2021, une année de transition plus qu’une année de relance?

2020 est une année perdue. Tous les espoirs reposent donc sur 2021 comme étant l’année de la relance. L'Etat aura-il les moyens de la financer? Analyse.

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2021, une année de transition plus qu’une année de relance ?

Le 21 juillet 2020 à 20:01

Modifié le 22 juillet 2020 à 09:38

Mohamed Benchaâboun présentera ce mercredi 22 juillet au parlement le cadre général de préparation du projet de loi de Finances 2021. Une année voulue comme étant l’année de relance.

Au cours de cette année 2020, l’Etat cherche à limiter les dégâts de la crise et à redémarrer la machine économique. C’est en tous les cas ce qui ressort des différentes déclarations du ministre de l'économie et des finances devant le parlement lors de l’examen du projet de la loi de finances rectificative.

Le ministre a expliqué que le plan de gestion de la pandémie est composé de quatre phases. "La première phase allant de mars à juin visait à protéger la santé des citoyens et à soutenir financièrement les ménages et les entreprises. La deuxième phase qui s’étalera sur les six mois restants de 2020 vise à accompagner la reprise progressive de l’économie nationale".

« Les deux phases suivantes seront consacrées à la concrétisation du décollage économique et l’adaptation au monde de l’après-crise », expliquait-il. En d’autres termes, la relance ce n’est pas avant 2021.

Est-ce que ce sera vraiment le cas ? L’Etat aura-t-il les moyens d’accompagner ce décollage et cette relance tant attendus?

Encore moins de recettes fiscales en 2021?

Si rien ne filtre au sujet des grandes lignes ou orientations de ce projet de loi de Finances 2021, il est évident que la marge de manœuvre de l’Etat sera fortement limitée.

En attestent les chiffres prévisionnels des différents organismes nationaux et internationaux. "Nous prévoyons que l’épidémie creusera le déficit budgétaire et aggravera la dette publique tant en 2020 qu’en 2021", prévoit la Banque mondiale qui vient de publier son rapport de suivi de la situation économique au Maroc.

"En ce qui concerne les recettes fiscales, en particulier celles tirées des biens et des services, des taxes douanières et des revenus et bénéfices, elles seront inférieures aux prévisions pour 2020 et 2021", poursuit-elle.

Dans ses prévisions, le HCP estime pour sa part que l’évolution des finances publiques en 2021 suppose l’augmentation des dépenses publiques, liées aux mesures nécessaires pour la dynamisation et la relance de l’activité économique qui à son tour devrait entraîner une amélioration des recettes fiscales. Dans ces conditions, le déficit budgétaire serait de 5% du PIB en 2021 au lieu des 7,4% attendus en 2020.

Cela supposerait, selon les prévisions du HCP, que l’Etat aura les moyens de cet effort de dépense à faire dans le sens de la dynamisation de l’économie.

Mais la réalité des chiffres dit le contraire. Selon la dernière note de conjoncture de la DEPF, les recettes ordinaires ont atteint 108,2 MMDH au terme du premier semestre 2020, en baisse de 10,5% par rapport à fin juin 2019. Ce recul a concerné aussi bien les recettes fiscales que non-fiscales. Dans le même temps, la dépense ordinaire a, elle, augmenté de 7,1%.

Or, si les recettes de l’Etat pour l’année 2020 sont en baisse, celles de 2021 pourraient être pires. "Ce qui est sûr, c’est que les recettes de l’IS perçues en 2021 vont dégringoler dans la mesure où l’impôt est payé sur la base des bénéfices réalisés en 2020 où l’activité a été fortement touchée", analyse un expert des finances publiques.

"Il y a beaucoup de doute sur les autres impôts aussi. Mais on peut clairement dire que 2021 ne sera pas une bonne année au niveau de la recette. On risque de revenir au niveau de recettes d’avant 2015, soit une baisse de 20%, alors que la dépense de l’Etat ne baisse pas dans les mêmes proportions, car les dépenses de fonctionnement sont structurellement incompressibles", poursuit-il.

Notre expert donne un exemple, celui de la masse salariale qui représente l’un des plus importants poste de dépense. "Un poste qui a été augmenté de 15 MMDH dans le dernier accord du dialogue social", rappelle notre source.  En effet, une hausse des salaires dans la fonction publique a été actée en 2019 dans le cadre du dialogue social. Cette hausse s’est faite en trois tranches, dont la dernière tranche devrait entrer en vigueur en janvier 2021, comptabilisant ainsi pour la première fois les 15 MMDH dans leur totalité dans le budget de l’Etat.

Donc, face à des recettes en baisse et des dépenses de fonctionnement incompressibles, il restera à l’Etat la carte des dépenses d’investissement. Ou bient les baisser pour réduire l’impact, ou bien les maintenir et laisser filer davantage le déficit budgétaire et l’endettement.

Un dilemme qui s’est présenté d’ores et déjà au ministre des Finances au cours de cette année 2020 en présentant le projet de loi de Finances rectificative, qu’il a qualifié d’équation à six inconnues

"D'une part, vous demandez au gouvernement de maintenir les aides sociales directes qui coûtent 7,5 milliards de DH par mois. D'autre part, vous exigez un relèvement de l’investissement public. Mais en même temps, vous incitez le gouvernement à ne pas recourir à l’endettement, tout en reconnaissant que les recettes budgétaires vont chuter de 40 milliards de DH. Par ailleurs, vous nous alertez sur la nécessaire préservation des équilibres macroéconomiques tout en nous mettant en garde contre la réduction des dépenses et le relèvement de l’impôt. Je vous demande majorité et opposition de m’aider à résoudre cette équation complexe à six inconnues", a martelé le ministre des Finances à l’adresse des parlementaires lors de l’examen du PLFR 2020.

C’est ce qui fait dire à notre expert, que "penser que 2021 sera une année de relance est une vue de l’esprit" du moins si tout l’effort de relance doit venir du public. "Nous sommes au creux de la vague, je dirais même que c’est le meilleur moment pour entamer les réformes promises notamment celle de la fiscalité et de l’investissement. Le coût de ces réformes pour l’Etat sera moins douloureux qu’au cours d’une année d’activité normale", estime notre expert.

La relance en 2021, la responsabilité du privé

Un avis que ne partage par Mehdi El Fakir, économiste et fiscaliste. "C’est inopportun. Ce n’est vraiment pas le bon moment pour engager des réformes aussi structurantes. Nous avons une économie en grande difficulté. Réanimons l’économie et réformons par la suite", explique-t-il.

"Il faut voir d’abord comment finira l’année 2020 ainsi que les conditions de démarrage de 2021. Il faut aussi voir le modèle de développement qui sera proposé, les résultats des élections législatives, les conditions générales,… On ne peut réformer sur du sable mouvant", insiste notre interlocuteur.

"2021 sera une année de transition malgré elle", soutient Mehdi El Fakir. Selon lui, il y a beaucoup d’événements majeurs à la fois sur le plan économique et politique qui empêcheraient d'enclencher des réformes ou d'espérer une relance franche, surtout si cette relance ne doit venir que des actions de l’Etat.

"2021 ne sera pas une année de relance si l’on part du principe que quoi que l’on fasse, tout doit passer par l’Etat. Autrement dit, Quand l’Etat n’a pas de sous à dépenser, le Maroc serait en crise. Et lorsque l’Etat a les moyens, le Maroc serait prospère, que ce soit avec l’endettement ou pas. Il faut arrêter avec cette vision des choses. L’Etat ne peut pas tout faire », explique-t-il.

"Le développement, ce n’est pas des appels d’offres ou des parts de marché. Ce n’est pas l’Etat qui doit se débrouiller pour trouver l’argent à dépenser tandis que les agents économiques le suivent de loin. Quand ça bloque, ils licencient du monde et disent qu’il n’y a rien à faire. Il faut sortir de ce cercle vicieux", tance-t-il.

"Personnellement, je pense que tout dépend de deux facteurs majeurs. Le premier est le modèle de développement économique qui doit être dévoilé en fin d’année. Le second est le comportement des agents économiques".

"Nous avons besoin de nouvelles idées prospectives qui permettront de sortir de cette monotonie comme les PPP, des choses qui vont améliorer l’efficacité opérationnelle, un nouveau pacte, une nouvelle manière de voir le développement. Ma conviction, c’est que le secteur privé peut faire la différence", conclut Mehdi El Fakir.  

Lire aussi: 

Loi de finances rectificative: de l’austérité habillée en politique de relance

Malgré l'ampleur de la crise, la baisse des recettes fiscales à fin juin limitée à 5%

     

2021, une année de transition plus qu’une année de relance?

Le 21 juillet 2020 à20:07

Modifié le 22 juillet 2020 à 09:38

2020 est une année perdue. Tous les espoirs reposent donc sur 2021 comme étant l’année de la relance. L'Etat aura-il les moyens de la financer? Analyse.

Mohamed Benchaâboun présentera ce mercredi 22 juillet au parlement le cadre général de préparation du projet de loi de Finances 2021. Une année voulue comme étant l’année de relance.

Au cours de cette année 2020, l’Etat cherche à limiter les dégâts de la crise et à redémarrer la machine économique. C’est en tous les cas ce qui ressort des différentes déclarations du ministre de l'économie et des finances devant le parlement lors de l’examen du projet de la loi de finances rectificative.

Le ministre a expliqué que le plan de gestion de la pandémie est composé de quatre phases. "La première phase allant de mars à juin visait à protéger la santé des citoyens et à soutenir financièrement les ménages et les entreprises. La deuxième phase qui s’étalera sur les six mois restants de 2020 vise à accompagner la reprise progressive de l’économie nationale".

« Les deux phases suivantes seront consacrées à la concrétisation du décollage économique et l’adaptation au monde de l’après-crise », expliquait-il. En d’autres termes, la relance ce n’est pas avant 2021.

Est-ce que ce sera vraiment le cas ? L’Etat aura-t-il les moyens d’accompagner ce décollage et cette relance tant attendus?

Encore moins de recettes fiscales en 2021?

Si rien ne filtre au sujet des grandes lignes ou orientations de ce projet de loi de Finances 2021, il est évident que la marge de manœuvre de l’Etat sera fortement limitée.

En attestent les chiffres prévisionnels des différents organismes nationaux et internationaux. "Nous prévoyons que l’épidémie creusera le déficit budgétaire et aggravera la dette publique tant en 2020 qu’en 2021", prévoit la Banque mondiale qui vient de publier son rapport de suivi de la situation économique au Maroc.

"En ce qui concerne les recettes fiscales, en particulier celles tirées des biens et des services, des taxes douanières et des revenus et bénéfices, elles seront inférieures aux prévisions pour 2020 et 2021", poursuit-elle.

Dans ses prévisions, le HCP estime pour sa part que l’évolution des finances publiques en 2021 suppose l’augmentation des dépenses publiques, liées aux mesures nécessaires pour la dynamisation et la relance de l’activité économique qui à son tour devrait entraîner une amélioration des recettes fiscales. Dans ces conditions, le déficit budgétaire serait de 5% du PIB en 2021 au lieu des 7,4% attendus en 2020.

Cela supposerait, selon les prévisions du HCP, que l’Etat aura les moyens de cet effort de dépense à faire dans le sens de la dynamisation de l’économie.

Mais la réalité des chiffres dit le contraire. Selon la dernière note de conjoncture de la DEPF, les recettes ordinaires ont atteint 108,2 MMDH au terme du premier semestre 2020, en baisse de 10,5% par rapport à fin juin 2019. Ce recul a concerné aussi bien les recettes fiscales que non-fiscales. Dans le même temps, la dépense ordinaire a, elle, augmenté de 7,1%.

Or, si les recettes de l’Etat pour l’année 2020 sont en baisse, celles de 2021 pourraient être pires. "Ce qui est sûr, c’est que les recettes de l’IS perçues en 2021 vont dégringoler dans la mesure où l’impôt est payé sur la base des bénéfices réalisés en 2020 où l’activité a été fortement touchée", analyse un expert des finances publiques.

"Il y a beaucoup de doute sur les autres impôts aussi. Mais on peut clairement dire que 2021 ne sera pas une bonne année au niveau de la recette. On risque de revenir au niveau de recettes d’avant 2015, soit une baisse de 20%, alors que la dépense de l’Etat ne baisse pas dans les mêmes proportions, car les dépenses de fonctionnement sont structurellement incompressibles", poursuit-il.

Notre expert donne un exemple, celui de la masse salariale qui représente l’un des plus importants poste de dépense. "Un poste qui a été augmenté de 15 MMDH dans le dernier accord du dialogue social", rappelle notre source.  En effet, une hausse des salaires dans la fonction publique a été actée en 2019 dans le cadre du dialogue social. Cette hausse s’est faite en trois tranches, dont la dernière tranche devrait entrer en vigueur en janvier 2021, comptabilisant ainsi pour la première fois les 15 MMDH dans leur totalité dans le budget de l’Etat.

Donc, face à des recettes en baisse et des dépenses de fonctionnement incompressibles, il restera à l’Etat la carte des dépenses d’investissement. Ou bient les baisser pour réduire l’impact, ou bien les maintenir et laisser filer davantage le déficit budgétaire et l’endettement.

Un dilemme qui s’est présenté d’ores et déjà au ministre des Finances au cours de cette année 2020 en présentant le projet de loi de Finances rectificative, qu’il a qualifié d’équation à six inconnues

"D'une part, vous demandez au gouvernement de maintenir les aides sociales directes qui coûtent 7,5 milliards de DH par mois. D'autre part, vous exigez un relèvement de l’investissement public. Mais en même temps, vous incitez le gouvernement à ne pas recourir à l’endettement, tout en reconnaissant que les recettes budgétaires vont chuter de 40 milliards de DH. Par ailleurs, vous nous alertez sur la nécessaire préservation des équilibres macroéconomiques tout en nous mettant en garde contre la réduction des dépenses et le relèvement de l’impôt. Je vous demande majorité et opposition de m’aider à résoudre cette équation complexe à six inconnues", a martelé le ministre des Finances à l’adresse des parlementaires lors de l’examen du PLFR 2020.

C’est ce qui fait dire à notre expert, que "penser que 2021 sera une année de relance est une vue de l’esprit" du moins si tout l’effort de relance doit venir du public. "Nous sommes au creux de la vague, je dirais même que c’est le meilleur moment pour entamer les réformes promises notamment celle de la fiscalité et de l’investissement. Le coût de ces réformes pour l’Etat sera moins douloureux qu’au cours d’une année d’activité normale", estime notre expert.

La relance en 2021, la responsabilité du privé

Un avis que ne partage par Mehdi El Fakir, économiste et fiscaliste. "C’est inopportun. Ce n’est vraiment pas le bon moment pour engager des réformes aussi structurantes. Nous avons une économie en grande difficulté. Réanimons l’économie et réformons par la suite", explique-t-il.

"Il faut voir d’abord comment finira l’année 2020 ainsi que les conditions de démarrage de 2021. Il faut aussi voir le modèle de développement qui sera proposé, les résultats des élections législatives, les conditions générales,… On ne peut réformer sur du sable mouvant", insiste notre interlocuteur.

"2021 sera une année de transition malgré elle", soutient Mehdi El Fakir. Selon lui, il y a beaucoup d’événements majeurs à la fois sur le plan économique et politique qui empêcheraient d'enclencher des réformes ou d'espérer une relance franche, surtout si cette relance ne doit venir que des actions de l’Etat.

"2021 ne sera pas une année de relance si l’on part du principe que quoi que l’on fasse, tout doit passer par l’Etat. Autrement dit, Quand l’Etat n’a pas de sous à dépenser, le Maroc serait en crise. Et lorsque l’Etat a les moyens, le Maroc serait prospère, que ce soit avec l’endettement ou pas. Il faut arrêter avec cette vision des choses. L’Etat ne peut pas tout faire », explique-t-il.

"Le développement, ce n’est pas des appels d’offres ou des parts de marché. Ce n’est pas l’Etat qui doit se débrouiller pour trouver l’argent à dépenser tandis que les agents économiques le suivent de loin. Quand ça bloque, ils licencient du monde et disent qu’il n’y a rien à faire. Il faut sortir de ce cercle vicieux", tance-t-il.

"Personnellement, je pense que tout dépend de deux facteurs majeurs. Le premier est le modèle de développement économique qui doit être dévoilé en fin d’année. Le second est le comportement des agents économiques".

"Nous avons besoin de nouvelles idées prospectives qui permettront de sortir de cette monotonie comme les PPP, des choses qui vont améliorer l’efficacité opérationnelle, un nouveau pacte, une nouvelle manière de voir le développement. Ma conviction, c’est que le secteur privé peut faire la différence", conclut Mehdi El Fakir.  

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