Conseil de Bank Al Maghrib : Abdellatif Jouahri prévoit au moins 6,2% de croissance en 2021
VERBATIM. Lors du traditionnel point de presse qui suit le conseil, Abdellatif Jouahri s’est livré volontiers, comme à son habitude et avec franc-parler, à l’exercice des questions réponses des journalistes. Plusieurs sujets ont été évoqués. Verbatim.
La Banque centrale a tenu, ce mercredi 13 octobre, son troisième conseil relatif à la politique monétaire. Un conseil qui a duré plus de 5h30, plus longtemps que les précédents, assure le Gouverneur de Bank Al Maghrib et à l’issue duquel, il a été décidé, sans surprise, le maintien inchangé du taux directeur à 1,5%.
Une prévision de croissance en hausse
Bank Al Maghrib a également revu à la hausse sa prévision de croissance pour 2021 à 6,2%, en révision à la hausse de 0,9 point par rapport aux prévisions de juin dernier.
« C’est le taux le plus élevé de la région Mena », insiste le Gouverneur. Cette révision a pris en considération les dernières données des comptes nationaux, relatives au deuxième trimestre de 2021, indiquant une croissance de 15,2%, en glissement annuel, avec des progressions de 18,6% de la valeur ajoutée agricole et de 14,8% de celle des activités non agricoles.
Dans son commentaire, le Wali a laissé entendre qu’une autre révision n’est pas à exclure, même si elle ne serait pas aussi importante.
« Nous attendons avec impatience les chiffres du troisième trimestre, si on les avait on serait mieux, à même, d’apprécier ce que peut être l’évolution. Il y a l’effet rebond, mais il y a aussi tous les autres facteurs qui ont joué comme l’accélération de la vaccination, le stimulus budgétaire, la récolte céréalière, la politique accommodante qui permet de pousser la croissance au-delà de 6% ».
Changes : « le Dirham n’est pas désaligné »
Le Wali s’est également longuement exprimé sur la thématique relative au change, en répondant à diverses interrogations des journalistes sur la question, notamment celle des interventions de la Banque centrale, au niveau du marché bancaire de la devise.
La position des banques en devise est passée d’une position courte de moins 1,8 milliard de DH (MMDH) à une position longue de pratiquement 10 MMDH en raison, explique le Wali, d’une « accélération du flux des transferts des MRE vers le Maroc. En 2021, la prévision est de 87 MMDH, un chiffre record »
« Bank Al Maghrib a temporisé avant d’intervenir, car on s’attendait à un retour à une situation normale sur le marché interbancaire. Mais le changement de position de 1,8 MMDH à 10 MMDH et le fait que la cotation sur le marché interbancaire soit à la limite inférieure de 5% », les ont poussée à intervenir, après s’être assuré « que la situation n’est pas structurelle ».
« Le Dirham n’est pas désaligné, ce n’est pas un problème structurel », assure le gouverneur. La Banque centrale a fait « toutes les évaluations de la valeur du dirham, par toutes les méthodes adoptées par le FMI et nous les avons confrontées avec les spécialistes du fonds, pour nous assurer que nos calculs sont bons ».
Si c’était un problème structurel, « nous aurions dû accélérer la migration, au niveau des étapes ou élargir plus ou aller vers autre chose », explique-t-il. Le problème étant conjoncturel, la Banque centrale a décidé de passer à l’achat de tous les excédents de devises sur le marché interbancaire sans limite.
Depuis le début de l’opération, le volume racheté est de 880 millions de dollars, faisant passer la position des banques de 10 MMDH à un peu plus de 3 MMDH.
Une commission multipartite pour analyser la hausse des transferts MRE
La hausse remarquable des transferts des MRE intrigue. Après un accroissement de 4,9% en 2020 des transferts des MRE que beaucoup ont expliqué par un élan de solidarité, faute de pouvoir voyager à la mère patrie, la progression des transferts s’est poursuivie en 2021 plus fortement qu’en 2020.
Ces transferts afficheraient une progression importante pour atteindre un record de 87 milliards de dirhams, en sachant qu’une opération Mahraba spéciale a été organisée, cette année, pour permettre aux Marocains du Monde de rentrer au pays.
L’élan de solidarité, seul, expliquerait-il cette hausse ou y-a-t-il d’autres explications ? A cette question de Médias24, Abdellatif Jouahri émet plusieurs hypothèses.
« Peut-être c’est la générosité, peut-être est-ce une épargne qui a été accumulée de l’autre côté, par cette période difficile mais certains pays européens parlent dans les campagnes électorales de taxer l’épargne… il ne faut pas exclure la convention OCDE, peut-être, est-ce une reprise des investissements des MRE au Maroc, à cause d’une conjoncture atone dans les pays de résidence … Peut-être qu’il y a autre chose, surtout c’est quoi ? », déclare-t-il.
Dans cette recherche d’explication, une commission multipartite a été constituée, composée de la Banque centrale, les finances, la DGI, l’office des changes, le GPBM.
Quand cette commission avancera sur son travail et « lorsqu’on aura approfondi les différents facteurs et vu de plus près tous ces éléments, nous serons en mesure de vous dire ce qui joue le plus dans cette hausse. Quel est le facteur le plus important ? ».
Le GPBM est appelé à entamer les premiers rapprochements avec les MRE pour mener les investigations. Jouahri promet une réponse objective et rigoureuse dans quelques mois.
Changement d’actionnariat de Crédit du Maroc
En réponse à une question du confère Bloomberg, Abdellatif Jouahri s’est exprimé, sur les discussions entamées pour l’acquisition par Holmarcom des parts de Crédit Agricole France dans Crédit du Maroc. Une opération qui a besoin de l’aval de la Banque centrale.
« La loi bancaire est claire, s’il y a changement de contrôle d’une banque, cela donne lieu à un nouvel agrément. Il appartient donc à la Banque centrale d’examiner le dossier, dans toutes ces composantes pour dire oui, non, à quelles conditions si elle dit oui, si elle refuse elle apporte les justifications », avance-t-il.
Et d’ajouter, « de toute façon les discussions sont au stade préliminaire ». « J’ai reçu un coup de téléphone des hauts responsables français qui m’ont expliqué les raisons derrière leur volonté de sortir de la banque du détail. Ils ne quittent pas le Maroc totalement », affirme le Gouverneur.
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