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Dr. Ihsane Hmamouchi plaide pour un contenu médical fiable et simplifié sur le web

Ihsane Hmamouchi, médecin rhumatologue, épidémiologiste et biostatisticienne, plaide pour la création d’un label de l’information scientifique et médicale sur la Toile afin de diffuser un contenu scientifique fiable et accessible au grand public. L’objectif est aussi de faire le contre-poids face aux fake news, qui pullulent sur les réseaux sociaux.

Dr. Ihsane Hmamouchi plaide pour un contenu médical fiable et simplifié sur le web
Solène Paillard
Le 19 mars 2021 à 18h15 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

En cette période de pandémie, particulièrement propice aux fake news, linformation scientifique accessible à un large public n’a jamais été aussi importante. C’est ce qu’explique Latika Gupta, clinicienne scientifique et professeure adjointe dans le plus ancien institut de formation en rhumatologie et centre de soins tertiaires de Lucknow, en Inde, dans un long entretien accordé à la plateforme Epirheum.com, créée peu après l’apparition de la pandémie de Covid-19 par Ihsane Hmamouchi, professeure associée au Laboratoire de biostatistique, d’épidémiologie et de recherche clinique de l’université Mohammed V de Rabat.

"La médecine est une science qui a besoin de la coopération interdisciplinaire. C’est aussi une science qui a un impact direct sur les populations – contrairement à certains principes mathématiques, la maladie est un phénomène auquel tout le monde est confronté à un moment donné de sa vie, et un domaine qui a un impact direct et qui concerne toute personne souhaitant mener une bonne vie. La diffusion d’informations crédibles en temps réel aux populations revêt donc une plus grande importance. D’où la nécessité de publier des écrits médicaux dans les médias sociaux", plaide Latika Gupta, qui est également rédactrice en chef des médias sociaux pour le Journal of Clinical Rheumatology, Rheumatology (Oxford), Digital Health and Technology et Indian Journal of Rheumatology.

Une absence de contre-poids sur les réseaux sociaux

Il faut faire la distinction entre la rédaction d’informations médicales dans les médias sociaux et dans les canaux dits "classiques", c’est-à-dire universitaires. Elle tient en une phrase : sur les réseaux sociaux, l’information est publiée par Monsieur-tout-le-monde et ne fait donc l’objet d’aucune vérification, contrairement aux informations publiées dans les revues scientifiques et universitaires, soumises à une méthodologie scientifique stricte. "Il y a certainement une différence majeure qui apparaît très clairement lorsque l’on se réfère à ce que l’on appelle la "littérature grise" : l’absence d’un examen rigoureux par les pairs. Le référencement est un autre élément qui est largement limité lorsque l’on écrit dans les médias sociaux. Bien entendu, nous adaptons également nos propos au public visé. S’il s’agit d’un public de profanes, les détails techniques seront limités. S’il s’agit de décideurs politiques, les obstacles administratifs peuvent être abordés. C’est comme l’éléphant dans la pièce, chacun peut regarder différentes parties de l’animal", explique Latika Gupta.

Contactée par Médias24, Ihsane Hmamouchi souligne combien il est important de ne pas laisser les adeptes des fake news monopoliser les réseaux sociaux : "On lit l’avis de tout un chacun sur les réseaux sociaux, mais tout le monde n’a pas le background scientifique nécessaire pour délivrer les bonnes informations. De leur côté, les chercheurs sont sceptiques et réticents quant au fait de s’exposer sur les réseaux sociaux. Ils se retrouvent dans un espace qu’ils ne maîtrisent pas forcément, donc ils préfèrent rester dans leur bulle, dans leur zone de confort que sont les groupes d’experts auxquels ils appartiennent. Or aujourd’hui, on ne peut plus se permettre de fonctionner comme cela car, qu’on le veuille ou non, tout se fait sur les réseaux sociaux. Il faut que les chercheurs investissent ce champ en apportant leur son de cloche, afin que l’opinion publique puisse avoir des éléments de réponse à ses questions."

Et il ne suffira pas d’une poignée de médecins ou de scientifiques, estime Ihsane Hmamouchi, pour faire suffisamment contre-poids : "Eux – les auteurs de de fake news et/ou qui relaient des infos erronées– sont très nombreux. S’il n’y a que quelques chercheurs qui investissent les réseaux, leur message ne sera pas entendu. Il faut qu’ils soient en masse afin de contrebalancer les autres ; tous ces "scientifico-sceptiques" qui pensent que les études scientifiques sont biaisées et servent les intérêts financiers des laboratoires."

"Les chercheurs doivent se former à la communication sur les réseaux sociaux"

Pourtant les universitaires et les chercheurs eux-mêmes se laissent parfois happer par des informations non vérifiées. Selon Latika Gupta, qui a mené une enquête auprès des universitaires et des chercheurs, 62% d’entre eux se tournent vers les plateformes de médias sociaux pour obtenir des informations sur le Covid-19, contre 40% vers la télévision. "Si la désinformation est présente sur toutes les plateformes, elle est disproportionnellement plus élevée sur les médias sociaux et à la télévision", souligne-t-elle.

"Ce n’est pas étonnant, réagit Ihsane Hmamouchi. Les scientifiques et chercheurs sont comme tout le monde : ils vont sur les réseaux sociaux comme tout un chacun. Quand on discute dans nos cercles, on se rend compte qu’un tel est susceptible de croire à des informations non vérifiées. Je leur dis : "mais vous vous rendez compte, vous-mêmes vous prenez telle information non vérifiée !" Par contre, la différence par rapport aux autres internautes, c’est que les chercheurs ont tendance à chercher des informations dans leur cercle virtuel. Autrement dit, ils vont allez lire l’information communiquée par un confrère avec lequel ils sont amis sur Facebook, par exemple. Ce qu’il faut, c’est un label de l’information sur le web par les scientifiques. Certains s’y sont déjà mis mais ils ne sont pas nombreux : ils lisent certains sites, certains blogs et, en fonction de la qualité de l’information, attribuent des sortes d’"étoiles" à ces plateformes, qu’ils communiquent ensuite aux internautes."

Mais surtout, précise Ihsane Hmamouchi, il faut que l’information soit "claire, concise et simplifiée". "On est sur le même principe qu’une rédaction classique, mais adaptée à une population qui n’a pas de connaissances scientifiques particulière, voire pas du tout. Tout cela, ça s’apprend ; ce n’est pas intuitif. Et c’est justement cela que les scientifiques, médecins et chercheurs doivent désormais faire : se former à la communication sur les réseaux sociaux pour y diffuser des contenus adaptés au grand public."

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Tags : Fake news
Solène Paillard
Le 19 mars 2021 à 18h15

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