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ECONOMIE

Face à la flambée des prix du pétrole, le gouvernement est acculé

Atteignant les 130 dollars, le cours du baril pourrait monter rapidement à 150 dollars. Un record inédit dans l’histoire de l’or noir, non sans répercussions sévères sur les prix à la pompe et le coût de la vie au Maroc. Le gouvernement doit agir tout de suite pour stopper l’hémorragie.

Prix des carburants au Maroc : évolution du gasoil et de l’essence selon le Conseil de la concurrence
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Le 8 mars 2022 à 20h05 | Modifié 9 mars 2022 à 16h21

Le dimensionnement ciblé des sanctions prises par l’Occident dans la foulée de l’invasion russe en Ukraine, qui ont contourné le secteur de l’énergie, n’a pas réussi à calmer le marché du pétrole. Après une accalmie d’une semaine où le prix du baril oscillait entre 92 et 99 dollars, le cours du pétrole a pris un trend haussier ces derniers jours, atteignant les 131,16 dollars à l’heure où ces lignes sont écrites. Et il se dirige, selon plusieurs experts, vers le prix record de 150 dollars. Un seuil jamais atteint auparavant…

Cette prévision reste l’une des plus optimistes ; certains experts mondiaux du secteur évoquant la possibilité d’un cours à 200 dollars, voire à 300 dollars en cas d’embargo contre le pétrole russe.

Cette hausse vertigineuse, causée d’abord par la reprise post-Covid, puis accélérée par la guerre en Ukraine, entraîne dans son sillage la montée des prix des produits raffinés importés par les opérateurs marocains.

Le gasoil GO 10 ppm CIF NWE, produit raffiné importé en masse, était à 620 dollars la tonne le 1er décembre dernier, lorsque le Parlement discutait le projet de loi de Finances 2022 (PLF-2022). Son prix dépasse aujourd’hui les 1.100 dollars, soit près du double en trois mois. Une hausse qui a été répercutée presque entièrement à la pompe, le gasoil se vendant désormais entre 11 et 11,24 dirhams le litre quand l’essence frôle les 13 dirhams. Du jamais vu dans nos stations-service !

Selon un expert du marché consulté par Médias24, on doit s’attendre à de nouvelles hausses lors des prochaines quinzaines : « Aujourd’hui, le cours du baril est à 130 dollars et on parle de 150 dollars comme cible à court terme. Donc peut-être que d’ici deux jours, les 1.100 dollars du prix du raffiné grimperont à plus de 1.200 dollars. On est sur une tendance haussière et on ne sait pas où elle va s’arrêter. »

Seul moyen pour amortir un peu le coût de l’approvisionnement actuel : acheter du pétrole-papier sur le marché des Futures. Là encore, la baisse n’est pas prévue avant trois mois, explique notre expert. « Si je veux acheter le baril sur papier pour le mois de mai prochain, les prix vont baisser en juin. Le cycle entre l’achat du brut et la production du gasoil est de trois mois. Donc théoriquement, toute chose étant égale par ailleurs, les prix du raffiné baisseront. Mais si la situation se corse, la donne peut changer. »

Le gouvernement ne veut pas le retour des subventions aveugles

Mais cela ne fera économiser que quelques dollars aux importateurs et la réalité du marché les obligera, du fait de la libéralisation du secteur, à répercuter les hausses à venir sur les prix à la pompe. Sauf s’ils décident de vendre à prix coûtant, ou de vendre à perte. Ce qui n’est pas envisageable dans un marché supposé être libre.

Le seul espoir pour les Marocains reste une intervention de l’Etat, seule entité capable de stopper cette flambée des prix. Le sujet qui était tabou au sein de l’équipe Akhannouch est aujourd’hui remis sur la table, car personne n’acceptera les prix actuels - encore moins un litre de gasoil à 13 dirhams, voire plus. Ni les citoyens, ni les transporteurs qui seront obligés, à leur tour, de répercuter la hausse des prix sur leurs prestations, ce qui fera flamber le coût de la vie de manière spectaculaire.

Une source gouvernementale nous a confié il y a quelques jours que l’exécutif étudie sérieusement le dossier et n’exclut pas d’intervenir pour bloquer les prix des hydrocarbures, comme pour d’autres matières très consommées par les Marocains pendant le ramadan.

Selon notre source, cette intervention prendrait la forme d’un plafonnement des prix et d’un retour des hydrocarbures dans le panier des produits subventionnés par la caisse de compensation.

« C’est la solution la plus logique et la plus rapide à mettre en place. Car la loi sur la liberté des prix octroie à l’Etat le droit d’intervenir sur un produit pendant une durée de six mois renouvelables. Pour le carburant, ce levier peut être activé facilement pour six mois, en attendant de voir comment les choses évolueront », nous dit aujourd’hui notre source.

Une idée qui diffère de celle avancée par le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, lors de son dernier point de presse du 3 mars. Le ministre a affirmé que le gouvernement étudiait en effet la possibilité d’intervenir en subventionnant le carburant, mais il a clairement indiqué que cette subvention ne ciblerait que les transporteurs, et non les citoyens. « On ne va pas subventionner quelqu’un qui se rend à Bouznika avec son 4x4 », a lancé Mustapha Baitas.

Ce qui veut dire que le gouvernement ne compte pas intervenir sur le marché, plafonner les prix, mais cibler directement les transporteurs dans l’objectif d’éviter une hausse du coût du transport et donc une hausse des prix des produits alimentaires, des prix des transports publics et autres… Une philosophie assez différente de celle du plafonnement qui vise, elle, à protéger toutes les couches de la société, transporteurs comme citoyens. Reste à connaître les mécanismes de ciblage que le gouvernement compte mettre en place et qui peuvent s’avérer, selon une source du secteur, assez compliqués.

« Si le ciblage était possible, on l’aurait fait il y a longtemps. Sauf si le gouvernement nous prépare une innovation qui permettrait de fluidifier les choses, recenser tous les transporteurs et mettre en place un mécanisme de compensation mensuel, par exemple sur la base des factures qui seront présentées par les sociétés de transport. Pour les transports publics, ce sera encore plus compliqué, car si on peut connaître les sociétés organisées de transport de marchandises ou de personnes, comment peut-on gérer tous les conducteurs de taxi par exemple, savoir combien ils ont consommé, gérer le flux massif des aides qui vont être demandées… Et si l’on se dirige vers cette solution, quel sera le sort du citoyen lambda, qui a également le droit d’être protégé par l’Etat ? », s’interroge notre source. Celle-ci estime que le plafonnement, même s’il a le défaut de cibler les milieux modestes, la classe moyenne et les catégories aisées en même temps, a l’avantage de calmer immédiatement cette fièvre et de couvrir tout le monde, comme au bon vieux temps de la compensation.

En tous les cas, compte tenu des données actuelles du marché mondial, le gouvernement est appelé à intervenir en urgence. « On n’a plus le luxe d’attendre. Le baril se dirige vers les 150 dollars, c’est presque une certitude. Si cela se réalise, les prix à la pompe vont exploser. Le gouvernement doit sortir sa carte tout de suite pour empêcher le désordre social », soutient notre source.

Faire du hedging ou appeler les distributeurs à mettre la main à la poche

Ces deux solutions sont-elles les seules à pouvoir être activées ? Non. D’autres options existent et seront moins coûteuses pour les finances publiques. Parmi elles : faire participer les distributeurs à cet effort de guerre.

« Les opérateurs ont suffisamment de gras et ont fait des marges astronomiques après la libéralisation. L’Etat peut les impliquer dans cette période de crise, en leur demandant de vendre à prix coûtant et de supprimer leurs marges bénéficiaires. Cela diminuera le coût de l’intervention de l’Etat et redorera l’image des pétroliers, qui ont mauvaise presse auprès des citoyens », souligne une de nos sources.

Autre option envisageable : recourir au hedging, une sorte d’assurance souscrite à l’international qui est activée lorsque le prix du baril dépasse un certain prix. Ce mécanisme a déjà été testé en 2013 par le gouvernement Benkirane quand il y avait des craintes sur une hausse du baril.

Pour un fin connaisseur du marché pétrolier, c’est l’option idéale. « On l’a fait une fois, mais ça a été une mauvaise expérience car elle est intervenue dans un mauvais timing. On a payé une assurance contre la hausse des prix, alors que les prix ont baissé. C’est de l’argent qui est parti pour rien. Mais là, si on l’avait fait au moment du projet de loi de Finances, ça aurait été une très bonne chose. Les organismes internationaux auraient supporté la différence de prix actuelle entre ce qui était prévu dans le PLF et les cours du marché. Ce qui aurait pu maintenir la stabilité des prix à la pompe », explique notre expert.

Mais concrètement, comment l’Etat pourra faire du hedging sur un produit qu’il n’importe pas et dont il ne fixe pas les prix, libéralisation oblige ? En 2013, cette solution était possible car les hydrocarbures étaient encore subventionnés par la caisse de compensation et le hedging couvrait en réalité les dépenses de cette caisse.

Pour notre expert, le hedging reste possible malgré la sortie des hydrocarbures du panier de la compensation. Au lieu de jouer sur les dépenses de compensation, le hedging se ferait selon lui sur la taxe intérieure de consommation (TIC). Autrement dit, l’Etat garantit aux distributeurs un prix donné et joue sur la TIC payée par ces distributeurs pour permettre une transmission des prix au consommateur final. Cela réduirait les recettes de la TIC de l’Etat mais maintiendrait la stabilité des prix à la pompe. Et cette baisse des recettes de la TIC sera payée, in fine, par les organismes internationaux détenteurs du contrat du hedging Maroc.

Une solution d’ingénierie financière qui peut être intéressante, plus facile à établir que toutes les autres solutions. Encore faut-il que le gouvernement l’active dès à présent, tant que les cours sont à un niveau encore moins spectaculaire… Mais il n’est pas certain qu’il pourra y parvenir, compte tenu de la conjoncture et du niveau faramineux de primes qui lui serait demandé.

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