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TOURISME

Ecotourisme : réglementation insuffisante, potentiel sous-exploité

Lors d’un webinaire sur l’écotourisme dans la région de Marrakech-Safi, les intervenants ont passé en revue les obstacles qui freinent encore le développement de ce secteur dans la région, notamment sur le plan réglementaire. Le Conseil économique, social et environnemental a fourni quelques recommandations.

Ecotourisme : réglementation insuffisante, potentiel sous-exploité
BALADE A CHEVAL EN PAYS BERBERE, TAHANAOUTE, RESERVE NATURELLE D'ENERGIE DANS LE RESPECT DE L'ENVIRONNEMENT, ACTIVITE DU DOMAINE DE TERRES D'AMANAR, TAHANAOUTE, AL HAOUZ, MAROC
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Le 1 juin 2021 à 17h23 | Modifié 2 juin 2021 à 11h51

L’écotourisme, un secteur d’avenir au Maroc ? C’est en tout cas ce pour quoi ont plaidé les différents intervenants d’un webinaire organisé ce mardi 1er juin par le Centre régional d’investissement (CRI) de la région Marrakech-Safi, dans le cadre de ses « CRI Meeting Days ».

« Juste avant la pandémie de Covid-19, en janvier 2020, le rapport de l’Organisation mondiale du tourisme évoquait déjà les grandes tendances mondiales qui allaient être observées à l’avenir, à savoir un tourisme durable et responsable », a déclaré Ali Ghannam, représentant du secteur du tourisme au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Et d’ajouter : « L’avenir est à la découverte des espaces. L’écotourisme est donc un secteur porteur et prometteur, au moins pour les dix prochaines années. »

« La crise du Covid-19 a véritablement confirmé cet attrait pour l’écotourisme », a affirmé pour sa part Yassine Msefer, directeur général du Centre régional d’investissement de la région Marrakech-Safi. Il en veut pour preuve les résultats d’une enquête menée par le site néerlandais d’hébergements touristiques Booking : 87% des touristes veulent voyager en limitant l’impact sur l’environnement et 68% comptent séjourner dans un environnement écoresponsable.

Le désert d’Agafay, un exemple d’écotourisme à reproduire

En termes d’hébergement écoresponsable, Yassine Msefer s’est référé à deux expériences internationales : « Le Costa Rica a misé assez précocement sur une offre touristique écoresponsable et est désormais la première destination écotouristique d’Amérique centrale. Plus près de nous, en France, la ville de Strasbourg est devenue la première ville cyclable de France, et au-delà, c’est toute la forêt noire entre la France et l’Allemagne qui est devenue un véritable vivier d’emplois autour de l’éco-responsabilité et de la mobilité durable. »

Quid du Maroc ? Yassine Msefer estime que le désert d’Agafay, près du massif du Haut-Atlas, est « un bon exemple à suivre et qu’il faut dupliquer ». Tout comme l’écovillage de Sidi Kaouki, situé en bord de mer dans la province d’Essaouira et prisé par les amateurs de kitesurf, de yoga et de randonnées. « Nous avons travaillé dans l’objectif d’en faire une station qui devienne une référence de l’écotourisme au Maroc. » Un appel à projets pour cette zone écotouristique a d’ailleurs été lancée et court jusqu’au 21 juillet prochain.

Un potentiel régional insuffisamment exploité…

Pourtant, le potentiel écotouristique de la région Marrakech-Safi est encore « largement inexploité », a estimé Imad Barrakat, directeur général de la Société marocaine d’ingénierie touristique. Et d’ajouter : « Même à l’échelle nationale, le choix en matière de stratégie touristique n’est pas nécessairement porté sur l’écotourisme, mais l’écotourisme fait partie de ce segment de clientèle que l’on cherche à attirer. Pour l’heure, environ 10% des touristes qui viennent au Maroc viennent pour de l’écotourisme. »

L’écotourisme, a rappelé Imad Barrakat, « ce sont des activités d’observation du milieu naturel, une participation des communautés locales dans la planification, une démarche de valorisation touristique respectueuse de l’environnement et une contribution équitable des visiteurs au bien-être socioéconomique des communautés locales ».

Dans la région Marrakech-Safi, parmi les quelques initiatives menées pour développer l’écotourisme, Imad Barrakat a souligné « le travail réalisé pour améliorer le parc national du Toubkal, notamment autour d’un partenariat public-privé pour la mise à niveau de la station d’Oukaimeden, qui connaît un afflux massif, en termes de sécurité, de réorganisation fonctionnelle des espaces et de professionnalisation des services ». En amont, tout un autre travail reste également à faire : « Il faut construire une identité territoriale pour générer une expérience touristique authentique, et ne pas rester dans de simples visites qui ne remplissent pas leur vocation écotouristique. Cette identité territoriale passe par une médiation avec les populations locales, de façon à pouvoir créer un produit écotouristique et le vendre. »

…et une réglementation encore lacunaire

Nadia Fettah Alaoui, ministre du Tourisme, de l’artisanat, du transport aérien et de l’économie sociale a, quant à elle, plaidé pour « la réglementation du séjour chez l’habitant et d’autres habitations alternatives qui s’inscrivent particulièrement bien dans l’environnement de l’écotourisme, mais qui doivent encore être répertoriées, classées et autorisées à recevoir des touristes, à la fois pour assurer la sécurité des visiteurs et celle des populations locales ».

Et d’ajouter : « Il faut également travailler à des solutions de financement, puisqu’il s’agit très souvent de toutes petites entreprises et coopératives qui n’ont pas accès à des financements ad hoc pour l’écotourisme. Au ministère, nous arrivons avec une offre nouvelle axée sur la toute petite ou la moyenne entreprise afin de permettre aux jeunes entrepreneurs qui travaillent dans l’écosystème touristique d’avoir accès à des formations et à de l’accompagnement pour qu’ils restent ancrés dans leur territoire, tout en s’assurant que leur activité est connue et reconnue et qu’elle est une source de revenus pérenne et décente. »

Des tendances à développer

De son côté, Armelle Solelhac, experte en stratégie marketing pour les secteurs du tourisme et des sports outdoor, et auteure d’une toute récente étude sur « Le futur du tourisme et ses grands enjeux d’ici à 2030 », a identifié huit grandes tendances concernant l’avenir de l’écotourisme. Certaines pourraient être intéressantes à développer au Maroc. Parmi elles, l’hyper-tourisme : « On va naviguer entre une offre touristique hyper connectée et une offre touristique hyper déconnectée. Pour les territoires qui ont beaucoup de mal à faire venir l’internet haut débit jusqu’à eux, c’est finalement une très bonne nouvelle. C’est comme si on allait transformer le pépin en pépite, puisque désormais, ces destinations où il y a peu de connexion internet vont pouvoir attirer une clientèle en quête de lieux complètement déconnectés », a-t-elle expliqué.

Une autre tendance est celle du green tourism. « Elle montre à quel point la clientèle a besoin de sens et d’utilité lors de ses vacances. Beaucoup de visiteurs disent désormais éprouver le besoin, et l’envie, de redonner aux communautés qui les reçoivent, de participer à la vie de ces communautés… Ce sont des initiatives où il ne s’agit plus de consommer pour consommer, mais de partager un peu de ses connaissances et de sa richesse personnelle plutôt que de puiser auprès de la richesse des autres », souligne Armelle Solelhac.

Quelles recommandations ?

Le Conseil économique, social et environnemental, par la voix de son représentant du secteur touristique, a formulé plusieurs recommandations pour lever les obstacles auxquels se heurte encore le développement de l’écotourisme au Maroc.

Ali Ghannam recommande ainsi d’« opérationnaliser la Charte marocaine du tourisme durable » et d’« évaluer les projets d’investissement, en prenant en compte les impacts sur l’environnement, les populations locales et la qualité de vie ».

Il préconise par ailleurs d’« encourager la labellisation », citant l’exemple de la Clef verte, un label international introduit au Maroc en 2007 par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. Ce label atteste que la démarche environnementale de l’hébergement touristique ou du restaurant « répond à plus d’une centaine de critères dans tous les domaines de la gestion touristique durable. Ces critères permettent aux établissements de réduire leur impact environnemental et de s’engager en faveur de la réalisation des Objectifs de Développement Durable de l’ONU ». Enfin, Ali Ghannam a recommandé de « promouvoir l’équipement durable dans le transport, les services de mobilité, ainsi que l’accessibilité de services et transports aux personnes en situation de handicap ».

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Le 1 juin 2021 à 17h23

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