Les pédiatres inquiets de l’impact de l’enseignement hybride sur les enfants

Plusieurs pédiatres et pédopsychiatres constatent une hausse des violences intrafamiliales et déplorent que l’enseignement à distance ait renforcé les addictions aux écrans.

Les pédiatres inquiets de l’impact de l’enseignement hybride sur les enfants

Le 2 mars 2021 à 17h46

Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Plusieurs pédiatres et pédopsychiatres constatent une hausse des violences intrafamiliales et déplorent que l’enseignement à distance ait renforcé les addictions aux écrans.

Les enseignants et les parents d’élèves ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’impact de l’enseignement hybride – moitié présentiel, moitié distanciel – sur leurs élèves et enfants. Contactés par Médias24, quatre pédiatres et pédopsychiatres disent constater l’émergence de troubles anxieux chez les enfants et adolescents dus à ce mode d’enseignement, alors même que de plus en plus d’écoles privées basculent vers l’enseignement entièrement en présentiel. Le modèle hybride se maintient toutefois dans les écoles publiques, qui concentrent environ 85% à 90% des effectifs des élèves marocains.

« On observe des troubles psychologiques chez certains enfants liés à l’instabilité de cet enseignement« , indique Rachida Chami, pédiatre. Les maux sont à la fois physiques et psychologiques. Elle cite des maux de tête, des oreilles qui bourdonnent à cause du port du casque ou des oreillettes lorsque les enfants suivent les cours, des yeux larmoyants en raison du temps important passé sur les écrans sans protection, des enfants très agités à l’issue de la journée faute de pouvoir dépenser leur énergie comme ils le feraient habituellement.

Des lycéens parfois angoissés à quelques mois du baccalauréat

La mauvaise interaction entre enseignants et élèves et, pour certains, la dégringolade des notes, observe Rachida Chami, n’est pas non plus sans conséquence. « Les enfants somatisent beaucoup : certains présentent des troubles physiques, comme des toux ou des gênes respiratoires, sans cause organique pour autant. On fait tous les bilans mais on ne trouve rien ; on donne tous les traitements possibles mais aucun ne fonctionne, parce qu’en réalité, la cause de ces maux est psychologique, liée au stress et à l’angoisse que suscite ce modèle d’enseignement, et pas physique », explique-t-elle. Au sein de sa patientèle, les enfants concernés par tous ces troubles, physiques autant que psychologiques, ont entre 8 et 12 ans.

Les lycéens ne sont pas non plus épargnés : à quelques mois des épreuves du baccalauréat, ils redoutent de ne pas être prêts. « Beaucoup n’ont pas pu étudier la totalité du programme en classe et devront voir le reste seuls chez eux. C’est très angoissant pour eux. On constate une émergence de troubles anxieux chez des adolescents particulièrement sensibles ou prédisposés aux troubles anxieux« , indique de son côté Soraya Dorhmi, pédopsychiatre. En termes de troubles physiques, Soraya Dorhni constate des fatigues visuelles, des maux de tête et une sédentarité qui, chez l’écrasante majorité de ses jeunes patients, a été à l’origine d’une prise de poids.

Des tensions intrafamiliales croissantes

Badia Benhamou, pédiatre, remarque quant à elle que l’enseignement à distance favorise les tensions intrafamiliales. « Certains parents en télétravail ont l’impression de revivre la période du confinement« , dit-elle. Certains établissements scolaires accueillent en effet les élèves toute la journée une semaine sur deux. Amina Oumlil, pédiatre elle aussi, parle même de « violences intrafamiliales » : « Les parents, souvent dépassés, deviennent brutaux avec leurs enfants lorsqu’ils ne suivent pas les cours correctement ou ne font pas les devoirs. » De plus, la rupture, ou du moins la diminution drastique de leur vie sociale, a conduit les enfants et adolescents « à créer des liens virtuels ou à chercheur leur place dans la famille sans toutefois la trouver« , souligne Amina Oumlil.

La pédiatre observe également des troubles du comportement, des pathologies psychosomatiques, des douleurs abdominales et des troubles du sommeil et de l’alimentation.

Autre problème : certains parents n’ont eu d’autre alternative que de laisser leur téléphone à leur enfant pour lui permettre de suivre les cours, à défaut de pouvoir investir dans un ordinateur ou dans un autre téléphone. Résultat : « Les addictions aux écrans, et particulièrement aux jeux en ligne, se sont énormément multipliées chez les enfants, tout âge compris. Les enseignants ne peuvent pas vérifier ce qu’ils font derrière leur écran, donc les enfants en profitent pour jouer à des jeux ou surfer sur Youtube ; ils se connectent aux sessions de cours histoire de dire qu’ils sont connectés, mais ne suivent pas du tout le cours. L’enseignement à distance a incontestablement renforcé les addictions aux écrans. »

Elle évoque notamment le cas d’une jeune patiente qui manifeste désormais son refus de suivre les cours en présentiel… car contrainte de laisser le téléphone à la maison. Amina Oumlil recommande aux parents de bien connaître les horaires de cours de leurs enfants durant l’enseignement dispensé en distanciel « afin de limiter le temps passé sur les écrans : une fois que les cours sont terminés, il faut retirer aux enfants l’accès aux écrans et ne pas les laisser passer la fin de journée ou la soirée rivé sur ces écrans« . Elle recommande également de préconiser autant que possible le présentiel pour que certaines addictions naissantes ne se renforcent pas et que les enfants puissent, à terme, renouer avec les espaces de socialisation et d’interaction sociale que sont les établissements scolaires.

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