Au Maroc, la moitié des capacités productives de la population est gâchée
Un enfant né aujourd’hui au Maroc n’atteindra à l’âge adulte que 50% de ses capacités productives qu’il aurait pu accumuler en ayant bénéficié d’une éducation complète et d’une parfaite santé, selon l’indice de capital humain 2020 de la Banque mondiale.
L’indice de capital humain mesure et compare les principales composantes du capital humain à l’échelle de la planète, à savoir la somme des connaissances et des compétences et la santé qu’un individu accumule tout au long de sa vie. Un capital humain plus élevé est synonyme de revenus supérieurs, pour les individus comme pour les pays, et d’une plus forte cohésion sociale. C’est un levier essentiel pour installer une croissance durable et réduire la pauvreté.
La Banque mondiale vient de dévoiler son indice de l’année 2020. Le meilleur pays du tableau est Singapour avec un indice de 0,88. Cela signifie qu’un enfant né aujourd’hui à Singapour atteindra 88% de ses capacités productives une fois à l’âge adulte. Huit pays ont un indice qui dépasse 0,80 : Hormis Singapour, il y a par ordre décroissant Hong Kong, le Japon, la Corée du Sud, le Canada, la Finlande, Macao et la Suède.
Les derniers du tableau sont tous des pays africains, à leur tête la République Centrafricaine.
Le Maroc a légèrement amélioré son score
Le Maroc affiche un indice de 0,50. Autrement dit, un Marocain qui naît aujourd’hui n’atteindra à l’âge adulte que la moitié des capacités productives qu’il aurait pu accumuler. En cause, les retards persistants en matière de santé (vaccination, suivi médical…) mais surtout en termes d’éducation (abandon scolaire et accès à l’école toujours difficile pour des catégories de la population, enseignement de qualité faible, préscolaire toujours pas généralisé…).
Le Maroc fait ainsi partie de la moitié inférieure de ce classement. Son indice est même en dessous de la moyenne de la région Mena qui s’établit à 0,57. Il a le même score que la Guyane, le Panama, la République Dominicaine et le Tajikistan.
Il a certes enregistré une avancée au cours de la dernière décennie puisque son indice se limitait à 0,45 en 2010. “L’engagement du pays en faveur du développement du capital humain a conduit à des progrès remarquables en matière de santé de ses citoyens. Le gouvernement a lancé des efforts pour lutter contre la mortalité infantile et maternelle tout en contrôlant les taux de fécondité grâce à des programmes de planification familiale intensifs et durables. Une politique de vaccination diligente a fait que 91% des enfants marocains sont désormais entièrement vaccinés. Ces efforts ont amélioré les résultats du capital humain pour le pays, ce qui se traduit par un score HCI qui est passé de 0,45 en 2010 à 0,50 en 2020”, peut-on lire sur le rapport de la Banque mondiale.
Le Maroc a également fait des progrès en matière d’égalité des sexes dans le développement humain. “Au Bénin, au Burkina Faso et au Maroc, les filles rattrapent pleinement les garçons, les dépassant même dans ces deux derniers pays”, indique-t-on.
Mais avec un score de 0,50 actuellement, le Royaume pourrait perdre énormément à long terme, économiquement et socialement, s’il ne rattrape pas rapidement son retard dans les domaines de l’éducation et de la santé.
Une meilleure participation au marché du travail est nécessaire
“Un pays comme le Maroc avec une valeur HCI d'environ 0,5 pourrait, à long terme, avoir un PIB futur par travailleur dans ce scénario d'éducation complète et de pleine santé qui est 2 fois plus élevé que le PIB par travailleur dans le scénario de statu quo. Ce que cela signifie en termes de taux de croissance annuels moyens dépend de la durée du long terme. Par exemple, en supposant qu'il faut 50 ans pour que ces scénarios se matérialisent, alors un doublement du revenu futur par habitant par rapport au statu quo correspond à environ 1,4 point de pourcentage de croissance supplémentaire par an”, estime la Banque mondiale.
Celle-ci exhorte dans un communiqué publié ce mercredi 16 septembre, tous les pays de la région Mena à investir davantage dans leur capital humain. “La pandémie crée des risques mais elle pourrait aussi être l’occasion de reconstruire en mieux le capital humain des pays MENA”.
Cela dit, la participation de la population au marché du travail doit également être améliorée. Au Maroc, même si les filles dépassent les garçons en matière d’indice du capital humain, le taux d’activité des femmes qui dépasse à peine 20% de la population féminine en âge de travailler, est l’un des plus bas au monde.
“L’utilisation du capital humain existant reste problématique dans la région MENA, les pays ne parvenant pas à traduire les compétences et le potentiel productif de pans entiers de leur population en croissance économique. La valeur moyenne du HCI pour la région MENA baisse de plus d’un tiers (de 0,57 à 0,32) lorsque l’indice prend en compte la part de la population d’âge actif effectivement employée. À cause du faible taux de participation des femmes à la population active, en particulier parmi les diplômées de l’enseignement supérieur, les pays MENA et notamment ceux du CCG, affichent le plus grand écart de taux d’utilisation hommes/femmes. Le fort taux de chômage des jeunes explique la sous-utilisation du capital humain et les tensions sociales en de nombreux points de la région”, argumente la Banque mondiale.
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Le Roi Mohammed VI appelle à accélérer la réforme de la santé
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