L'importation de charbon et de fuel russes bloquée à cause des paiements
Malgré l'absence d'interdiction formelle d’importation de produits énergétiques de Russie, les banques marocaines ne traitent plus les transactions sur le charbon et le fuel russes, qui assurent près de la moitié des besoins du pays. Une situation qui risque de créer de grandes tensions sur ces deux matières stratégiques.
Le sujet a été discuté ce jeudi 21 avril 2022, selon nos informations, au sein du comité de veille instauré par les pouvoirs publics pour suivre les répercussions économiques de la crise russo-ukrainienne.
Le charbon et le fuel sont deux matières stratégiques pour le pays. Pour l’industrie d’abord, mais surtout pour les centrales électriques, notamment celles de Jorf Lasfar gérées par Taqa, qui tournent exclusivement au charbon, et qui assurent près de la moitié des besoins du pays en électricité.
Selon la présentation faite récemment au Parlement par la ministre de la transition énergétique, Leila Benali, le charbon constituait 37,3% de la consommation énergétique du pays en 2020, juste devant les produits pétroliers (49,6%). Le fuel représentait, à la même date, 9% des besoins du pays.
Dans la production électrique, le charbon représente 38,3% du mix énergétique, alors que le fuel y contribue à hauteur de 16,1%. Des données qui montrent qu’il s’agit ici d’une question de souveraineté.
58% du charbon marocain vient de Russie !
Pourtant, la machine des importations connaît un réel blocage depuis l’implosion de la guerre en Ukraine. En cause : les banques marocaines refusent de traiter les transactions d’importation de charbon et de fuel en provenance de Russie. Et ce, malgré la relative dépendance du Maroc de cette source d’approvisionnement, comme nous l’explique un expert du secteur.
« Nous ne dépendons pas à 100% de la Russie, mais c’est l'un de nos plus grands fournisseurs. En 2021, les importations de charbon russe ont représenté 58% des importations totales du charbon du Maroc. Pour le fuel, ce taux était d’environ 40% en 2021. Il y a bien sûr d’autres sources d’approvisionnement, mais la Russie est la plus compétitive. »
Ce refus des banques de payer les fournisseurs russes n’est pourtant pas justifié, selon nos sources. Car rien dans les mesures de sanction prises par l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis n'indique qu’il ne faut pas acheter du charbon ou du fuel russe.
« Les textes sont clairs à ce sujet. Il n’est écrit nulle part, que ce soit dans les textes de l’UE ou ceux des Etats-Unis, qu’il est interdit de faire des transactions avec la Russie sur le charbon et le fuel. Les Allemands continuent d’acheter du charbon russe. Pourquoi les Allemands y arrivent et pas le Maroc ? », s’interroge notre source, pour qui le pays se met en danger, en se privant de cette source d’approvisionnement sans raison valable. Surtout que les stocks actuels ne sont pas énormes.
La situation des stocks est inquiétante
La présentation de Leila Benali au Parlement, très détaillée à ce sujet, a montré que la situation des stocks de ces deux produits stratégiques n’était pas particulièrement confortable.
Le stock de fuel représente actuellement, selon la ministre de la Transition énergétique, 970 000 tonnes, soit 39 jours de consommation nationale.
Au 11 avril, le stock de charbon totalisait 701.000 tonnes : 30.000 tonnes au niveau de Jerada, soit 11 jours de consommation ; 102.000 tonnes à Mohammédia, l’équivalent de 34 jours de consommation ; 307.000 tonnes à Jorf Lasfar, soit 16 jours de consommation pour les unités 1 à 4 de Taqa, et 21 jours pour les unités 5 et 6 ; et 262.000 tonnes à Safi, soit 26 jours de consommation.
Pour ce qui est du charbon et du fuel, on a de quoi tenir un mois en moyenne. Ce qui rend, selon notre expert, la situation tendue, car les opérateurs ont besoin de libérer leur capacité d’approvisionnement.
« Le Maroc peut aller sur d’autres marchés pour s’approvisionner, bien sûr, mais les choses ne sont pas aussi simples que cela. Car au-delà de l’effet prix, il sera difficile de s’approvisionner de manière fluide, au vu des tensions sur le marché. »
D'après notre expert, la solution serait que les banques revoient leur position - qui n’est appuyée par aucun argument juridique -, ou que l'Etat intervienne pour lever ce blocage.
« Les banques justifient leur refus de payer les fournisseurs russes par le risque que cela peut comporter sur leur business en cas de sanctions. Leurs juristes n’autorisent pas ces transactions. Dans ce cas, l’Etat doit intervenir. S’il est légitime pour une banque privée de prendre des précautions pour son business, une banque publique peut assumer ce risque. La situation est urgente, et il s’agit d’une question de souveraineté économique et énergétique. Si demain il n’y a pas de charbon, comment va-t-on faire pour produire de l’électricité ? Si l'on n’a pas de fuel, peut-on se permettre un arrêt total de notre industrie ? », s’interroge notre expert.
Contacté par Médias24, le GPMB et la CGEM, membres de la cellule de veille où sont représentés également les ministères de l’Economie, des Finances et des Affaires étrangères, n’ont pas voulu s’exprimer sur le sujet pour l’instant.
Ralentissement manifeste des règlements financiers entre le Maroc et la Russie
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