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Entreprises publiques : une rentabilité proche de zéro en 2020

Avec un rendement financier (ROE) de 1,1% % et une rentabilité des actifs (ROA) de 0,3%, ces entreprises détenues par l’Etat réaliseront cette année l’un de leurs pires performances. Cela n’est pas dû simplement au Covid, mais à la nature même du portefeuille public et sa gestion, comme le souligne le rapport sur les EEP accompagnant le projet de loi de finances 2020.

Entreprises publiques : une rentabilité proche de zéro en 2020

Le 20 octobre 2020 à 16h20

Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Avec un rendement financier (ROE) de 1,1% % et une rentabilité des actifs (ROA) de 0,3%, ces entreprises détenues par l’Etat réaliseront cette année l’un de leurs pires performances. Cela n’est pas dû simplement au Covid, mais à la nature même du portefeuille public et sa gestion, comme le souligne le rapport sur les EEP accompagnant le projet de loi de finances 2020.

Dans le secteur privé, une entreprise privée qui réalise un ROE de 1,1% et un ROA de 0,3% est considérée comme une affaire « foireuse ». Ces indicateurs renseignent sur le rendement que procure l’entreprise à son actionnaire.

Le ROE calcule le rapport entre les bénéfices et les fonds propres. S’il est de 1,1%, cela veut dire que pour chaque 100 dirhams que l’investisseur met dans sa firme, il ne reçoit en face que 1,1 dirham de rendement annuel.

La situation est encore pire quand les bénéfices rapportés aux actifs de l’entreprise ne produisent que 0,3% de rendement, un taux proche de zéro, qui passe au négatif si on inclut un taux d’inflation de 1% par exemple.

Une donnée structurelle

Un investisseur rationnel ne mettra jamais son argent dans une affaire qui affiche ces taux de rendement. Il préférera déposer son argent sur un compte d’épargne bancaire, ou l’investir dans les bons du Trésor, qui lui rapporteront entre 2 et 3,5% que de miser sur des actifs qui détruisent la valeur.

Cette situation révélée par le rapport sur les établissements et entreprises publics accompagnent le projet de loi de finances 2021, c’est celle que vivent les entreprises publiques marocaines. Et on ne parle pas de tous les établissements publics, mais que des entreprises marchandes censées justement avoir une activité commerciale, avec des objectifs de rentabilité et de performance, comme toute entité privée.

La dégradation du rendement de ces établissements en 2020 est due certes à la pandémie, au contexte de crise. Car plusieurs d’entre eux verront leurs résultats nets chuter de manière drastique. Mais il n’y pas que cela. Car bien avant la pandémie, ces taux de rendement étaient déjà très faibles et ne cessaient de baisser d’année en année.

Entre 2018 et 2019 par exemple, le ROE de ces établissements est passé de 2,9% à 1,6%. Le ROA est passé sur la même période de 0,8% à 0,5%. On part déjà d’une situation alarmante, que la pandémie ne fait qu’empirer…

Les bénéfices chuteront de 37,5% par rapport à 2019

Selon les prévisions de clôture de l’exercice 2020, les bénéfices de ces établissements publics à caractère commercial, au nombre de 71, se fixeront à 4 milliards de dirhams. C’est 37,5% de moins qu’en 2019.

La pandémie, le confinement, la crise économique y sont pour quelque chose, mais n’expliquent pas tout.

En 2019, année normale d’un point de vue conjoncturel, les bénéfices de ces mêmes établissements étaient déjà en chute libre passant de 9,6 milliards à 6,4 milliards de dirhams.

Sur deux ans donc, entre 2018 et 2020, le résultat net de ces établissements s’est réduit de plus du double !

Les plus gros contributeurs à cette chute des bénéfices en 2020 seront la RAM et l’ONDA selon le rapport du ministère des Finances.

Avec une baisse du chiffre d’affaires de 58% en 2020, la compagnie aérienne réalisera selon les prévisions du département des Finances une perte de 3,7 milliards de dirhams.

L’ONDA, lui, accusera une perte de 1,1 milliard de dirhams.

Pour les autres établissements (ONEE, ADM, ONCF, Casa Transports, Conservation Foncière, Al Omrane, SNTL…), et à quelques exceptions près, les résultats nets affichent tous une baisse par rapport à 2019.

Et même leur vocation de porteurs de l’investissement public sera freinée. Le département des Finances table sur un montant d’investissement de 45 milliards de dirhams d’ici la fin d’année, en baisse de 14%. 

Des investissements qui sont assurés pour l’essentiel par une petite brochette d’entreprises comme l’ONEE, le groupe OCP, la CDG, l’ONCF, les Régies de distribution, l’ANP et Autoroutes du Maroc.

Faible retour sur investissement pour l’Etat actionnaire

Conséquence directe de ces faibles performances -structurelles il faut le souligner, car elles ne sont pas dues qu’à la conjoncture actuelle-, la chute des versements de ces établissements à l’Etat actionnaire.

Le rapport du ministère note ainsi que bien avant la pandémie, les versements faits par ces établissements au budget général de l’Etat n’ont jamais dépassé une moyenne de 10,2 milliards de dirhams par an, entre 2010 et 2019. Un niveau assez faible par rapport à l’effort budgétaire que fournit l’Etat pour soutenir ces entreprises. Car sur la période 2008-2019, les transferts budgétaires de l’Etat à ces établissements ont presque doublé, passant de 17,2 à 33,3 milliards de dirhams.

L’Etat actionnaire est donc perdant sur toute la ligne. Au lieu d’attendre des remontées de bénéfices de ses investissements, c’est lui qui est pompé tous les ans…

Et les données du rapport montrent que ces remontées de cash au budget de l’Etat ne sont assurées que par un nombre limité d’entreprises. Sur les 10,2 milliards encaissés chaque année par l’Etat de ses filiales marchandes, 72% proviennent de 4 principaux contributeurs : OCP, Conservation Foncière, IAM et Bank Al Maghrib.

Ce faible niveau de rentabilité et donc de remontée de dividendes, le rapport du ministère des Finances l’explique par le fait que de nombreux EEP « n’arrivent pas à dégager des niveaux de résultats (résultats faibles voire négatifs) leur permettant de procéder à des versements au profit du budget général de l’Etat ». « Et ce en dépit des actifs mis à leur disposition et malgré les efforts de restructuration de certains d’entre eux », ajoute le rapport.

Une réalité qui pousse l’Etat à continuer d’injecter de l’argent public dans ces entreprises pour les maintenir à flot, contre toute logique économique ou entrepreneuriale. Le rapport note en effet que cet appui budgétaire qui contribue significativement au financement des investissements de ces établissements et de leur fonctionnement dans certains cas, a connu une hausse significative. Et l’analyse de ces flux a montré plusieurs fragilités, souligne le rapport :

-« Certains EEP ne déploient pas assez d’efforts pour améliorer leurs ressources propres, notamment à travers la valorisation de leurs actifs ».

-« Faute de viabilité de leurs modèles économiques et de fiabilité de leurs plans d’affaires, certains EEP à caractère marchand continuent de dépendre du budget général de l’Etat (ONCF, RAM, ONEE, ADM..) »

-« Certains EEP en arrêt d’activité depuis des années continuent de bénéficier de subventions pour les besoins de leur liquidation. »

Un constat d’échec que tire le rapport sur les Etablissements publics et qui vient justifier la grande réforme qui se prépare pour dépoussiérer le portefeuille public, le rendre plus homogène, efficace et surtout performant. Une réforme ordonnée par le Roi dans ses discours du Trône et celui de l’ouverture du Parlement que le ministère des Finances s’attellera à mettre en place dès 2021. 

>>Lire aussi: Les premiers détails sur la super agence de gestion des participations de l’Etat

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