Création d’un million d’emplois : voici ce que l’on sait

Plus d'un mois après la nomination du gouvernement, les contours de son plan pour créer un million d'emplois nets en cinq ans ne sont toujours pas explicitement diffusés. Néanmoins, des indices montrent que le gouvernement compte avant tout sur les stratégies sectorielles, notamment dans l'agriculture et l'industrie, ainsi que sur le programme Awrach programmé pour 2022 et 2023.

Le Chef du gouvernement, M. Aziz Akhannouch préside une réunion avec les directeurs des CRI

Création d’un million d’emplois : voici ce que l’on sait

Le 23 novembre 2021 à 15h56

Modifié 23 novembre 2021 à 16h59

Plus d'un mois après la nomination du gouvernement, les contours de son plan pour créer un million d'emplois nets en cinq ans ne sont toujours pas explicitement diffusés. Néanmoins, des indices montrent que le gouvernement compte avant tout sur les stratégies sectorielles, notamment dans l'agriculture et l'industrie, ainsi que sur le programme Awrach programmé pour 2022 et 2023.

Younes Sekkouri a été de nouveau interpellé, ce lundi 23 novembre, dans la séance des questions orales au Parlement, au sujet du programme gouvernemental d’emploi.

L’intitulé même de son département – ministère de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences – en fait un ‘super ministre’ de l’emploi comme on en a rarement connu par le passé. Car il est censé être également le ministre de ceux qui ne travaillent pas, en plus de ceux qui ont un emploi.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement hérite d’une situation où l’emploi est une priorité absolue, au vu des vagues actuelles d’entrants sur le marché du travail (300.000 personnes en moyenne), et de la hausse du chômage urbain, notamment chez les jeunes. Un gouvernement dirigé par un parti qui a promis de créer 1 million d’emplois en cinq ans.

Ce que l’on sait, c’est que le chef du gouvernement en fait une priorité et que Younes Sekkouri a entamé, dès sa nomination, une tournée pour recueillir les idées et les données à travers les régions. Ces dernières seront en effet sollicitées pour concrétiser la promesse de 1 million d’emplois nouveaux.

On sait également que le programme Awrach va créer des emplois temporaires, à l’intention de ceux qui ont perdu leurs revenus pendant l’épidémie. Pas moins de 250.000 emplois devraient être créés en deux ans, dont certains ne seraient pas temporaires. Il faudra également compter sur l’économie sociale et le programme Forsa [opportunité] qui favorisera l’accès des jeunes à l’auto-emploi. Les 250.000 emplois du programme Awrach sont financés par une dotation publique de 2,25 milliards de DH.

Hormis le fait que Akhannouch se montre particulièrement motivé par la création du million d’emplois, que Sekkouri semble être à même de proposer les solutions les plus innovantes dans ce domaine qu’il connaît bien, on n’en sait pas davantage pour le moment, car le plan n’est pas encore finalisé.

On pourrait presque dire qu’on en est aux études préliminaires. D’ailleurs, la communication du gouvernement à ce sujet manque de cohérence.

Au cours de la discussion du PLF 2022 (projet de loi de Finances) en commission à la Chambre des représentants et selon le rapport de la commission parlementaire, le gouvernement a annoncé les objectifs suivants en termes d’emplois :

450.000 emplois sont prévus dans la pêche maritime et l’industrie agro-alimentaire.

400.000 emplois vont être générés par le renforcement de l’intégration locale dans des industries à forte intensité de capital.

100.000 emplois sont prévus dans le cadre de la stratégie de substitution de 34 milliards d’importation par une production locale.

50.000 emplois concerneront le recrutement dans la fonction publique.

Ce lundi 23 novembre, Younes Sekkouri, a déclaré en réponse à des questions orales au Parlement, que les objectifs de création d’emploi devaient se traduire dans l’exécution et la budgétisation des plans sectoriels. Et ce, en plus des fameux 250.000 emplois bien entendu.

Il a ainsi rappelé quelques objectifs, dont 100.000 emplois pour la politique de substitution aux importations, 200.000 emplois pour Génération Green, 100.000 pour Halieutis et 100.000 pour des services sociaux comme la généralisation du préscolaire. À cela s’ajoutent les plans d’accélération industrielle et les programmes d’aide à l’auto-emploi comme Forsa et Intelaka.

Il a aussi évoqué l’importance de la prochaine réforme de la Charte de l’investissement pour l’encouragement du secteur privé dans la création d’emplois. Le rapport sur le Nouveau Modèle de développement avait en effet noté la faiblesse de la part du secteur privé dans l’investissement et la création d’emplois au Maroc.

1,5 million de demandeurs d’emploi

Selon Ahmed Lahlimi, près de 300.000 nouvelles personnes arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. À cela s’ajoute un vivier de demandeurs d’emploi de près de 1,5 million, selon les chiffres du HCP, pour le troisième trimestre de 2021.

En 2019, la dernière année avant-crise, l’économie marocaine avait créé 165.000 emplois nets. Le secteur des services avait alors créé 267.000 emplois, tandis que le secteur de l’agriculture, forêt et pêche avait perdu 146.000 emplois. Quant à l’industrie, y compris l’artisanat, elle n’avait créé que 17.000 emplois, alors que le BTP en avait créé 24.000.

En 2020, les chiffres du HCP indiquent que 46% de la population active occupée exerce dans les services, 31% dans l’agriculture, forêt et pêche, et 23% seulement travaille dans l’industrie, y compris le bâtiment. Présentés ainsi, les chiffres du HCP peuvent paraître incohérents avec les ambitions du gouvernement.

Des objectifs faisables

Selon Adil Khalis, économiste expert en emploi et entrepreneuriat, contacté par Médias24, « il ne faut pas chercher le million d’emplois prévus par le gouvernement dans les chiffres du HCP, car les méthodes de calcul sont différentes, ni raisonner en termes de relation croissance du PIB et création d’emploi, car elle n’est plus valide selon la loi d’Okun ou du moins très peu significative depuis plus d’une dizaine d’années au Maroc ». 

« Alors que le gouvernement se base, dans sa mesure des emplois créés, sur les emplois nets déclarés à la CNSS, le HCP suit une méthode préconisée par le Bureau international du travail (BIT), qui est basée sur des enquêtes sur un échantillon », précise-t-il.

Par conséquent, selon lui, le chiffre de 1 million d’emplois est réalisable au vu du potentiel économique du pays, lequel a permis, malgré la crise, une création de 720.534 emplois entre 2017 et 2020. Donc ce potentiel, combiné entre autres au programme Awrach qui compte créer 250.000 emplois temporaires en deux ans, ne pourrait que favoriser cet objectif.

Pour Adil Khalis, Awrach est un programme du type “Cash for work” préconisé par l’Organisation mondiale du travail (OIT) en période de crise pour booster la demande intérieure, qui est un déterminant clé pour favoriser la relance.

Ce genre de programme repose en général sur les travaux publics, d’où le nom “Awrach” (chantiers). Mais selon cet économiste, “c’est une mesure court-termiste qui contribue peu à l’emploi durable et de qualité”. C’est pourquoi il recommande de l’accompagner par la création d’emplois dans des services sociaux de proximité, gérés par le secteur associatif.

Cette mesure est justement prévue par le gouvernement, d’après Mustapha Baitas, qui s’exprimait lundi dernier à la Chambre des représentants. Il a notamment déclaré que le programme Awrach reposait aussi sur l’économie sociale et la société civile.

Cette décision est effectivement en cohérence avec les orientations du Nouveau Modèle de développement qui recommande de considérer la société civile et l’économie sociale et solidaire comme un secteur économique à part entière, créateur de valeur et d’emplois.

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