Sida : Comment le ministère de la Santé assure la prise en charge à l'ère du Covid
A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida (JMS), célébrée ce 1er décembre dans un contexte marqué par la pandémie, le ministère de la Santé, en collaboration avec l’ONUSIDA et le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tuberculose et le paludisme, ont organisé un webinaire autour du thème "Riposte contre le Sida à l’ère du Covid-19". Voici ses principales conclusions.
L’événement a été présidé par Dr. Lyoubi, directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé, et a connu la participation de plusieurs intervenants, notamment le Dr. Abtal, chef de la division des soins de santé au sein de la Délégation générale à l'administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) et vice-président du Comité de coordination Maroc (CCM) pour le Sida et la tuberculose, Dr. Alami, directeur de l’ONUSIDA au Maroc, Dr. Meziane Bellefquih, chef de division des malades transmissibles au ministère de la Santé et Dr. Khoudri, chef du service des MST-Sida, au ministère de la Santé.
Depuis l’apparition de la Covid-19 au Maroc, maintenir la continuité des prestations de prévention, dépistage et prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et des populations clés, a été la priorité de tous les responsables en charge de lutte contre le Sida.
Evaluation du besoin
Lors de son passage, Dr. Khoudri a présenté les différentes interventions menées par le ministère de la Santé depuis le début du confinement, lesquelles se poursuivent encore aujourd'hui, en raison des nombreuses restrictions en vigueur.
Ces interventions ont eu lieu après une première évaluation effectuée par le ministère, afin de disposer d'informations sur les besoins des PVVIH durant la période du confinement. En effet, le Covid a créé des défis spécifiques pour ces personnes, notamment en ce qui concerne l'accès aux hôpitaux pour des soins ou le renouvellement de leurs dotations en traitement antirétroviral (ARV).
L'enquête s'est étalée du 10 au 17 avril 2020. Les résultats ont montré que 85% des répondants disposaient d'une quantité d’ARV pour un mois ou plus de traitement au moment de l’enquête, alors que 15% avaient moins d’un mois de traitement.
Les principaux obstacles pour obtenir les ARV étaient en lien avec la distance et le manque de moyens de transport pour se déplacer aux centres référents (46%), la peur d’être contaminé par le Covid-19 (42%) et le fait que le statut VIH positif ne soit connu par la famille (33%).
Cette évaluation rapide a donc permis la mise en oeuvre de mesures adaptatives.
Continuité des soins
D'après Dr. Khoudri, "au 30 septembre 2020, le nombre de PVVIH sous traitement ARV a atteint plus de 16.000 personnes", contre 5.301 en 2012, soit trois fois plus.
Grâce aux procédures exceptionnelles mises en place par le ministère depuis le confinement et qui continuent encore, aucune rupture de stock de médicaments n’est à déplorer. "La couverture des ARV a augmenté à 75% à fin septembre 2020, sans aucune rupture à l’échelle nationale, sachant qu’on était face à de multiples perturbations, notamment la difficulté de fabrication des médicaments au niveau international durant le confinement et le transport…. Nous avons donc pu surmonter toutes ces difficultés et maintenir l’approvisionnement des ARV à un niveau convenable" a-t-elle relevé.
Parallèlement, il y a eu également trois dotations en ARV des Centres Référents, effectuées en mars, août et novembre 2020, pour assurer une autonomie de 6 mois de traitement.
Par ailleurs, suite aux restrictions de mobilité durant le confinement, qui sont encore en vigueur dans certaines villes, le ministère de la Santé, en partenariat avec l’Association de lutte contre le Sida (ALCS), a aussi mis en place une procédure d’acheminement des médicaments, qui a ensuite été étendue aux centres pénitentiaires, en coordination avec la DGAPR.
Ainsi, un total de 3.937 PVVIH ont bénéficié de cette procédure de dispensation des ARV, dans plus de 60 villes, dont 2% sont des étrangers bloqués au Maroc durant le confinement, et 185 détenus.
Le ministère a aussi :
- Doté les usagers de drogues injectables (PID) en traitement de substitution à la méthadone pour 1.521 jours à travers une procédure exceptionnelle pour les PID détenus en collaboration avec les pôles médicaux et associations des centres d’addictologie;
- Doté des ONG en pilules contraceptives pour les femmes vivant avec le VIH et les populations clés;
- Mis en œuvre, avec des ONG, un plan de continuité des services de prévention et de dépistage pour les populations clés;
- Distribué des paniers alimentaires pour les PVVIH et les populations clés;
- Elaboré des supports de communication et messages de sensibilisation sur le Covid ainsi qu'une capsule vidéo pour l’élimination de la transmission mère enfant (eTME) du VIH et de la syphilis, à travers les réseaux sociaux, le portail Sehati et la télévision.
Notons dans ce sens que le nombre de femmes enceintes testées pour le VIH en consultation prénatale a augmenté de 3.000 en 2010 à 97.230 en 2019. Le chiffre s'établit à 50.000 entre janvier et fin septembre 2020.
Extension du Plan stratégique nationale de lutte contre le Sida à 2023
Cette année, la JMS a coïncidé avec l'approbation de la demande de financement pour l'extension du Plan stratégique national de lutte contre le VIH jusqu'en 2023, par le Fonds mondial de lutte contre le Sida.
L'annonce a été faite lors de ce webinaire par Mme Rye-Florentz, représentante du secrétariat du Fonds mondial Genève. "L'approbation de ce nouveau financement nous a été communiquée le 30 novembre par le conseil d'administration du Fonds mondial", a-t-elle déclaré.
"Ainsi, 17 millions de dollars américains additionnels seront octroyés au Maroc, pour lutter contre le Sida et la tuberculose jusqu'en 2023".
Rappelons que parmi les principaux objectifs de ce plan, réduire de 50% les nouvelles infections par le VIH en 2023, réduire la discrimination des PVVIH et renforcer l'accès à l'appui psychosocial, renforcer la gouvernance aux niveaux national, régional et local, pour assurer l'accélération et la durabilité de la riposte.
Il vise à couvrir:
- 165.000 personnes des populations clés, notamment les migrants, détenus et les PID;
- 4.600 usagers de drogues couverts par le traitement de substitution à la méthadone;
- 1.200.000 personnes dépistées pour le VIH, dont 460.000 femmes enceintes;
- 18.800 personnes vivant avec le VIH sous traitement.
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