Covid-19 : le virus s’est durablement installé au sein de la population (experts)

La période d’accalmie sanitaire, actuellement observée au Maroc précèdera-t-elle un énième rebond épidémique, notamment à l’approche de la saison hivernale ? Depuis le début de la pandémie, l’évolution sanitaire tend vers une installation durable de ce virus, dans la population générale et nous contraint à composer avec des phases d’alternance.

Covid-19 : le virus s’est durablement installé au sein de la population (experts)

Le 23 octobre 2021 à 13h00

Modifié 25 octobre 2021 à 9h17

La période d’accalmie sanitaire, actuellement observée au Maroc précèdera-t-elle un énième rebond épidémique, notamment à l’approche de la saison hivernale ? Depuis le début de la pandémie, l’évolution sanitaire tend vers une installation durable de ce virus, dans la population générale et nous contraint à composer avec des phases d’alternance.

Jusqu’à quand allons-nous devoir composer avec le virus du Covid-19 ? Cette question taraude nombre de citoyens lambda, responsables politiques, personnalités scientifiques, dirigeants d’entreprises, acteurs du monde culturel et artistique – bref, tout le monde.

Une autre nous trotte également dans la tête : allons-nous devoir nous habituer à une alternance entre des phases d’accalmie et de rebond épidémique – les fameuses vagues dont il est question, depuis le début de la pandémie – et par conséquent, vivre dans la crainte que ces accalmies ne soient que d’éphémères périodes de « pauses » avant une nouvelle vague (et son lot de restrictions) ?

Autant le dire tout de suite : la réponse à ces deux questions ne satisfera personne, tout simplement parce qu’aucun scientifique n’est en mesure, pour l’instant, d’apporter des éléments de réponse parfaitement clairs et définitifs. En effet, ces réponses ne sauraient être clivées autour d’un « oui » ou d’un « non ». Au contraire : la nuance – et la prudence – sont de mise, dans les réponses qui peuvent être apportées pour l’heure.

Le virus s’est « durablement » installé dans la population générale

Joint par Médias24, le Dr Kamal Marhoum El Filali, chef du service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, se montre humble dans son analyse : « Nous sommes face à une maladie nouvelle que nous ne connaissions pas il y a deux ans. Nous sommes toujours en train d’apprendre. Au tout début de la pandémie, le corps scientifique avait soulevé l’hypothèse, selon laquelle cette maladie disparaîtrait, aussi vite qu’elle est apparue. Cette hypothèse reposait sur ce qui c’était passé en 2002-2003, avec l’épidémie de SRAS – qui était aussi une maladie à coronavirus – et dont la disparition avait été, aussi, rapide que l’apparition. »

« Or, le temps nous a bien montré que cette hypothèse n’est pas plausible : depuis décembre 2019, la situation évolue plutôt en faveur de l’installation, de ce coronavirus dans la population générale. Plus encore, ce virus est changeant, avec des variants qui apparaissent. Dans ce cas, nous privilégions plutôt une hypothèse de persistance du problème ; soit de façon permanente avec une certaine fréquence continue ; soit sous forme de vagues. Et ces vagues, c’est justement ce que nous observons, depuis de longs mois », ajoute le Dr El Filali.

« Honnêtement, oui, je pense que nous allons devoir nous habituer à cette alternance », abonde de son côté le Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé, également contacté par Médias24. « Ceci dit, la crainte de nouvelles vagues doit nous inciter à prendre les bonnes décisions, c’est-à-dire à maintenir les mesures barrières dans les espaces clos. Il y aura très probablement une nouvelle vague en fin d’année, pendant la période hivernale. C’est en effet la nature d’une épidémie que d’évoluer par vagues. Le relâchement des gestes sanitaires provoque une remontée des cas, suivie d’une baisse, puis à nouveau une remontée des cas pour la même raison, à nouveau suivie d’une baisse, etc. », explique le Dr Hamdi.

Une nouvelle vague n’est effectivement pas à exclure, confirme le Dr El Filali. L’approche de la saison hivernale suppose que les gens vont vivre davantage dans des lieux clos, de surcroît non aérés.

Trois vaccinations, la condition d’une très longue immunité ?

Autre question : une fois entièrement vaccinés, pendant combien de temps sommes-nous considérés comme protégés ? « De nombreuses études affirment, abstraction faite pour les personnes âgées et les personnes présentant des comorbidités, que la protection vaccinale s’étend au-delà de 8 mois, voire une année. Mais elle diminue avec le temps », prévient le Dr Hamdi.

« Une baisse d’anticorps ne signifie pas que nous ne sommes plus du tout protégés : en fait, nous ne connaissons pas exactement le seuil d’anticorps, au-dessus duquel nous sommes protégés et en-dessous duquel nous ne le sommes plus. Le dosage des anticorps est donc un indicateur et pas une preuve en soi. Une baisse d’anticorps pourrait – je dis bien « pourrait », au conditionnel – signifier une baisse de l’efficacité du vaccin et de l’immunité. Mais encore une fois, aucune étude ne soutient qu’après six, sept ou huit mois, les personnes entièrement vaccinées ne sont plus du tout protégées. »

Le Dr Tayeb Hamdi rappelle, également, que « notre corps dispose d’un autre type d’immunité qui le protège, qui est celui de l’immunité cellulaire, à savoir les lymphocytes T ».

« Ceci dit, nous constatons une baisse des anticorps chez les personnes âgées et celles porteuses de maladies chroniques, ce qui laisse penser qu’après un certain temps, l’immunité peut, effectivement, avoir tendance à diminuer. Ce constat ouvre la voie à deux questions : faut-il injecter une troisième dose à tout le monde ? Et après avoir reçu cette troisième dose, pendant combien de temps sommes-nous protégés ? Nous avons tendance à penser qu’un régime standard de trois injections pourrait générer une forte immunité susceptible de durer des années. »

« Le vaccin n’agit pas à 100% sur la transmission »

Le Dr Hamdi se montre prudent : « Nous ne sommes pas à l’abri de l’introduction de nouveaux variants, même avec une couverture vaccinale importante. Certains pays présentent, en effet, une forte couverture vaccinale, mais dans d’autres pays, ce n’est pas du tout le cas. Dans la mesure où les liaisons aériennes ont été rétablies, si un variant apparaît dans un pays à faible couverture vaccinale, il se répandra inévitablement dans les autres pays. Nous ne pouvons pas « enfermer » un virus : la vaccination doit être massive et rapide pour ne pas laisser la possibilité au virus de muter. Or cette vaccination n’est pas massive et rapide, dans tous les pays. »

Pour le Dr Marhoum El Filali, la combinaison des mesures barrières (notamment le port du masque) et de la vaccination doit être maintenue. « Nous savons très bien que la vaccination n’empêche pas la transmission du virus. Elle réduit simplement le nombre de décès et de cas sévères qui nécessitent une réanimation, ainsi que le nombre de cas symptomatiques. Mais au niveau de la muqueuse ORL (nez, gorge), c’est-à-dire là où se multiplie le virus, ce dernier continue à se multiplier, y compris chez les personnes vaccinées. Autrement dit, une personne vaccinée peut être contaminée, porter le virus dans la région OR et le diffuser autour d’elle. Le vaccin n’agit donc pas à 100% sur la transmission, d’où le maintien des gestes barrières. »

Autant dire que le masque a encore de beaux jours devant lui…

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