notre disposition », ajoute-t-il.

Cette intervention de l’Etat, saluée alors par tout le monde, y compris par les plus libéraux, a permis également de limiter la casse au niveau du chômage, qui n’a augmenté, malgré le grand choc économique, que de deux points, passant de 10,5% en 2019 à 12,5% à fin 2020.

Nos infographies le montrent bien : en un trimestre, le deuxième de 2020, le nombre de chômeurs a explosé. Sur l’année 2020, ce sont au total plus de 800.000 personnes qui ont perdu leur emploi selon les chiffres du HCP, faisant passer le nombre de chômeurs dans le pays à plus de 1,6 million de personnes au premier trimestre 2021. Un chiffre qui n’a pas fortement bougé depuis… Mais la situation aurait pu être encore plus grave si l’Etat n’était pas intervenu, en garantissant des crédits de trésorerie et MLT (Oxygène et Relance) aux entreprises pour leur permettre de rester en vie ou en leur payant une partie des charges sociales.

Emploi : l’enjeu n’est pas tant la quantité mais la qualité, selon Lahlimi

Ahmed Lahlimi, qui a abordé ce sujet de l’emploi à plusieurs reprises dans notre journal, mais aussi dans les notes conjoncturelles de son institution, veut aujourd’hui mettre le doigt sur une autre facette de cette problématique de l’emploi.

« Je crois que notre problème dans les années à venir c’est moins le volume de l’emploi que sa qualité. 80% de nos emplois actuels sont informels. Tout emploi qui n’a pas les conditions de sécurité sociale est un emploi informel. C’est sur l’informalité de l’emploi de l’ensemble de la sphère de production du pays qu’il faut désormais raisonner. C’était l’une des leçons de cette crise du Covid-19 », explique M. Lahlimi.

Et il a bien raison de le souligner. Car au-delà des chiffres et des statistiques, qui ne disent pas tout, la crise sanitaire a démontré la grande fragilité du tissu social au Maroc et la précarité de l’emploi. D’où la réponse énergique de l’Etat qui a vite compris l’ampleur de l’enjeu, en lançant le grand chantier de généralisation de la protection sociale. Une crise, ça sert aussi à ça : à se voir en face et à se réformer.

Inflation : quand un petit virus fait réveiller un grand monstre

Cela étant dit, la crise du Covid-19 n’est pas encore derrière nous. Si la pandémie a fléchi (pour l’instant en tout cas), les impacts de cette crise sont encore là et se font ressentir sur le quotidien des citoyens et des entreprises. Et cela par le biais de l’inflation qu’a engendrée la reprise post-Covid à cause du déséquilibre entre l’offre et la demande, que le monde n’arrive toujours pas à combler. Surtout avec l’explosion, début 2022, d’un conflit militaire en Europe, entre deux grands exportateurs d’énergie et de matières premières. Une inflation dont le Maroc - Etat, citoyens et entreprises - accuse encore le coup.

« C’est une inflation importée, nous n’y pouvons rien. Il faut bien sûr réaliser les réformes qu’il faut pour accentuer notre résilience, notamment via l’investissement. Et puis trouver des formules pour atténuer ce phénomène, sans tomber toutefois dans les travers du blocage des prix ni dans celui des subventions à tout va », alerte Ahmed Lahlimi.

« Nous réalisons justement une étude au sein du HCP pour démontrer l’impact réel de l’inflation, parce qu’il n’est pas le même selon la nature des entreprises et des ménages. C’est pour cela qu’il faut savoir en analyser les effets réels et trouver des solutions ciblées par secteur et par catégorie sociale », nous confie-t-il.

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