Déconfinement: de nouvelles normes sanitaires pour les hôtels au Maroc
La ministre du Tourisme a récemment affirmé au Parlement que la relance du secteur passera par les nationaux. Selon un grand hôtelier et un expert de la CNT, la profession est en train de refondre les procédures pour les accueillir sous l’égide des autorités qui élaborent de nouvelles normes sanitaires.
Après plus de deux mois d’enfermement forcé dans leur logement, nombreux sont les Marocains qui aimeraient voyager pour décompresser dans leur pays mais, qui dans le même temps, sont effrayés à l’idée d’être contaminés dans un établissement hôtelier.
Pour pallier ces appréhensions légitimes, le président d’un grand groupe hôtelier de Marrakech et d'Agadir, nous a assuré que les ministères du Tourisme et de la Santé travaillaient avec la Confédération Nationale du Tourisme (CNT) pour créer un cahier de nouvelles normes qui constitueront le référentiel sanitaire des hôtels classés qui permettra la relance du tourisme interne, promise par la ministre Nadia Fettah.
Offrir les meilleures garanties aux familles marocaines
"Sachant que les frontières risquent de rester fermées tout l’été et qu’il n’y aura par conséquent aucune arrivée de touristes étrangers, les hôteliers espèrent rouvrir leurs portes quelques semaines après le déconfinement ou au plus tard au début de l’été pour recevoir les visiteurs marocains.
"Avec une pandémie qui n’aura, faute de vaccin, pas encore disparu du Maroc, les autorités de tutelle, à savoir les départements du tourisme, de la santé et de l’intérieur, ne veulent rien laisser au hasard vu qu’elles seront tenues directement responsables en cas d’apparition de clusters dans les établissements hôteliers.
"De plus, bien que piaffant d’impatience à la perspective de se changer les idées après le long stress du confinement, les touristes marocains ne sont pas inconscients et voudront avoir les meilleurs garanties pour leur famille avant de réserver un séjour hôtelier.
"C’est la raison pour laquelle, une série de mesures de sécurité et d’hygiène sera déployée dans tous les établissements d’hébergement reconnus et classés par l’Etat aussi bien pour préserver la santé des clients que du personnel touristique.
"Bien avancées, les nouvelles normes d’accueil hôtelier sont attendues au plus tard début juillet mais seront certainement prêtes avant, c’est-à-dire à la mi-juin.
Une certification qui pourra être retirée à tout moment
"En partenariat avec des bureaux d’études, les départements ministériels concernés par le secteur touristique et la menace sanitaire sont en train de boucler un dispositif d’accueil des clients qui devrait bouleverser la configuration actuelle", explique notre interlocuteur qui tient à rester anonyme avant la publication officielle du nouveau référentiel de certification sanitaire, "du seul ressort des pouvoirs publics".
Selon lui, la distanciation physique et l’hygiène seront les maîtres-mots de ce passeport sanitaire qui sera accordé aux établissements et qui devra faire l’objet de contrôles permanents aussi bien d’experts de commissions ministérielles que des autorités locales.
"A tout moment, la certification pourra être retirée aux hôteliers en cas de manquements aux obligations du protocole sanitaire comme, par exemple, un encombrement injustifié.
Aucune zone ne sera épargnée par les nouvelles mesures
"Ainsi, dès l’accueil à la réception de l’hôtel, les clients devront se soumettre à une prise de température pour éviter tout risque de propagation de ce virus.
"De plus, le taux d’occupation maximale des espaces communs ou privés comme l’accueil (réception des clients et bagages), les ascenseurs, bars ou restaurants, piscine, spa, zones de sport et loisirs et enfin dans les chambres ne devra pas dépasser 50%.
"Concrètement, cela veut dire qu'un restaurant de 100 couverts ne pourra en accueillir que 50 en même temps mais il pourra, pour compenser les pertes, fonctionner par roulement avec des créneaux horaires décalés.
"Idem pour la piscine ou les ascenseurs qui seront soumis à des restrictions d’affluence et devront respecter des normes quantitatives et une nécessaire distanciation physique.
"Hormis la diminution des clients de l’hôtel dans les espaces communs, la désinfection et la décontamination seront au centre des préoccupations hôtelières.
"Aucune zone publique ou privée ne sera épargnée par des brigades d’hygiène (chambres, restaurant, espaces d’animation, salles de sport …) munies de javel et de gel hydroalcoolique", conclut notre hôtelier qui prévient toutefois que ces nouvelles mesures sanitaires présenteront certainement un surcoût aux clients.
Quel sera l’impact financier de ce dispositif sanitaire?
Sollicité à son tour, un expert de la CNT affirme que ces nouvelles contraintes sanitaires, nécessaires pour préserver la santé des clients et des employés, occasionneront de nouveaux frais à tous les acteurs du tourisme.
« Il faudra être attentif aux coûts de ce dispositif et à leurs éventuelles intégrations dans le business plan des entreprises du secteur. En effet, ce dispositif va concerner toute la chaîne de valeur à savoir de l’aéroport à l’hôtel, au restaurant, boutique… », avance notre expert.
A la question de savoir si les prix des séjours allaient fortement augmenter, notre interlocuteur pense qu’il est encore trop tôt pour le savoir et pour y répondre.
"Il est difficile de prévoir l’impact de ce dispositif. Pour que les prix augmentent, il faudrait déjà qu'ils restent stables par rapport à leur niveau d’avant la crise et qu’on y intègre le coût du dispositif mais avec la désaffection actuelle, il n’est pas impossible que les prix baissent et que du coup, il n’y ait aucun impact.
"De plus, le coût de ce dispositif sera différent d’une structure à l’autre (nuitées, restaurant, transport …) et nous ne pourrons connaitre son impact financier que quand nous aurons fini d’établir les nouvelles règles sanitaires qui devront s'appliquer à chaque sous-secteur de la profession touristique.
La sécurité sanitaire passe désormais avant le prix
"Ceci dit, dans les dernières enquêtes internationales sur le comportement des futurs voyageurs, on a constaté que l’aspect accueil du client venait en premier choix dans leurs priorités et que la qualité de l'accueil, dont la sécurité sanitaire fait partie, était bien plus importante que le facteur prix, classé dernier.
"En d’autres termes, c’est indéniablement la sécurité qui prime pour les futurs clients et il conviendra donc de ne pas rater ce rendez-vous.
"C'est pourquoi, des moyens importants ont été mis en place, aussi bien par les autorités que par la profession avec notamment des sessions de formation en ligne et un accompagnement pour réussir l'implémentation de cette nouvelle réglementation sanitaire qui devrait être opérationnelle vers le 1er juillet.
"A cette date, le secteur pourra faire face à tous les risques grâce à plusieurs dispositifs de contrôles rigoureux qui permettront aux voyageurs et aux employés d'être accueillis dans des conditions optimales de sécurité sanitaire », conclut, très optimiste, notre source pour qui la profession hôtelière sera prête ...
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