Carburant. Pourquoi il faut réactiver les capacités de stockage de la SAMIR
Les capacités dormantes de la Samir font rater au Maroc une grande opportunité : constituer des énormes stocks de carburant à des prix historiquement bas. Réactiver ces capacités est techniquement possible. Mais la décision reste éminemment politique.
La Samir dispose d’une capacité de stockage de 2 millions de m³. Selon un expert consulté par Médias 24, cela peut faire augmenter le stock de sécurité du Maroc à plus de 80 jours de consommation, contre une trentaine de jours actuellement assurée exclusivement par les distributeurs.
En plus de reconstituer le stock stratégique du pays (actuellement en dessous du minimum requis de 60 jours), la réactivation des capacités dormantes de la Samir pourra alléger considérablement le coût de la facture énergétique en devises pour le pays. Et assurer une relance économique à coût énergétique bas, aussi bien pour le consommateur que pour les entreprises. Car si les prix du pétrole sont actuellement à leur plus bas historique, ils ne tarderont pas à monter une fois cette crise sanitaire surmontée et l'équilibre du marché mondial retrouvé.
La fenêtre de tir est assez exceptionnelle mais risque bientôt de se refermer. Faute de capacité de stockage, le Maroc ne pourra en profiter pleinement.
Pour rappel, le brent du pétrole se négociait mardi 21 avril à 19 dollars, contre plus de 60 dollars au début de la crise du Covid-19. Les produits raffinés qui sont importés par le Maroc ont également connu une baisse du même ordre. Le gasoil cote actuellement sur le marché de Rotterdam à 228 dollars la tonne, contre 520 dollars vers la mi-février.
Le mouvement de déstockage massif qui a poussé le pétrole américain à des prix négatifs ne concerne aucunement le Maroc
On doit noter également que le mouvement de déstockage massif qui a poussé le pétrole américain à des prix négatifs ne concerne aucunement le Maroc. Le WTI des États-Unis n’a jamais été importé par le Maroc, qui s’approvisionnait quand la Samir était opérationnelle en Brent (marché de Londres), dont les cours n’ont pas été affectés par l’affolement des marchés américains.
Depuis l’arrêt de la Samir, les importations du Maroc portent exclusivement sur les produits raffinés cotés à Rotterdam, qui eux aussi ne connaissent pas de mouvements erratiques.
Le redémarrage est techniquement possible
"L’opportunité de redémarrer les capacités de la Samir est évidente. Les capacités actuelles de stockage en produits raffinés sont très faibles et n’assurent même pas le minimum légal. Réactiver les stocks de la Samir, au moins pour cette période de prix bas, peut nous assurer une excellente relance et nous couvrir quand les prix augmenteront", explique notre source..
Reste à savoir si techniquement comme juridiquement, cette réactivation serait possible.
Notre expert pense que oui. "Techniquement, c’est faisable. La Samir est à l'arrêt depuis plus de 5 ans. Il faut faire un grand nettoyage aussi bien des réservoirs que de la tuyauterie. Le faisceau de connexion avec le port de Mohammedia est également intact. Ces travaux peuvent se faire rapidement si la décision est prise", explique-t-il.
Juridiquement, cela peut se faire, selon notre interlocuteur, sous forme d’un contrat de location que passerait le syndic gestionnaire de la Samir avec les distributeurs. "Rien n’empêche le gestionnaire de faire une location temporaire aux distributeurs qui souhaitent renforcer leurs stocks. Ce sera bénéfique pour tout le monde".
Secrétaire général du syndicat national de pétrole & gaz de la CDT, Hussein El Yamani qui est par ailleurs impliqué dans la gestion de la Samir, estime lui aussi qu’il est techniquement possible de redémarrer la machine. "Les travaux de nettoyage et de mise à niveau peuvent prendre un peu de temps, mais le redémarrage de l’activité stockage est possible".
M. El Yamani s’oppose toutefois à toute location des capacités de stockage, quelle que soit sa nature ou sa durée. Cela s’apparente selon lui à un démantèlement de la raffinerie, option à laquelle son syndicat s’est toujours opposé.
"Redémarrer le tout ou rien"
"La Samir, c’est un tout. Le stockage n’est là que pour appuyer l’activité raffinage. Cela fait des années qu’on milite pour le redémarrage de la raffinerie. Mais personne ne nous écoute. Ce qui est stratégique, c’est le raffinage d’abord. Pas que le stockage. Si on veut réactiver la Samir, il faut redémarrer le tout. Sinon rien. Car cela peut saboter tous les efforts en cours pour la cession de la raffinerie", explique-t-il.
Le syndicaliste qui représente les salariés de la Samir au sein des instances gestionnaires de la société pense que cette crise du Coronavirus a montré l’intérêt stratégique pour le pays d’avoir sa propre raffinerie. Aussi bien pour assurer sa sécurité d’approvisionnement que pour contrecarrer d’éventuels chocs ou pour profiter de périodes de prix bas comme celle d’aujourd’hui.
Cette opportunité est justement idéale, dit-il, pour plaider le dossier du redémarrage de l’activité de raffinage. "C’est une décision politique. Si l’Etat veut que ca redémarre, la décision peut être prise en une semaine. Mais les choses traînent", tonne-t-il.
La question des capacités de stockage de la Samir était, pour rappel posée bien avant la crise du Coronavirus, qui n'a fait que montrer l’ampleur du gâchis : disposer d’énormes réservoirs de stockage vides ne permettant pas de capter les opportunités de marché.
Dans un rapport publié en 2019, l’agence internationale de l’énergie alertait ainsi les autorités marocaines sur le risque que représente la fermeture de la Samir sur la sécurité énergétique du pays.
>>>Lire à ce sujet SECURITE ENERGETIQUE: LE CAS DE LA SAMIR CITE DANS UN RAPPORT INTERNATIONAL
Une position qui rejoignait celle du Conseil de la Concurrence qui a recommandé dans son avis sur le plafonnement des marges des pétroliers (publié en février 2019) une réactivation de la raffinerie pour reconstituer le stock stratégique du pays et rétablir au passage les équilibres concurrentiels dans le secteur de la distribution.
>>>Lire aussi La Samir: le Conseil de la concurrence accule le gouvernement à agir
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