Omar Balafrej se retire de la vie politique
Considéré comme un député modèle, Omar Balafrej nous confirme qu’il ne participera pas aux prochaines élections et qu’il retournera à l’entrepreneuriat. Il assure que cette décision qui n’est pas liée à ses différends avec la SG du PSU, Nabila Mounib, mais à la mort du projet de la FGD dans lequel il s’est engagé en 2015.
Fin de l’idylle entre Omar Balafrej et la FGD. Le député qui s’est illustré ces quatre dernières années au sein de l’hémicycle par ses positions, son honnêteté, son sérieux, son travail acharné au sein de la commission des finances mais aussi dans les plénières où il ne disposait pourtant que de peu de temps de prise de parole, a décidé de jeter l’éponge.
Député de la circonscription Rabat-Océan, où il a remporté les élections haut la main en 2016 face à de farouches adversaires, Balafrej a décidé de ne plus se présenter aux élections. Malgré l’assurance qu’il a d’être réélu sans grandes difficultés.
« J'ai annoncé en octobre dernier que je ne me représenterai pas aux élections cette année. J'avais donné une longue interview à Al Ayam pour m’expliquer. Je n'ai plus pris la parole depuis. Et ma décision n’a pas changé. Je termine mon mandat le plus sérieusement possible... », nous dit-il.
« J’ai appris beaucoup de choses au Parlement. Mais là, j’ai besoin de retourner au terrain. Je vais faire de l’entrepreneuriat, essayer d’aider et d’accompagner des jeunes porteurs de projets, des startuppers… Je pense que ça me fera du bien. Pour moi, être parlementaire, c’est un mandat et non un métier », explique-t-il.
Les raisons de ce retrait ne sont pas liées, nous dit-il, aux différends qui ont émergé ces derniers mois avec Nabila Mounib, la secrétaire générale du PSU, parti où Balafrej est encarté.
« C’est plus large que ça. En 2015, on a promis un projet aux Marocains : la FGD, une union des gauches mais surtout une ouverture aux jeunes et à tous ceux qui rejettent les institutions. Ce projet devait se faire en 2016 puis en 2017.... On est en 2021 et la fusion n’a pas encore eu lieu. Je considère donc que ce projet est mort. Et je ne peux pas venir me représenter dans ces conditions. Je ne veux pas mentir aux Marocains. Les conditions ne sont pas réunies pour que je me présente », précise Balafrej.
« Par contre, je n'en veux plus à personne. Je respecte les choix de toutes et de tous. Y compris ceux de Nabila Mounib, malgré nos différences fondamentales sur plusieurs questions politiques. On a des différends, mais c'est une personne que je respecte. J’ai des différends avec Benkirane, El Othmani et d’autres, mais je les respecte aussi ».
Cette décision de quitter le champ politique n’est toutefois pas définitive, laisse entendre le député. « Pour l’instant, je pense que j’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai besoin de me remotiver pour pouvoir me présenter à un nouveau mandat. Le jour où les conditions seront réunies, peut-être que je repenserai à ma décision », nous dit-il.
Ce retrait de Balafrej, politique respecté et très populaire auprès d’une large cible de jeunes, sonne comme une nouvelle défaite de la démocratie représentative à la marocaine, où les lourdes structures partisanes empêchent de jeunes talents à émerger dans la scène politique. Et risque de mettre à mal la FGD et le PSU, dont Balafrej était un des visages les plus emblématiques.
Mounib : « Je respecte le choix de Balafrej »
Secrétaire générale du PSU, une des composantes de la FGD, Nabila Mounib regrette ce choix de Balafrej et dit le respecter.
« La présentation de Omar Balafrej aux élections est une décision qui ne dépend que de lui. On est dans un parti démocratique, où l’expression est libre. S’il ne veut pas se présenter, c’est sa décision, et je la respecte. Le parti a besoin de gens qui travaillent. Et Omar a fait de l’excellent travail au Parlement. Mais les relations humaines sont importantes dans la politique. Et malheureusement, nos relations se sont dégradées. Je ne suis pas un ange, mais je ne suis pas non plus le démon que certains veulent décrire… Ceci dit, je n’ai ni rancœur ni haine pour qui que ce soit et je respecte les décisions et les choix de chaque membre du parti. La décision de Omar est respectable », nous déclare Nabila Mounib.
Tenue responsable par certains médias et membres du parti des grandes divergences qui ont éclaté au sein du PSU, notamment au sujet de la fusion des trois composantes de la FGD, elle tient à préciser que cette décision de fusion n’incombe pas à la seule personne du secrétaire général du PSU. Et que les conditions globales pour réaliser ce projet ne sont pas encore réunies.
« La fusion FGD se discute à l’intérieur des instances des partis qui la composent. On est trois partis, et même si le PSU est majoritaire, la voix de chaque parti compte à égalité dans les discussions. Il y a aujourd’hui des divergences entre les trois composantes de la fédération. Il y a de l’engouement certes pour cette fusion, mais il n’y a pas encore de projet complet, mûr », précise-t-elle.
Ces divergences sont de diverses natures. Nabila Mounib nous donne deux exemples qui empêchent cette fusion d’être menée à bout.
« Il y a des divergences, par exemple, sur la structuration de l’ensemble, est-ce qu’on va vers une organisation décentralisée comme au PSU ou une organisation centralisée comme dans les deux autres partis ? Les choses ne sont pas encore claires. Autre point de divergence : au PSU, nous avons instauré des courants politiques qui permettent le débat pour empêcher que le parti ne vole en éclat. Les autres partis de la FGD n’ont pas eu cette expérience et sont contre l’existence de courants en leur sein … Ce sont des choses essentielles pour que la fusion se fasse. Car l’objectif n’est pas seulement d’ajouter un parti à un autre, mais de créer un ensemble cohérent, de réinventer la gauche… », explique-t-elle.
Nabila Mounib tient aussi à démentir toutes les informations qui disent qu’elle a chassé Omar Balafrej du parti.
« On ne l’a jamais chassé du parti comme l’ont écrit plusieurs médias. Balafrej a lui-même présenté sa démission du bureau politique, démission que l’on a refusée. Mais il est venu au conseil national et a réitéré sa volonté de démissionner, et on a été obligé de respecter sa décision. Il n’est donc plus membre du bureau politique mais il est toujours membre du parti, et personne ne l’a chassé. Cette décision, ce n’est pas moi qui la prends d’ailleurs, puisque seul le conseil national a le pouvoir de remercier quelqu’un », explique-t-elle.
>>Lire aussi: Fédération de Gauche : La fusion CNI-PADS-PSU aura-t-elle lieu un jour ?
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