Covid-19 : Chiffres choc de l'impact du confinement sur la santé mentale des enfants
Le service de pédopsychiatrie à l’hôpital des enfants au CHU Ibn Rochd à Casablanca a constaté une hausse sensible des tentatives de suicide, des cas de violences et de troubles de la conduite chez les enfants pendant et après le confinement.
Plus que le virus lui-même, le confinement et la peur de l'épidémie ont été des facteurs de stress important pour les enfants et leurs familles. Plusieurs constats et informations de spécialistes ont étayé ce constat. Cela dit, c'est la première fois que nous disposons de données chiffrées sur l'impact de la Covid-19 sur la santé mentale des enfants et adolescents en période de confinement.
Intervenant lors d'un webinaire organisé vendredi 5 septembre par les Sociétés marocaines de pédiatrie, Pr Ghita Benjelloun, chef de service de pédopsychiatrie à l’hôpital des enfants au CHU Ibn Rochd à Casablanca, a présenté des données chocs émanant de son service sur la période avant, pendant et après le confinement.
"La fermeture des écoles associée au confinement a vraiment eu des effets extrêmement négatifs, c’est important de le signaler car s’il y a une non reprise de l'école ça sera encore plus délétère sur le physique et le psychologique des enfants", explique-t-elle lors de son intervention.
Elle explique que "face à un stress, les enfants vont réagir de façons extrêmement différentes". "Durant le confinement on a eu l’impression que certains enfants allaient plutôt bien et qu’ils étaient contents de ne plus aller à l’école. C’est le cas des enfants qui étaient angoissés par l’école, qui n’aiment pas trop l’école,… Mais on a été très surpris durant le déconfinement et actuellement d’avoir durant les consultations une flopée d’enfants extrêmement anxieux, déprimés, et suicidaires… ayant vécu finalement le confinement avec un décalage comme dans un stress post-traumatique", ajoute-t-elle.
"Les enfants réagissent différemment en fonction de l’âge, de l’attachement aux parents, de leur capacité de compréhension et ce qui leur a été dit, des antécédents psychologiques et psychiatriques, et de là où ils ont été confinés", précise Pr Ghita Benjelloun.
La professeur explique que "la période sans école a généré beaucoup de peur, d’anxiété et d’insécurité. Ne pas aller à l’école et aux activités parascolaires a causé une perte de repères, de structure et de bien-être qui ont généré une insécurité. Ensuite, les périodes sans école amènent généralement une prise de poids, des horaires de sommeil complètement perturbés et des temps d’écran plus importants devant les jeux vidéo".
Comment cela s'est traduit au niveau du service de pédopsychiatrie à Casablanca ? "En ambulatoire, nous avons constaté plus de tentatives de suicide chez les patients (enfants et adolescents confondus) pendant la période du confinement (du 21 mars au 10 juin) en comparaison avec la période qui a précédé le confinement (du 1er janvier au 20 mars)", avance Pr Ghita Benjelloun. "Et presque autant de cas de violences et de cas de troubles de conduites entre les deux périodes".
"Par contre, les 20 jours qui ont suivi le déconfinement on a eu trois fois plus de tentatives de suicide (18 cas en 20 jours), trois fois plus de violences (13 cas) et trois fois plus de troubles de conduites (7 cas)", acvance-t-elle.
La tendance est presque similaire pour les hospitalisations. Pour les adolescents (12 à 18 ans), Pr Benjelloun avance qu'il y a eu "autant de tentatives de suicide pendant la durée du confinement (du 21 mars au 10 juin) qu’avant (du 1er janvier au 20 mars), trois fois plus de cas de troubles de conduites et autant de cas d’idées suicidaires graves ayant nécessité une hospitalisation".
Ces chiffres se sont envolés après le déconfinement. Les services de l’hôpital Harouchi ont constaté trois fois plus de tentatives de suicide (7 hospitalisations en 20 jours dont une patiente hospitalisée à deux reprises), trois fois plus de cas de violences (13 cas en 20 jours), trois fois plus de troubles de conduite (4 hospitalisations en 20 jours) et presque autant de cas d’idées suicidaires graves.
"Nous avons hospitalisé durant le confinement deux fois plus d’enfants âgés de 6 à 12 ans ayant présenté des tentatives de suicide. Ce qui est quand même rare à cet âge-là. Au moment du déconfinement, il y a eu 7 fois plus d’hospitalisations pour tentative de suicide chez cette catégorie d'enfants", ajoute-t-elle.
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