img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
CULTURE

Découverte des plus anciens éléments de parure de l'histoire dans une grotte à Essaouira

Les artefacts fabriqués à partir de coquilles de Tritia gibbosula constituent les plus anciens éléments de parure découverts à ce jour.

Découverte des plus anciens éléments de parure de l'histoire dans une grotte à Essaouira
©CNRS
Par
Le 23 septembre 2021 à 13h58 | Modifié 23 septembre 2021 à 14h29

Une équipe internationale de l'Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) relevant du ministère de la Culture, de l’Université d’Arizona (Tucson, USA) et du Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe Afrique (CNRS, LAMPEA, Aix-en-Provence, France) vient d’annoncer la découverte de 32 coquilles façonnées de gastéropodes marins dans un niveau datant de 142.000 à 150.000 ans, dans la grotte de Bizmoune à Essaouira.

Ces artefacts, fabriqués à partir de coquilles de Tritia gibbosula (anciennement Nassarius gibbosulus), constituent les plus anciens éléments de parure découverts à ce jour, lit-on dans un communiqué publié sur le site du ministère de la Culture, précisant que l’étude est publiée dans la revue "Science Advances".

"L’utilisation de ces coquillages marins, probablement en pendentif, témoigne d’un comportement symbolique très ancien chez notre espèce, Homo sapiens", souligne la même source, expliquant que les premières découvertes ont été réalisées, dans des sites du Levant datant d’environ 135.000 ans ainsi qu’en Afrique du Sud vers 76.000 ans.

Et d’enchaîner que "d’autres sites d’Afrique du Nord avec la même espèce de gastéropodes marins ont été datés entre 116.000 et 35.000 ans. Grâce à des datations croisées à hautes résolutions (déséquilibre uranium-thorium) les découvertes de Bizmoune vieillissent les premiers témoignages de ce comportement symbolique, durant une période géologique froide et aride du Pléistocène (Stade Isotopique Marin 6)".

"Comme nos contemporains, les anciens groupes humains utilisaient probablement des perles de coquillages pour décorer leurs corps et leurs vêtements", relève le document, expliquant qu’"à Bizmoune, de nombreuses coquilles présentent des traces d’usure et de polis liés à la suspension et, certaines d’entre elles, étaient même colorées avec de l’ocre rouge, un pigment naturel d’oxyde de fer retrouvé en résidus microscopiques sur ces coquilles".

Première preuve matérielle directe d’un système d’échange

Ces éléments de parure sont parfois interprétés comme l’expression de l’identité sociale et culturelle des porteurs, indique le communiqué, faisant savoir que cette découverte "est la première preuve matérielle directe d’un système d’échange et/ou de communication intra et inter-groupes humains. Son origine est extrêmement ancienne à Bizmoune avec l’utilisation de Tritia gibbosula".

Les observations microscopiques ont été réalisées sur les coquilles pour préciser la nature de leur modification et d’après El Mehdi Sehasseh, co-auteur de la publication et doctorant à l’INSAP, cité dans le communiqué, "l’analyse des coquilles a montré qu’elles ont été portées par les humains".

A Bizmoune, ces coquilles marines semblent, à première vue, petites et insignifiantes, mais selon un des principaux auteurs, Abdeljalil Bouzouggar de l’INSAP-Maroc, "ces minuscules coquillages fournissent des informations cruciales sur l’origine du comportement symbolique tel que le langage".

Des voies de passages entre le centre-ouest du Maroc et l’Afrique sub-saharienne

Ces éléments de parure de Bizmoune et ceux présents, dans d’autres sites d’Afrique du Nord, sont associés à la culture atérienne du Middle Stone Age (MSA) connue pour ses célèbres pointes atériennes pédonculées, a-t-il fait remarquer, notant qu’à Bizmoune, les Atériens exploitaient une grande variété d’animaux dont les équidés, gazelles, phacochères, gnous, grandes antilopes ou d’autres grands bovidés et même le rhinocéros.

De son côté, Philippe Fernandez (LAMPEA), l’un des principaux auteurs de l’article, explique que "cette association d’animaux fossiles trouvés à Bizmoune témoigne d’un cachet très aride, avec des voies de passages entre le centre-ouest du Maroc et l’Afrique sub-saharienne et des corridors aujourd’hui disparus".

"Ceci indique que le Sahara n’a jamais été une barrière à de tels échanges", d’après Mohammed Mouhiddine, de l’Université Hassan II Casablanca-Mohammedia et co-auteur de l’étude.

Les occupants du site ont consommé des plantes, d’autres petits animaux (exemple lièvre, tortue) et des fragments d’œufs d’autruches qui sont également présents, explique-t-on, ajoutant que, dans une grande partie de la séquence, des fragments de charbons de bois proviennent de taxons tels que l’arganier, thuya et/ou genévrier, encore aujourd’hui présents dans la région.

La chronologie de la grotte de Bizmoune à Essaouira a été précisée par différentes techniques, fait observer la même source.

Pour Moncef Benmansour du Centre national de l’énergie des sciences et techniques nucléaires et co-auteur de l’étude, "La technique de l’Uranium/Thorium est très utile et fiable pour la datation des sites archéologiques".

Ces données paléoenvironnementales sont cruciales pour Steven Kuhn de l’Université d’Arizona, un des auteurs principaux de l’étude : "Pour comprendre les origines de ce comportement, nous devons examiner de près les facteurs écologiques et démographiques des groupes humains, pour lesquels l’affirmation d’une appartenance ou identité propre étaient probablement très importantes".

Les recherches à la grotte de Bizmoune sont co-dirigées par Abdeljalil Bouzouggar, professeur à l’INSAP (Rabat, Maroc), Steven Kuhn, professeur à l’Université d’Arizona (Tucson, USA) et Philippe Fernandez, chercheur au Laboratoire Méditerranéen de Préhistoire Europe Afrique (CNRS, Aix-en-Provence, France).

Différents chercheurs de plusieurs institutions sont également associés à ces recherches avec, au Maroc, l’Université Hassan II Casablanca-Mohammedia, le Centre national de l’énergie des sciences et techniques nucléaires (CNESTEN); aux Etats-Unis, Department of Anthropology, Harvard University (USA) ; en Allemagne l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig et l’Université de Tübingen; en Espagne l’Université de Las Palmas et en Angleterre l’Université de Sheffield.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 23 septembre 2021 à 13h58

à lire aussi

“Escobar du Sahara” : ce que les accusés doivent payer à l'Etat
DROIT

Article : “Escobar du Sahara” : ce que les accusés doivent payer à l'Etat

Au-delà des peines privatives de liberté, le verdict comporte un important volet pécuniaire. Les condamnés devront verser près de 8,5 milliards de dirhams à l'Administration des douanes, auxquels s'ajoutent des confiscations d'avoirs, des sanctions pour infractions à la réglementation des changes et des condamnations civiles.

Affaire Naciri-Bioui, le verdict : jusqu'à 12 ans de réclusion pour les principaux accusés
DROIT

Article : Affaire Naciri-Bioui, le verdict : jusqu'à 12 ans de réclusion pour les principaux accusés

Abdenbi Bioui a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Saïd Naciri a, quant à lui, été condamné à 10 ans de réclusion. Les premiers détails.

Affaire “Escobar du Sahara”:  huit heures après la clôture de l'audience, toujours pas de verdict
DROIT

Article : Affaire “Escobar du Sahara”: huit heures après la clôture de l'audience, toujours pas de verdict

CASABLANCA. Il est un peu plus de 19 heures ce jeudi 25 juin et le verdict dans l'affaire "Escobar du Sahara" ou "Naciri-bioui" impliquant Said Naciri et Abdenbi Bioui se fait toujours attendre.

Casablanca : la plage de Aïn Diab envahie de déchets, des interrogations sur leur origine
Quoi de neuf

Article : Casablanca : la plage de Aïn Diab envahie de déchets, des interrogations sur leur origine

Des déchets plastiques, des emballages et des caisses endommagées jonchent depuis plusieurs jours la plage de Aïn Diab. Si l'origine de cette pollution reste inconnue, les images recueillies par Médias24 relancent les interrogations sur les rejets en mer.

Ebola en RDC : un premier vol marocain achemine 9 tonnes de matériel à la MONUSCO
Quoi de neuf

Article : Ebola en RDC : un premier vol marocain achemine 9 tonnes de matériel à la MONUSCO

Un avion militaire marocain a livré à Bunia neuf tonnes de matériel médical, pharmaceutique et logistique destinées à appuyer les opérations de la MONUSCO face à l’épidémie d’Ebola en Ituri. Une deuxième rotation est prévue dans les prochains jours avec du matériel complémentaire et une équipe médicale marocaine spécialisée.

Dispositif national d’alerte précoce : ce qui bloque, ce qui va changer d'ici 2027
Environnement

Article : Dispositif national d’alerte précoce : ce qui bloque, ce qui va changer d'ici 2027

Pour sa deuxième journée, la consultation nationale sur les systèmes d’alerte précoce a mis en lumière les lacunes persistantes en matière d’évaluation des risques et de surveillance. Le nouveau dispositif national, prévu avant 2027, devrait tracer une refonte totale adossée à la promesse d'une coordination institutionnelle interopérable.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité