Au sein du PJD, confusion et incertitude à un mois du congrès extraordinaire
L'après 8 septembre est toujours aussi mal vécu au PJD. Entre ceux qui appellent au retour de Benkirane et ceux qui appellent à l'autocritique et au renouveau, les dirigeants du parti gardent le mutisme.
Trois semaines après sa débâcle historique aux élections du 8 septembre, le PJD a toujours du mal à s'extraire de la gueule de bois dans laquelle il s’est mis. A quelques semaines de son congrès extraordinaire, à part quelques timides voix qui appellent à l’autocritique et au renouveau, aucune option claire ne se dégage de la direction future que doit prendre le parti.
Chez les militants, c’est la confusion totale qui règne, c’est ce que nous révèle un membre influent de la jeunesse du parti. Il faut dire que le silence est assourdissant chez les leaders, qui se limitent à exprimer leur incompréhension des résultats catastrophiques du 8 septembre.
Est-ce par manque d’audace ou par manque d’idées ? En tout cas, à ce jour, très peu d’options sont mises sur la table et aucune d’elles ne paraît convaincre les membres du PJD.
Suite à la démission de l’ensemble du secrétariat général du PJD, le conseil national du parti avait appelé à un congrès extraordinaire fixé à fin octobre. Selon nos informations, il ne sera pas question de présenter ou d’adopter une motion lors de ce congrès.
En effet, l’ordre du jour sera simplement d’élire un nouveau secrétaire général et de voter un report de six mois pour le congrès ordinaire qui était prévu en fin d’année. Toutefois, on peut en apprendre plus sur la direction que prendra ce parti dans l’avenir, quand la personnalité du nouveau secrétaire général sera connue.
Le retour de Benkirane… pour sauver le parti
Face à l'absence d’un débat de fond, l’idée d’un retour de Benkirane à la tête du parti fait son chemin chez une partie des militants, nous assurent quelques voix informées. Mais à ce stade, il ne s’agit que de discussions de couloir (ou de Whatsapp), aucun dirigeant n’a encore soutenu officiellement cette idée.
Même s’il a été le premier à appeler El Otmani à démissionner, Abdelilah Benkirane, lui-même ne s’est toujours pas exprimé sur l'avenir du parti ni son éventuel retour.
Ceux qui défendent ce choix avancent la priorité de “sauver le parti de la situation d’agonie dans laquelle il se trouve”, nous révèle un membre actif du PJD. Pour lui, Benkirane pourra passer le flambeau à la jeune génération, une fois que le parti aura retrouvé une certaine unité et sérénité.
Il faut dire que Benkirane a toujours la côte chez une partie des militants. L’image qui en est cultivée au sein du parti est celle d’une personnalité politique forte et audible, capable de diriger et d’unifier.
A l’opposée, ceux qui sont contre cette option, avancent que le parti doit pouvoir passer à la génération suivante. Pour eux, on ne peut pas faire du neuf avec du vieux, pour les idées, comme pour les personnes.
Un appel à l’autocritique et au renouveau
Abdelali Hamidine a été l’une des rares figures du PJD à présenter un appel à l’autocritique et au renouveau pour élaborer une nouvelle vision politique. Toutefois, son message n’a eu que très peu d’échos et n’a pas suscité le débat souhaité.
Dans une tribune, publiée le 15 septembre dans plusieurs médias en langue arabe, Hamidine appelle à dépasser la logique à se défausser de l'échec. Pour lui, faire porter le chapeau à d’autres parties ne fera qu’aggraver la crise.
Selon lui, il faudra sortir de la pensée traditionnelle portée par la génération des fondateurs, en encourageant la critique libre et rationnelle. Car il pense que le PJD est encore “prisonnier de l’histoire de la naissance du mouvement islamiste”.
“Le complexe de l'appartenance historique à la mouvance islamiste a été un frein dans un bon nombre de choix du parti, notamment dans sa relation avec d’autres classes politiques et sociales”, estime-t-il.
Il pense aussi que “l’alternance au sein même de la génération des fondateurs n’est pas une réponse convenable” à la crise que vit le PJD en ce moment. Or, dans une interview accordée plus récemment à nos confrères de Febrayer, il admet qu’un retour de Benkirane pourrait contribuer au “sauvetage du parti”.
Il appelle également à se libérer de la relation qu’entretient le parti avec des associations de prédication. Il faut y lire une critique à peine cachée de la relation entre le PJD et le mouvement de l’unicité et de la réforme (MUR), une relation aux frontières floues et imprécises.
Pour lui, les positions d’un parti politique doivent être régies par l’intérêt national et ne doivent pas interférer avec les positions d’une organisation qui opère dans un champ différent qui a ses propres spécificités.
Il appelle finalement à développer une vision claire pour une “démocratie consensuelle”, basée sur une approche d’accord avec tous les acteurs pour bâtir une reconnaissance mutuelle au-delà du moment électoral.
Bref, les militants restent sous l'effet de la sidération provoquée par les résultats; les dirigeants sont muets; jamais le PJD n'a été aussi peu présent et si peu audible.
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