Covid. Les cas en réanimation et les décès ne baissent plus, faut-il s'en inquiéter ?
Le nombre de cas en réanimation et de décès ne baisse plus. Faut-il s'en inquiéter ? Le professeur Ahmed Rhassane El Adib prévient que l’équilibre épidémiologique demeure extrêmement fragile. Il déplore un relâchement total du respect des gestes barrières au sein de la population.
Le variant anglais du Coronavirus se propage à grande échelle en Europe. La situation sanitaire se dégrade dans de nombreux pays de ce continent, notamment en France, et les mesures de restriction y ont été renforcées.
Le Maroc, qui compte déjà 24 cas confirmés contaminés par le nouveau variant anglais, a suspendu plusieurs liaisons aériennes et il y a un grand risque qu'il en arrête davantage. Il a également renforcé la surveillance génomique et maintenu les mesures de restriction en vigueur depuis janvier. Des décisions qui s'imposaient pour ne pas renverser la tendance à l'amélioration de la situation sanitaire au Maroc et pour garder un contexte favorable au déroulement de la campagne de vaccination qui compte déjà près de 3 millions de personnes vaccinées.
Cela dit, l'amélioration de la situation sanitaire au Maroc, qui dure depuis plusieurs semaines, semble s'estomper. Faut-il s'inquiéter ?
Face à l'inefficience d'indicateurs comme les nouveaux cas Covid confirmés ou celui des cas actifs, en raison de la faiblesse du nombre de tests de dépistage et du système de déclaration des guérisons, deux autres indicateurs permettent de mesurer la situation épidémiologique réelle : les cas en réanimation et les décès.
Ces deux indicateurs pêchent toutefois par leur décalage par rapport à l'évolution des infections : une personne atteinte de la Covid ne décède ou n'est admise en réanimation généralement que 2 à trois semaines après son infection.
Donc une aggravation des infections peut ne pas être visible à travers ces deux indicateurs que deux ou trois semaines après. Il se trouve que le nombre de cas sévères ou critiques et celui des décès, qui étaient en baisse continue depuis décembre 2020, se stabilisent depuis la mi-févrirer. Le premier au-dessus des 400 cas, le second à un niveau proche ou supérieur à dix décès.
Quelle lecture faut-il faire de cette évolution ? Des professionnels de la santé impliqués dans la lutte anti-Covid confirment la stabilisation dans les services de réanimation. Ils ne peuvent toutefois expliquer pour l'instant cette évolution et préfèrent attendre quelques jours encore pour être fixés.
Parmi eux, Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech, qui tient toutefois à apporter les précisions suivantes.
Selon lui, l’épidémie a battu son plein entre juillet et décembre ; le virus a largement circulé pendant cette période et une immunité naturelle s’est créée. Il alerte toutefois sur le fait que cette immunité est extrêmement fragile : "Le taux de létalité est bas, la campagne de vaccination avance à grands pas ; je suis optimiste, mais je suis aussi prudent. Nous sommes en train d’atteindre une phase où les réinfections pourraient survenir, notamment avec les nouveaux variants. Nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle vague ; le virus est toujours là et l’épidémie va se poursuivre encore longtemps."
Le Pr El Adib s’inquiète d’un "relâchement total" du respect des gestes barrières au sein de la population. "Les rassemblements battent leur plein ; c’est extrêmement dangereux. On voit des accolades, des embrassades, des rassemblements… La journée, les cafés sont bondés. Certes, la campagne de vaccination est encourageante, mais l’équilibre sur lequel nous sommes actuellement est extrêmement fragile."
En conclusion: stabilisation du nombre de cas sévères ou critiques sans explication pour le moment; et appel à renforcer la vigilance.
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