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Les recommandations du CESE pour valoriser le patrimoine culturel du Maroc

S’étant saisi de la question de la valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel du Maroc, le président du CESE a rendu public ce vendredi 1er avril le fruit de son travail, au cœur du site historique du Chellah. Voici les principales recommandations.

Les recommandations du CESE pour valoriser le patrimoine culturel du Maroc

Le 2 avril 2022 à 7h26

Modifié 2 avril 2022 à 9h07

S’étant saisi de la question de la valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel du Maroc, le président du CESE a rendu public ce vendredi 1er avril le fruit de son travail, au cœur du site historique du Chellah. Voici les principales recommandations.

Malgré un remarquable patrimoine matériel constitué de nombreux sites qui le distinguent en Afrique et dans le monde arabe, et une riche composante immatérielle formée de rituels religieux, traditions culinaires, musiques, habillements, danses, savoir-faire ancestraux, le Maroc ne parvient toujours pas à en faire un véritable levier économique de développement, touristique notamment.

La nécessité et l'urgence de valoriser un héritage culturel inexploité

Les membres du Conseil économique, social et environnemental (CESE) se sont saisis en octobre dernier de cette question pour élaborer et présenter, cinq mois plus tard, un avis intitulé « Une nouvelle vision de gestion et de valorisation du patrimoine culturel ».

Invité par Médias24 à exposer ses motivations, le président du CESE, Ahmed Réda Chami, estime que la richesse non exploitée de cet héritage patrimonial séculaire justifie la nécessité et l'urgence de le valoriser. Et cela commence par une identification préalable de toutes ses composantes, matérielles et immatérielles. M. Chami nous répondait en marge de la rencontre organisée le vendredi 1er avril et consacrée à la restitution de l’avis du Conseil sur le patrimoine culturel.

Un répertoire précis du patrimoine matériel et immatériel

"Si le Maroc a fait beaucoup de progrès en termes de rayonnement culturel, avec une présence accrue au patrimoine universel de l’Unesco, et en offrant des expositions muséales qui n’ont rien à envier à celles de la planète, nous nous devions d’identifier notre patrimoine pour pallier les insuffisances d’inventaire de notre patrimoine culturel, en particulier immatériel plus difficile à lister que les monuments physiques."

"Selon les conclusions de notre rapport, la priorité est de mettre en œuvre une stratégie nationale qui permette de répertorier tout notre patrimoine culturel, qu’il soit matériel ou immatériel, en mobilisant des moyens qui soient plus adaptés, et une gouvernance unifiée et non plus éclatée ou en silos comme jusqu’ici", recommande le président du CESE.

"Cela dit, cette stratégie d’identification nationale ne devra pas se limiter à répertorier le patrimoine existant ; elle devra aussi intégrer les créations actuelles qui formeront le patrimoine culturel de demain, dans le cadre d’une cartographie patrimoniale qui soit constamment mise à jour."

Injecter des moyens et multiplier les partenariats

"Pour cela, il faut que les acteurs aient plus d’argent, spécialement le ministère de la Culture dont il convient d’augmenter le budget et les ressources humaines, et à qui il faut offrir des instruments académiques et technologiques pour remplir certaines missions, comme l’archivage qui demande des moyens particuliers."

"En effet, sachant que des pans du patrimoine immatériel peuvent se perdre avec, par exemple, la disparition de certains conteurs sans descendance de la place Jamaâ El Fna, l’Etat devra prévoir de débloquer des moyens pour que d’autres puissent prendre la relève", explique Chami pour qui cela ne devrait pas représenter un coût élevé.

Selon lui, en répertoriant la musique andalouse ou la danse taskiwine, ce patrimoine immatériel sera protégé, et valorisé de fait grâce à des droits d’auteur inexistants aujourd’hui.

"Hormis un effort budgétaire, il faudra également investir dans ce secteur à travers la multiplication des partenariats entre tous les acteurs concernés. C’est pourquoi il faut valoriser l’investissement, en créant des sociétés à but non lucratif, en mettant en place des partenariats public-privé, et en subventionnant des start-up afin de numériser notre patrimoine", suggère Ahmed Réda Chami.

Nécessité de créer un poste de 'Madame ou Monsieur Patrimoine'

"En dernier lieu, il faudra confier à une personne publique une mission de chargé du patrimoine, en nommant une personnalité reconnue pour son engagement culturel, qui mènera un plaidoyer efficace et trouvera des financements innovants pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine."

"Cette urgence de préservation s’explique par le fait que cet héritage joue non seulement un rôle de création de valeurs et d’emplois, mais aussi de sécurité identitaire qui relie des individus à une identité marocaine et les réunit via un patrimoine musical, architectural, culinaire…", souligne le président du CESE.

Voici les recommandations telles que présentées dans l'avis du CESE :

 - Consolider et dynamiser les institutions et les outils opérationnels au service du patrimoine culturel :

* en dotant le département en charge du patrimoine culturel de l’expertise et des moyens nécessaires lui permettant de cartographier, d’inventorier, de sauvegarder et de mettre en valeur le patrimoine culturel ;
*  en érigeant l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP) en établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière ;
*  en encourageant les partenariats entre la Fondation Nationale des Musées et les collectionneurs privés dans l’optique d’améliorer l’offre des musées et de les ouvrir davantage sur la société et la recherche.

- Accorder une attention particulière au patrimoine immatériel :

*  en réalisant des monographies régionales pour inventorier les richesses locales en la matière ;

* en renforçant sa codification et sa connaissance par des travaux académiques et scientifiques ;

* en soutenant les porteurs du capital immatériel pour assurer la transmission de ce patrimoine.

- Garantir un financement national pérenne et diversifier les sources de financement en ayant recours au partenariat public-privé et au tiers secteur pour la sauvegarde, la réhabilitation et la mise en valeur du patrimoine.

- Favoriser les projets de mise en valeur du patrimoine culturel matériel et immatériel dans le milieu rural (architecture, ksours, kasbahs, chants, danses, traditions, art culinaire, etc.), notamment dans les zones montagneuses et/ou défavorisées et les intégrer dans les circuits touristiques culturels.

- Encourager les entreprises à se spécialiser dans les métiers de restauration des sites et monuments historiques.

- Systématiser le recours aux technologies les plus avancées lors de la cartographie de l’inventaire et privilégier le recours aux services d’archivage digital.

- Charger une personnalité publique, jouissant d’une grande notoriété et dont la légitimité est reconnue, de :

*  mener un plaidoyer efficace pour sensibiliser sur les enjeux de la valorisation de l’histoire et du patrimoine culturel national ;

*  faire du lobbying auprès des parties prenantes et trouver des financements innovants pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine.

Ci-après, la présentation filmée des recommandations du CESE, en présence du ministre de la Culture :

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