Aïd Al Adha : Le mouton flambe malgré l’abondance de l’offre
A moins de 2 semaines de la célébration de la fête du sacrifice, la flambée s’est emparée du marché des ovins et caprins. Dans les rares plateformes de vente ouvertes dans les environs de Casablanca, les prix des moutons préparés pour l’occasion s’annoncent en forte hausse de 30 à 40% par rapport à l’année dernière.
«Les prix grimpent de 15% à 20% en comparaison avec la période d’avant la pandémie», reconnaît un grand éleveur de la zone de Had Soualem, reconnue pour la race Sardi.
Sur le marché de cette localité, un mouton moyen, de race Sardi, se négociait le week-end dernier entre 2.500 et 3.000 DH contre 2.000 DH, en moyenne l’année dernière. Pour les gros, il faut compter entre 4.000 et 4.500 DH la bête, voire plus pour les béliers bien engraissés.
A ces niveaux de prix, le coût rendu carcasse devrait dépasser les 100 DH/kg contre 35 DH en moyenne pratiqués actuellement dans les abattoirs.
La surenchère s’explique par les hausses enregistrées au niveau de l’aliment du bétail dont les intrants ont fortement augmenté à l’international. Le Maroc étant importateur net des principales céréales fourragères : maïs, soja, orge, tourteaux… en particulier.
En revanche, bonne campagne agricole oblige, les prix d’autres composants d’aliment du bétail se stabilisent ou accusent des baisses substantielles. C’est notamment le cas de la paille et des petits fèves.
Pourtant, toutes les sources s’accordent pour constater l’abondance de l’offre du cheptel destiné au sacrifice.
Selon les deux associations en charge de l’identification des ovins destinés à l’abattage de l’Aïd Al Adha, près de 6 millions de têtes ont été tracées à fin juin dernier. Et l’opération, qui est menée sous la supervision de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires ONSSA, se poursuit toujours.
Au-delà, les effectifs du cheptel ont été maintenus malgré la succession de deux années de sécheresse. Le cheptel se compose actuellement de près de 21,6 millions d'ovins et de 6 millions de caprins.
Or, la demande sur les 5 dernières années paraît se stabiliser autour de 4 millions de têtes (ovins et caprins), selon le ministère de l’Agriculture. En cause, l’absentéisme des ménages de plus en plus nombreux parmi la classe moyenne et les couches aisées de la population, qui préfèrent célébrer autrement le rite, par exemple sans sacrifice.
Pour cette année, la tendance risque d’être inversée avec l’arrivée massive des Marocains du monde. «Une donne que les marchands et autres intermédiaires mettront probablement à profit pour gonfler leurs marges», prévient un professionnel de la région de l’Oriental. Surtout qu’aucune visibilité n’est encore offerte quant à l’ouverture des plateformes de vente, notamment dans les grands centres de l’axe urbain Kénitra-Rabat-Casablanca. Et encore moins en ce qui concerne les déplacements des bêtes inter-régionaux.
Pour le moment, l’aggravation de la crise pandémique avec l’apparition du variant Delta, plaide pour le renforcement des mesures de protection sanitaire. Et c’est déjà visible à travers le retour des barrages de contrôle de la circulation inter-villes. Ce qui explique aussi le mutisme de la tutelle quant à l’organisation et l’ouverture des souks au bétail.
Jusqu’à présent, le ministère de l’agriculture s’est abstenu de communiquer sur la question. Ceci, bien que selon ses propres estimations, l’Aïd Al Adha permet de transférer à la campagne la bagatelle de 10 milliards de DH. Un bol d’oxygène pour le monde rural, après deux années de sécheresse. Ce qui avait amené les petits et moyens éleveurs à brader leur cheptel pour parer au plus urgent.
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