Afrique du nord: la BAD appelle à maintenir l'effort budgétaire pour la relance
En 2020, la Banque africaine de développement (BAD) prévoit une récession économique entre -0,8% et -2,3% pour la région, en lien avec la crise sanitaire actuelle. Pour 2021, elle table sur une reprise entre 3% et 3,3%.
Selon l’édition 2020 des Perspectives économiques en Afrique du nord, publiée mardi 14 juillet par la Banque africaine de développement (BAD), l’accélération de la levée des restrictions accentue l’incertitude et laisse place à une reprise selon deux scénarios possibles:
- Le premier, de référence, table sur une sortie de crise à partir de juillet 2020,
- Le second, plus pessimiste, voit persister la pandémie jusqu'en décembre 2020.
Selon le premier scénario, la croissance régionale perdrait 5,2 points de pourcentage, ce qui détériorerait la croissance à -0,8 %. Ce recul se situerait, dans le second scénario, à -6,7 points de pourcentage, générant une récession de -2,3 %.
En 2021, la reprise économique est prévue avec une croissance nord-africaine de 3,3% dans le scénario de référence et de 3% dans le scénario pessimiste.
Le graphe ci-dessous affiche les prévisions de la BAD concernant la croissance du PIB de tous les pays de la région, dans un scénario pessimiste:
Source: BAD
Concernant le Maroc, la banque prévoit une récession économique de 4,6% en 2020 et une reprise de 4,1% en 2021.
Selon les prévisions de la banque, l’Egypte est le seul pays de la région à enregistrer une timide croissance (+0,8%) en 2020 et la Tunisie, le seul pays a enregistrer une timide récession (-0,7%) en 2021.
Sur le front de l’inflation, les importantes mesures budgétaires et de relance économique et la dépréciation éventuelle des monnaies devraient alimenter une recrudescence de l’inflation.
Selon les projections initiales, l’inflation devait baisser pour se situer en moyenne à 5,6% en 2020 et à 5,3 % en 2021 en Afrique du Nord. Ces projections ont été révisées à la hausse dans le scénario pessimiste avec un taux d’inflation à 6,1 % en 2020 et 6,3% en 2021.
Par contre, le rapport souligne que l’inflation au Maroc est faible, ce qui permet l’application d’une politique monétaire expansionniste. Selon les prévisions de la BAD, dans un scénario pessimiste, le taux d'inflation du Maroc devrait se situer à 0,4% en 2020 et à 1,3% en 2021. Il s'agit du taux d'inflation le plus faible de toute la région.
La même source indique que l’impact défavorable de la pandémie sur la demande mondiale ainsi que sur les cours des produits de base devrait entraîner une détérioration des déficits budgétaires dans les pays de la région.
Le déficit budgétaire pourrait, dans le scénario pessimiste, atteindre en moyenne 10,9% du PIB régional en 2020 et 9,4% en 2021. Pour le Maroc, le déficit budgétaire devrait atteindre 6,9% du PIB en 2020 et 9,3% du PIB en 2021, selon le même scénario.
Les recommandations de la BAD pour une croissance inclusive
Le rapport souligne que la croissance n’a pas été inclusive en Afrique du Nord en 2019. Les disparités sociales et régionales, déjà importantes, se sont aggravées en raison des répercussions socio-économiques de la pandémie.
Pour y faire face, la BAD recommande aux pays d’engager des réformes structurelles, qui renforcent l’efficience du secteur public et la compétitivité du secteur privé, dans le but de créer davantage d’emplois.
Dans cette optique, le rapport appelle les pays nord-africains à maintenir l’effort budgétaire pour préserver les ménages et les entreprises affectés. Le développement de l’agro-industrie est également préconisé pour promouvoir les chaînes de valeur agricoles locales.
Enfin, les pays devraient chercher à renforcer leur intégration et ouverture commerciales, dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Par ailleurs, l’investissement dans le capital humain et les compétences est une condition indispensable à l’accélération du développement économique. En Afrique du Nord, l’adaptation des compétences aux nouveaux métiers induits par la quatrième révolution industrielle nécessitera de coordonner les réformes des systèmes d’éducation et de formation. Pour les travailleurs en activité, les pays devraient mettre en place davantage de mécanismes efficients pour la promotion de la formation en cours d’emploi.
Afin de promouvoir l’investissement privé dans certains secteurs stratégiques, les gouvernements de la région pourraient envisager de fournir des subventions subordonnées à la création d’emplois en faveur des jeunes et des femmes. Le développement du secteur manufacturier est, quant à lui, véritablement déterminant pour la croissance économique car il fournit des emplois productifs et bien rémunérés à un grand nombre de travailleurs.
Finalement, dans l’ensemble, les effets négatifs de la pandémie seront liés à la gravité et à la durée de la pandémie, à l’efficacité des mesures de riposte engagées et au niveau des ressources consacrées à l’endiguement de la crise.
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