Transformation digitale : constats et recommandations du CESE
Le Conseil économique, social et environnemental a livré, le mercredi 19 janvier, son avis intitulé «Vers une transformation digitale responsable et inclusive». Il y dresse ses recommandations.
Le Maroc a certes pu mettre en place plusieurs projets de transformation digitale de l’administration et des services publics, surtout en période de crise sanitaire, toutefois, note le Conseil économique, social et environnemental (CESE), la majorité des procédures administratives restent informationnelles ou à sens unique, souvent complexes et incomplètes. Moins du quart (23%) des services sont complètement dématérialisés, poursuit le CESE.
Constats alarmants
Au niveau de l’éducation, des efforts en matière d'équipement de 87% d’établissements scolaires ont été mis en place dans le cadre du programme GENIE, et plusieurs initiatives ont été lancées pendant le Covid (TelmidTice..). Mais la fracture numérique s’accentue : environ 40% des élèves n’ont pu suivre valablement l’enseignement à distance pendant le confinement.
Concernant la santé, l’absence d'un dossier médical digital et le retard de la télémédecine laissent penser que la digitalisation doit être renforcée au niveau de ce secteur.
Au niveau des banques et assurances, il est nécessaire de faire face à la prédominance des espèces ainsi qu'au retard du paiement mobile et de la dématérialisation des prestations d’assurance. En agriculture, plusieurs actions restent à poursuivre pour aboutir à une agriculture de précision.
Concernant l’industrie, la maturité de la digitalisation reste hétérogène, selon la taille et le secteur de l’entreprise. Du côté du tourisme, la marque digitale “Maroc” devra être renforcée. Il faut également souligner l’absence de plateforme nationale de réservation.
Le CESE a également relevé le retard que connaît l’e-commerce en raison de la défiance à l'égard du numérique et le non-développement du paiement en ligne. Du côté de la culture et des médias, la même source souligne qu’il n’y a que peu d’acteurs de contenu culturel en ligne (streaming de films, bibliothèque en ligne..)
En termes d'infrastructures, le Maroc dispose d’une bonne couverture internet (93% de la population dispose de la 4G, et 97% de la 3G), avec un taux de pénétration de téléphonie mobile élevé, et ce, avec une abordabilité relative de l’internet mobile au prix moyen de 9,8DH/Gb (soit le 7e moins cher en Afrique).
Les recommandations du CESE
La CESE a donc émis différentes recommandations pour faire face à ces nombreux défis. Le centre appelle à adopter une vision claire, avec des objectifs orientés vers une transformation digitale inclusive et responsable à travers différentes actions :
- Assurer, dans un délai maximal de trois ans, un accès généralisé à l’Internet haut débit et très haut débit, à l’ensemble de la population, avec une qualité de service satisfaisante et un prix concurrentiel abordable.
- Moderniser les services administratifs à travers la digitalisation de l’ensemble des procédures administratives, dans un délai de trois ans, ce qui permettra d’économiser 718 millions d’heures de travail par an, soit 1% du PIB (plus de 10 MMDH) ;
- Augmenter la contribution du secteur TIC à plus de 10% du PIB d’ici cinq ans (actuellement à environ 5%) ;
- Lancer au moins une "licorne" marocaine dans le domaine de l’IA, la Fintech ou l'Agrotech d’ici cinq ans.
- Mettre en place une politique nationale dédiée à l’intelligence artificielle (IA) en lui accordant la priorité dans le chantier de la transformation digitale au vu de son importance capitale aux plans stratégique et économique.
- Se doter d'un cadre réglementaire complet, adapté et en phase avec l'évolution de la digitalisation au niveau international.
- Renforcer la cybersécurité et la souveraineté numérique.
- Accélérer la transformation digitale des entreprises et dynamiser l’industrie du digital en s’appuyant sur des partenariats public-privé (PPP).
- Promouvoir la recherche et développement en matière de transformation digitale.
- Promouvoir les startups impliquées dans la création d’outils et d’applications numériques dédiés à la promotion du contenu culturel marocain.
- Accélérer le déploiement du paiement mobile avec l’interopérabilité à l’échelle nationale pour rattraper le retard accusé en matière d’inclusion financière et diminuer l’usage du numéraire.
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